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QUALITES yU IL DOIT AVOIR 191
outrages dont il peut être l'objet. Il lui fait un don plus précieux cpie toutes les grâces qu'on peut solliciter de sa niiséiicorde. La divine Victime lui rend tous les hommages possibles, et les lui rend continuellement, de la manière la plus parfaite.
Mais doit-il suffire au prêtre de penser que Notre- Seigneur s'acquitte à sa place de ces devoirs, et qu'il veut bien suppléera l'impuissance de son ministre? S'il ne fait pas de son côté ce qui est en son pouvoir, s'il n'entre pas dans les dispositions de la divine victime, s'il ne s'unit pas à son acte, ofTre-t-il le divin Sacrifice comme il devrait l'offrir? Est-il prêtre comme il devrait l'être ? Est-ce bien représenter le Sauveur que d'exercer son sacerdoce sans en avoir l'esprit, de répéter ses paroles et de reproduire ses mystères, en restant étranger à ses sentiments et à ses desseins? Non, ce n'est pas répondre à ses intentions. Quand il a donré à ses ministres le pouvoir de consacrer son cor|)s et son sang, et qu'il leur a dit : a Faites vous-mêmes désormais ce que je viens de faire, » le Fils de Dieu ne leur a pas demandé seulement de lui prêter leurs lèvres et leurs mains : son dessein était qu'ils perpétuassent dans l'Eglise ses sentiments aussi bien que son œuvre; il a voulu qu'ils eussent comme lui au fond du cœur le respect, l'adoration, l'amour, la louange, l'action de grâces dont son sacrifice est l'expression; il leur a fait un devoir de le représenter réellement ici-bas, c'est-à-dire d'être autant que possible d'autres lui-même, et non pas de se borner à remplir un rôle, en redisant ses paroles et en reproduisant ce qu'il y a de sensible dans ses œuvres. C'est pour cette raison qu'après leur avoir donné ses pouvoirs à la Gène, il leur a envoyé son Esprit à la Pente-
côte, et qu'après s'être mis dans leurs mains au saint autel, il est toujours prêt à descendre dans leur cœur. L'âme du prêtre doit donc être, comme celle du Sauveur, toute pénétrée de respect, de reconnaissance, de dévouement envers Dieu; et quand il offre en sacrifice la divine Hostie, ce doit être pour les mêmes fins et avec la même religion que Notre-Seigneur a la Cène et au Calvaire.
Mais pour avoir ces dispositions à l'autel, pour pouvoir dire à Dieu du fond du cœur pendant le saint Sacrifice ce que Jésus-Christ lui disait à la Cène et au Calvaire, que faut-il ? Il faut que ces dispositions nous soient habituelles, qu'elles aient leur racine au fond de notre âme, qu'elles soient conformes à notre manière ordinaire de penser et d'agir. S'ils ne nous sont pas devenus familiers, ordinaires et en quelque sorte naturels, des sentiments si élevés et si purs ne naîtront pas tout d'un coup, au moment où il faudra en prononcer la formule. Nos expressions manqueront de vérité. Nous pourrons bien avoir le désir d'être vrais, d'éprouver en nous-mêmes les dispositions que notre ministère suppose et que l'Église nous suggère, mais en réalité nous n'en aurons que le désir. Et si ce défaut n'empêche pas la validité du sacrifice, s'il ne lui ôte rien de son mérite et de son efficacité intrinsèque, si la divine Hostie ne laisse pas de fixer sur elle toutes les complaisances du ciel, il n'en est pas moins vrai que le Seigneur, qui veut être honoré en esprit et en vérité, et qui regarde le cœur et non les mains de ceux qui l'invoquent, ne
pourra agréer, autant qu'il le désire, l'hommage de son mii)istre, qu'il lui reprochera au fond du cœur d'être si dilFérent de celui qu'il représente et qu'il fera sentir combien il est messéant d'être si froid et si insensible au moment même où son Fils lui témoigne tant de dévouement et tant d'amour.
Eùt-on du reste à l'autel tous les sentiments dont le saint Sacrifice est l'expression, si on ne les a que là, ne voit-on pas combien on sera loin d'être en réalité ce qu'un prêtre doit être dans l'Eglise, une image vivante de l'Homme-Dieu, un autre Jésus-Christ? Ce n'est pas au moment d'expirer seulement, lorsqu'il consomma son sacrifice, que Notre-Seigneur éprouva les sentiments que son dévouement suppose, il les a eus durant toute sa passion ou plutôt pendant toute sa vie, puisque sa vie na été qu'une longue immolation^. Son corps n'a été attaché que quehjues heures à la croix; mais son esprit et son cœur y furent toujours fixés. Pour lui ressembler et être animé de ses sentiments, il faut pouvoir dire, comme l'Apôtre, qu'on est toujours avec lui en esprit sur la croix : ChrLsto confixus sum cruci ^.
Article IV