Qui adbxrct Domino unus spirilus est. (I. Cor., vi
Le Propre du INIissel est un ensemble de prières et de leçons qui se joignent à l'Ordinaire suivant les temps et les lieux, comme on joint un cadre à un tableau, ou un exorde et une péroraison à un discours. Il a pour but d'adapter les prières quotidiennes et communes aux circonstances particulières où l'on se trouve et d'approprier la Messe aux mystères ou aux fêtes que l'on célèbre.
En général, rien de mieux choisi, de plus touchant, de plus propre à nous faire entrer dans les sentiments de l'Église et à nous disposer aux grâces dont elle désire nous mettre en possession. Rien aussi de plus intéressant et de plus digne de notre application.
Qu'on ouvre le Missel, au jour des grandes solennités, à la fête de Noël, par exemple. Quoi de plus sublime^ de plus délicieux, de plus ravissant que la Messe de ce jour! Au point de vue de l'art et du goût seulement, n'est-ce pas une œuvre merveilleuse, une poésie du caractère le plus élevé et de l'effet le plus saisissant ? On voit comme d'un coup d'œil ce grand mystère, prédit dès l'origine du temps, se préparer, se réaliser, éclater au milieu du monde et s'imposer à sa foi. Le prophète l'annonce ; le psalmiste l'acclame ; l'apôtre l'explique et le publie. Enfin le Sauveur luimême se montre et fait entendre sa voix ; l'Eglise le reconnaît, se soumet à son enseignement, lui rend grâces, lui offre ses adorations et ses prières. On croirait avoir sous les yeux les personnages et les faits, être sur la scène, au cœur même du mystère. Et en effet, il en est ainsi, pour l'essentiel du moins. Car le Sauveur est bien
sur l'autel ; il repose dans le tabernacle, aussi réellement que dans sa crèche. Sa présence vérifie tous les oracles et ravive tout le passé. Gomment chanter devant lui le cantique des anges, sans s'unir à leur amour, sans partager leur bonheur, sans contempler avec eux le divin berceau ?
A l'Epiphanie, le mystère a changé, la scène est différente ; mais c'est la même poésie, la même élévation de sentiments et d'idées, les mêmes transports d'admiration et de joie. Malachie prophétise la venue du grand roi; David, le chantre inspiré des deux Testaments, appelle de ses vœux l'établissement de son règne ; Isaïe en dépeint l'éclat, l'étendue, la magnificence. Sion se réveille, étonnée du rayonnement de sa gloire, et voit aux pieds de l'Enfant-Dieu les premiers-nés des Gentils. L'Eglise, calme et recueillie, médite le mystère et en sonde la profondeur. Elle se réjouit de ce que le ciel lui annonce et se prépare à recueillir le fruit des promesses. Mais quelle majesté dans son langage ! quelle élévation dans ses vues ! quelle ferme assurance dans sa foi ^ !
La Messe de Pâques, celle de l'Ascension, celles de la Pentecôte et du Saint-Sacrement n'offrent pas moins de beautés. Quand on n'y verrait qu'une représentation de ces mystères, l'image aurait déjà de quoi ravir : qu'est-ce donc quand cette représentation se fait à l'autel, c'est-à-dire quand Gelui que représentent les actes et les paroles de la liturgie, l'Homme-Dieu, le ressus-
1. nia hodie concipienda sunt gaudia, quas in trium magorum fuùre pcctoribiis, quando Regem cœli ot terra;, signo et ductu novi sideris incitati, qucm crediderant promissum adoravere perspicuum, cum multiplicato niuuere Dei etiam quotidie nostra cxperiantur tcmpora quidquid illa habucre primordia. (S. Léo, Serni. xxxvi, ia Epiph. G.)
cité des morts, le vainqueur de l'enfer, le roi glorieux du ciel, est là réellement présent, présent et vivant, dans sa double nature, avec ses perfections comme Dieu, avec ses vertus, ses mérites et ses desseins comme homme? Au fond, c'est sa présence, la réalité de sa divine présence qui donne à la célébration de nos mystères sa vraie valeur, son charme incomparable et son ineffable grandeur^.
Cet Homme-Dieu ne fait jamais défaut dans nos cérémonies. Il les préside toujours en personne. Chaque fois que son sacrifice est renouvelé, il descend sur l'autel; et aux fêtes de sa Mère ou de ses saints aussi bien qu'aux siennes, il réalise devant nous, en 1 accomplissant ou en le renouvelant sous le voile du sacrement, tout ce qui est prédit ou rapporté de lui. C'est ainsi qu'il anime et qu'il réjouit toutes nos solennités.
Pour les fêtes de la sainte Vierge, il n'en peut être autrement, car la vie de cette divine Mère est inséparable de celle de son Fils. Comme elle tient de lui toutes ses grandeurs et toutes ses perfections, on ne saurait la louer sans le voir et le glorifier en elle : Salve, sancta parens, enixa puerpera regem, lui disonsnous en montant à l'autel ; De cujus solemnitate goudent Angeli et collaudant Filium Dei. Mais ne doit-on pas dire à peu près la même chose de chacun des saints et des messes composées en leur honneur ? Ce que l'Eglise a intention de célébrer et de bénir en eux, c'est surtout le Saint des saints, de qui ils tiennent toute leur vertu, tous leurs mérites, toute leur récompense.
1. Quoties Pascha celebratur, toties anniversariae ejus recordatio sic nos facit movori tanquani videamus in cruce pendentem Oominum. (S. Aug., In Ps. XXI, Enarr., u, 3.)
Ils ont été humiliés comme lui et sacrifiés avec lui, ils sont maintenant glorifiés i)ar lui. Et tandis que nous leur rendons nos hommages, Jésus-Christ est là dans son tabernacle, en même temps qu'au ciel, sur son trône, se complaisant en eux comme dans son œuvre la plus parfaite, aimant à nous voir honorer leurs vertus, et nous offrant ses grâces pour imiter leurs exemples : Dominas regnavit, decorem indutus est, ut ait Psalmista. Zona aurea, caterva sanctorum^.
Nous ne voulons pas entamer ici le commentaire d'un livre dont nous recommandons l'étude assidue. Ce que nous avons dit nous semble suffire pour en donner une idée et pour en faire deviner l'intérêt qu'un ecclésiastique y pourrait trouver.
Après les Messes des grandes fêtes, qui se répètent toute une octave, ce qui nous semblerait le plus utile à étudier dans le Missel, ce sont celles du Commun des saints, pontifes, docteurs, confesseurs, vierges. 11 est telle de ces Messes qu'on dit chaque semaine, quelquefois plusieurs jours de suite. Ne serait-il pas regrettable de les avoir dites pendant des années entières, assez souvent pour les savoir par cœur, et de n'avoir jamais pris la peine d'éclaircir les obscurités qu'elles peuvent offrir, de n'avoir jamais remarqué de quel endroit sont
1. Pontif. , De Sabd., confer. C'est pour celte raison que ce qui est dit à la louange des saints convient toujours cminomment à Notre-Seigneur, lo Saint des saints, comme cet offertoire qu'on récite si souvent : « Veritas mea et misericordia mea cum ipso, et in nomine meo exaltabitur cornu ejus » [Ps. lxxxviii, 25 ); et ce verset du psaume lxxxviu : « Inveni David servum meum ; oleo saucto meo unxi eum. » On peut appliquer ces mots à tous les saints Pontifes, mais ils conviennent surtout au Sauveur qui est nommé Messie, CAr/.çjîai, unctuSj par excellence, parce qu'il a reçu comme Pontife et comme Roi la plus sainte et la plus glorieuse de toutes les onctions. (Heb. i, 8, 9.)
tirés les épîtres, les évangiles, etc., quel est, dans les livres saints, l'objet précis et la signification littérale des passages que le Missel leur emprunte, ou bien si telle parole de l'introït, du graduel, de l'offertoire, de la communion, est une citation du texte inspiré, une accommodation ou une simple allusion ^ ? N'est-ce pas par là qu'il faudrait commencer ? Après le Commun, on étudierait ce qui est tout à fait propre, c'est-à-dire ce qu'on ne dit qu'une fois l'année. L'Eglise ne modifiant sa liturgie que pour des causes sérieuses et dans des occasions importantes, on doit s'attendre à recueillir aussi, sur cette partie, des observations notables et édifiantes.
Il ne faut pas se borner à voir le sens originel des passages qu'on étudie ; mais on doit tâcher de saisir en même temps le motif qui les a fait choisir et la portée qu'ils acquièrent par l'emploi qu'ils ont reçu. C'est à quoi il faut surtout s'appliquer pour les évangiles et pour les épîtres. La plupart du temps, il est facile de voir le rapport qu'ont ces passages au mystère ou à l'objet de la fête. Quelquefois, l'évangile en retrace l'histoire, comme aux fêtes de Notre-Seigneur, à Noël, à l'Epiphanie, à Pâques, à l'Ascension, à la Décollation de saint Jean- Baptiste, etc. D'autres fois, c'est une allusion à la solen-
1. Par exemple, l'Introït des Confesseurs Pontifes : Sacerdotes tui. Pour le bien entendre, il faut savoir que ces premières paroles furent adressées au Seigneur par le roi Salomon à la consécration du temple, afin d'attirer les grâces du ciel sur les prêtres, sur le peuple et sur luimême : II Parai, vi, 41. C'est au nom de David, en considération de ses mérites et de ses vertus, qu'il sollicite ces grâces : « Propter David servum tuum. » Le y ersei Mémento, Domine, David, est tiré du Ps. cxxxiil, dans lequel est insérée cette prière de Salomon. En plaçant ces paroles dans le Missel, l'intention de l'Eglise est de nous faire demander au nom de Jésus-Christ, le vrai David, Dilectus (Ezech., xxxiv, 23, 24; xxxvii, 24, 25 ), ce que Salomon sollicitait au nom do son père.
nitc, OU une allégorie comme à l'Assomption. Dans certaines fêtes, il n'y a qu'un verset ou deux qui y aient rapport, comme à celle de saint Michel et des Anges gardiens ; dans d'autres, c'est l'évangile tout entier, comme aux fêtes des apôtres.
L'épître devant se rapporter au même objet que l'évangile, a pour l'ordinaire avec cet évangile un rapport visible'. Quelquefois l'un et l'autre décrivent également le mystère, comme à l'Ascension et à la fête du Saint-Nom de Jésus. Quelquefois, l'épître contient une prophétie^ et l'évangile en montre l'accomplissement, comme à la Purification de la sainte Vierge, où l'épître est tirée de Malachie, comme à l'Epiphanie et à la Nativité de saint Jean-Baptiste, où elle est empruntée à Isaie. D'autres fois, mais plus rarement, c'est le contraire : on voit dans l'épître l'accomplissement de la prophétie rapportée dans l'évangile, comme aux fêtes du Saint - Sacrement et de saint Etienne, premier martyr, dont les épîtres sont prises aux Actes des apôtres. A certaines fêtes, ni l'épître ni l'évangile n'ont un rapport direct à l'objet de la solennité, mais on les y rapj)orte par accommodation, comme à l'Assomption de la très sainte Vierge, oii l'épître, qui s'entend dans le sens littéral de la Sagesse divine, est appliquée à la Mère du Sauveur, et où Tévangile, qui a pour objet Marthe et Marie-Madeleine, s'entend de l'Eglise de la terre et de la très sainte Vierge montant au ciel. En certains jours, l'épître démontre par un exemple ce que l'évangile enseigne en parabole, par exemple le dimanche de la Sexagésime : le dévouement, les travaux et les succès de