On fera cette remarque surtout dans les fériés de Carême
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saint Paul, opposés à la malveillance jalouse des prédicants juifs, nous montrent la bonne terre de l'évangile qui porte du fruit au centuple en opposition avec le sol pierreux, endurci, stérile de l'ancien peuple, objet de la réprobation du ciel. En d'autres jours, c'est l'épître qui contient une figure et l'évangile qui en fait voir la réalisation, comme en la fête de saint Matthieu, évangéliste. Parfois enfin, l'épître ne parle de l'objet de la fête qu'en termes généraux, comme aux messes des Docteurs, des Confesseurs, etc., ou bien même il n'y a qu'un verset qui y ait rapport, comme à la Messe des Vierges, où l'épître s'adresse dans le sens littéral à l'église de Corinthe ; l'apôtre disant à cette église qu'il l'a fiancée à Jésus -Christ, et qu'il désire pouvoir la présenter à son Epoux comme une vierge toute pure et toute sainte ^ .
1. Le texte des Évangiles qui se lit à la Messe est tel qu'il se voit dans le Nouveau Testament, sauf les premiers mots : lit illo tempore, ou In mis diebus. On les y ajoute, à moins que ce ne soit le début d'un évangile, comme à la Messe de l'Immaculée-Conception ou à la troisième Messe de Noël, ou bien qu'on n'y trouve insérée la date du fait qui y est rapporté, comme au quatrième dimanche d'Avent ou au dimanche dans l'octave de l'Epiphanie. Cette formule indique simplement que ce qu'on va lire se rapporte à la même époque que les autres faits évangéliques, lorsque Notre-Seigneur prêchait en personne sur la terre. Comme les épîtres ne sont pas pour l'ordinaire des récits, mais des instructions ou des exhortations, au lieu de cet en-tête qu'on y voit rarement ( par exemple fête de S. Michel et du S. -Nom de Jésus), on lit Fratres, si l'épître est de S. Paul, parce qu'il répète souvent ce mot, ou Carissimi, si elle est dos autres apôtres, à qui cette appellation est pins familière. On remarquera aussi qu'on désigne tous les livres sapientiaux, les Proverbes , les Cantiques, l'Ecclésiaste et l'Ecclésiastique sous le titre général de Liber sapientix, suivant l'ancien usage, et que dans le cours de certaines épîtres, par exemple celles qui sont extraites de l'Ecclésiastique, au Commun des Confesseurs et des Vierges, on a supprimé certains versets ou changé quelques mots.
On dira peut-être que ces connaissances ne sont pas essentielles, que le temps dont beaucoup de prêtres disj)0sent ne suffirait pas pour les acquérir, que les auteurs liturgiques ne sont pas entre les mains de tous, enfin, que tout le monde ne goûte pas les sens accommodatices et mystiques dont le Missel est rempli.
— Qu'on n'exagère pas la portée de nos paroles : nous n'exigeons rien de plus en fait d'étude, jjour le Missel comme pour le Bréviaire , que ce qu'exige l'Eglise. Nous nous bornons à-conseiller aux ecclésiastiques, pour leur instruction comme pour leur édification, les lectures qui sont de nature à les faire entrer dans l'esprit de leurs fonctions. Nous les exhortons à prendre connaissance du Missel et des autres livres liturgiques qui sont entre leurs mains. Combien faudrait-il de temps pour cela ? La moindre partie de leur loisir. A la rigueur, ils n'auraient pas besoin d'augmenter leur travail ; il leur sufliraitd'en bien choisir l'objet. Qu'est-ce qui les empêche, en effet, puisqu'ils étudient chaque jour l'Ecriture sainte, de prendre, pendant quelque temps, pour objet de leur étude, l'Épître, l'Évangile et même l'Introït, l'Offertoire et la Communion des messes qu'ils célèbrent? Ne pourraient-ils pas même choisir ces morceaux pour matière de méditation ? Nous ne verrions à cela que des avantages. Il nous semble qu'il n'y a guère pour un prêtre de sujet plus salutaire à méditer que celui dont l'Eglise veut qu'il soit occupé à l'autel. Aussi voyons-nous que cette pratique a été
chère à un bon nombre d'ecclésiastiques, désireux de se bien préparer au divin Sacrifice.
Un saint prêtre, célèbre par sa dévotion pour les saints Mystères, saint Joseph de Calasancte, s'en était fait une règle- Tous les soirs, dit son historien, il avait soin de lire dans le Missel la Messe du lendemain, afin d'y penser pendant la nuit, s'il se réveillait. Il la relisait le matin après son lever, et souvent il la parcourait une troisième fois avant de se revêtir des ornements sacrés. C'est une pratique qu'il s'était imposée au début de son sacerdoce, et qu'il conserva jusqu'à sa mort à l'âge de quatre-vingt-douze ans. Aussi sa ferveur dans la célébration des divins Mystères excitait-elle l'admiration de tous ceux qui en étaient témoins. Un grand nombre, touchés de la piété avec laquelle il disait les prières, s'approchaient de l'autel où il célébrait, afin de le mieux entendre. Après l'Elévation, son visage rayonnait d'une sainte ferveur et semblait jeter des flammes, au point de pénétrer d'admiration et de ferveur tous ceux qui le voyaient^. Saint Ignace de Loyola avait à
1. Saint Joseph de Copertino (1C03-1CC3), cet homme séraphique, non moins admirable par sa dévotion envers l'Eucharistie que par les faveurs extraordinaires dont il fut honoré, paraît avoir eu une pratique à peu près semblable. Voué à la contemplation bien plus qu'à l'étude, il aimait à lire par-dessus tout son Bréviaire et son Missel ■ et c'est dans cette lecture qu'il puisait en grande partie les lumières surnaturelles qu'on admirait en lui. Souvent il avait avant la Messe, disent les historiens, le pressentiment des grâces sensibles qu'il recevrait à l'autel; et c'est en parcourant dans sa cellule l'Épître et l'Évangile de la Messe du jour que ce pressentiment lui venait. Les faveurs dont il était honoré étaient si merveilleuses et l'éclat qu'elles jetèrent fut si grand qu'on vit accourir de toutes parts des multitudes de fidèles pour en être témoins. Ce fut en vain que^ pour le soustraire à cette religieuse curiosité, on le relégua dans un monastère escarpé et solitaire } la foule continua d'affluer auprès de lui. Non seulement on se
peu près la même pratique et en retirait le môme fruit ^. Si l'on ne sent pas pour le Missel autant d'attrait que ce saint prêtre, la raison en est peut-être qu'on ne le connaît pas aussi bien. Si on l'étudiait avec la même application, on l'estimerait et on l'aimerait également. On y trouverait un grand nombre de versets des Ecritures, choisis avec goût et appliqués avec justesse, sans aucune affectation. Les sens de pure accommodation y sont assez rares. Le plus grand nombre de passages qui ne sont pas cités au sens littéral le sont dans le sens figuré, comme une allégorie. Tels sont ceux qui rappellent les cérémonies de l'ancien culte, ou certaines lois de Moïse, ou certains faits de l'histoire du peuple de Dieu, ayant leur pendant dans le culte, la législation ou l'histoire de l'Eglise ; par exemple, à Pâques, ce qui concerne l'Agneau pascal, au Saint-Sacrement, ce qui a rapport à la manne, aux sacrifices du temple, à la pureté des prêtres, aux oblations faites à l'autel. Tout le monde convient que ces sens sont réels et non fictifs, qu'ils ont, aussi bien que les sens littéraux, l'Esprit de Dieu pour auteur. Quant aux autres textes qui n'ont rien d'allégorique, on aurait tort de croire que l'Eglise en fait toujours une application proprement dite à l'objet de la fête. La plupart du temps, elle leur laisse leur sens véritable, celui qu'ils ont dans la Bible ; et si elle se plaît à les rappeler à la Messe, ce n'est que pour suggérer à l'esprit quelque parallèle agréable et édi-
prossait dans 1 église où lo saint devait célébrer, mais souvent la place publique et les lieux voisins étaient remplis de monde. Plus d'une foi» on enleva lo toit de la chapelle où il disait la Messe, aOn de le contempler pendant les saints Mystères. 1. V.'Souel, L'itomme d'Oraison, l, 3.
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fiant. Ainsi à la fête d'un confesseur elle rapportera ce que l'Esprit saint a dit du juste en général, ou d'un saint personnage en particulier ' ; à la fête d'un martyr, ce qui est dit de la gloire des élus 2; à la fête d'un docteur, ce qui est écrit de la divine sagesse ^j à la fête d'une vierge, ce qui est dit des vierges sages et prudentes ^. Quoi de plus naturel et de plus convenable que ces rapprochements ? Si quelques passages sont employés d'une manière purement accommodatice, dans un sens étranger aux saints Livres, ce sens ne laisse pas de mériter la confiance et de commander le respect ; car bien que PEsprit saint n'en soit pas précisément l'auteur, la sainte Eglise qu'il assiste nous en garantit la justesse, comme elle atteste l'exactitude de toutes les paroles du Missel qui n'appartiennent qu'à elle.
Du reste, rien de plus pur, de plus riche, de plus varié que le langage des livres liturgiques. Pas un mot qui n'élève l'âme, qui n'inspire la vertu, qui ne nourrisse la piété ^. Si la plupart des idées sont empruntées aux auteurs sacrés ou revêtus d'expressions qui leur sont familières, n'est-ce pas un agrément de plus aux yeux d'un homme de goût qui ne veut rien voir de disparate ni de mal assorti, aussi bien qu'au jugement d'un homme religieux qui ne peut rien souffrir de profane dans une œuvre si sainte ?
1. Statuit ei testamentum oeternum. (EccL xlv, 8.) Amavit eum Dominus et ornavit eum. [ibid.)
2. Justum deduxit Dominus per vias roctas. (Sap. x, 19.) Stabunt justi in magna constantia. (v, 1.) Justi autem in perpetiium vivent (v, 16.)
3. In medio ecclesiae. (Eccli. xv, 5.) Justus cor suum tradet. (Eccli. XXXIX, 6.)