S. Bonav., Compend. theol.,\l, 2R
saisir les motifs, d'en mesurer toute la portée. Ce serait peu de remarquer les citations : il faut en rechercher les moindres allusions, ne pas laisser passer une formule sans l'éclairer, un nom sans bien connaître le personnage quMl désigne, etc.
Nous croyons devoir signaler, comme ayant une valeur spéciale et méritant une attention particulière, les paroles qui se répètent ou qu'on trouve placées en plusieurs endroits de la Messe*. La répétition de ces mots indique, à elle seule, que l'Eglise y voit une signification importante sur laquelle elle désire attirer l'attention; car elle n'a pas de moyen plus énergique pour faire ressortir une pensée ou inculquer un sentiment '^. Si nous avons à cœur de ne rien dire sans le comprendre, à plus forte raison devons-nous tâcher d'acquérir l'intelligence de ce que nous avons à répéter tant de fois.
Le mot Oremus rappelle aux fidèles le but des assemblées saintes, et leur fait entendre quel prix l'Église attache aux prières faites en commun. Il leur suggère la pensée qu'ils doivent prier avec confiance aussi bien qu'avec amour, qu'ils ne prient pas seuls, mais en union avec leurs frères, comme les membres d'un corps dont Jésus-Christ est le chef, que le célébrant va prier avec eux et pour eux, comme représentant du Sauveur et de l'Eglise. Le prêtre ne dit qu'une seule fois Oratc : c'est au moment où il va prier lui-même à voix basse, avec
1. In nomine Patris... Introibo ad altare Dei... Mea culpa... Kyrie, eleison... Dominas vobiscum... Oremus... Amen... Fer Dominum nostrum Jcsum Christum... Alléluia... Sanctus, sanctus... Agnus Dei... Domine, non sum dignus...
2. Mos est sacri eloquii ut res semel dicta pro confirmatione replicet. (S. Greg. M., In Job., xxv, 19.)
plus d'insistance et d'humilité ; et il dit ce mot aux assistants, en se retournant vers eux, pour exciter davantage leur attention, comme Notre-Seigneur le dit aux apôtres, dans le jardin des Olives.
La conclusion des oraisons : Per Dominum nostrum Jesum Cliristum... signifie qu'en priant, nous mettons tout notre espoir dans le mérite de Notre-Seigneur et dans son intercession. Le prêtre semble dire à Dieu : « Ce n'est pas en notre nom, ni au nom d'aucune créature que nous sollicitons vos grâces, comme si nous avions quelque mérite de notre fond; nous n'avons de cotiliance qu'en votre divin Fils, dans son crédit auprès de vous, et dans les promesses qu'il a daigné nous faire. »
Le Dominas vobiscum sert de prélude aux diverses parties de la Messe ou aux principales prières qui s'y doivent faire. Le prêtre le répète huit fois, quatre fois tourné vers l'autel et quatre fois en regardant le peuple, afin de réveiller la piété des fidèles et de les porter à s'unir à l'esprit du Sauveur. « Que le Seigneur soit avec vous », c'est-à-dire : Puisse-t-il vous faire sentir sa présence, sa vertu, sa bonté ! En répondant à ce souhait, le peuple ne dit pas : Qu'il soit aussi avec vous, mais « Qu'il soit avec votre esprit », pour faire entendre que celui qui célèbre ne doit plus être comme les autres hommes, une créature de chair et de sang, mais un ange, un pur esprit animé de l'esprit de Dieu, la fonction (ju'il exerce étant toute spirituelle et toute divine, et les sens n'y ayant rien à faire ni à voir ^ .