‹ Du divin sacrifice et du pretre qui le celebreChapitre 115 sur 247 · Ps. Lxxxviii, 7, 9. — 4. Heb., xi · texte numérisé non relu

Ps. Lxxxviii, 7, 9. — 4. Heb., xi

l'Homme-Dieu que le Père éternel y devait immoler un jour pour la rédemption du monde. Ses serviteurs l'avaient accompagné jusqu'au pied de la montagne, sans connaître son dessein; mais, à ce moment, il les arrête, leur remet sa monture, et prenant avec lui les seules choses dont il a besoin, la victime, le glaive de l'immolation, et le bois pour le bûcher : « Restez ici, dit-il à ceux qui le suivaient, et attendez en ce lieu. Laissez-nous monter jusqu'au sommet et offrir en paix notre sacrifice. Nous descendrons ensuite et nous vous reprendrons au retour : Erpectate hic : postquam adoraveremus, revertemur ad vos. » Il faudrait dire aux soucis, aux préoccupations, aux idées terrestres qui voudraient nous suivre à l'autel : Arrêtez-vous ici, n'entrez pas dans le sanctuaire. Je ne vous retrouverai que trop tôt, dès que j'aurai terminé la grande action qu'il m'est donné d'accomplir : Curse , sollicitudlnes, anxietates, pœrne, servitutes, expectate me hic, cum asino, corpore isto. Nous ne devons prendre avec nous que nos pensées les plus saintes et nos affections les plus pures, pour les offrir au Seigneur : Intentiones, cogitationes, voluntates, affectiones et omnia interiora mea, venite ascendainus ad montem ubi Dominus videt et videtur ^ .

Une troisième chose que le prêtre ne doit pas négliger, avant de monter à l'autel, c'est de former ses

1. s. Bern., De amore Dei. Ne quis ingrediatur templum, curis onustus mundanis, lias ente ostium deponamus. (S. Chrys., In Isai, Hom. II.)

intentions et de s'en pénétrer vivement. Qu'entendonsnous par là, et que demandons-nous de lui ?

Ce n'est pas seulement qu'il remplisse avec exactitude l'engagement qu'il a pris en recevant un honoraire. La justice lui en fait une loi; mais ce devoir est facile à remplir et il faudrait une grande négligence pour y manquer. Ce que nous voulons recommander et ce que la religion doit insj)irer à tous les prêtres, c'est de ne pas monter à l'autel avec la seule pensée de dire la Messe ou d'offrir le saint Sacrifice, sans se remettre dans l'esprit d'une manière plus précise les fins pour lesquelles Notre-Seigneur a voulu que son sacrifice fût célébré. Ces fins, il les a toujours dans son cœur, il se les propose à l'autel comme il se les proposait au Calvaire; mais il désire les voir aussi en nous : c'est par nous qu'il veut les offrir en ce moment à la Majesté divine. Comme nous ne sacrifions qu'en sa personne, que nous ne devons prier qu'en son nom , nous devons entrer dans ses intentions et désirer de toute notre âme l'accomplissement de ses desseins.

On peut considérer dans ces intentions ce qui est général et permanent, et ce qui est particulier et accidentel à certains égards.

Les intentions générales et constantes du Sauveur sont connues. Nous savons qu'il veut toujours et avant tout deux choses : premièrement offrir à son Père les adorations, les louanges et les bénédictions qui lui sont dues et que ses perfections réclament de toute créature ; en second lieu, lui rendre à notre place tous les devoirs auxquels notre état particulier nous oblige: devoirs de reconnaissance pour les grâces dont sa bonté nous comble, devoirs de repentir et de réparation

pour les offenses dont nous nous rendons coupables, devoirs de supplication pour les biens de toutes sortes dont nous sentons le besoin et que nous ne pouvons recevoir que de lui. Il convient de penser d'abord à ces intentions, de s'y associer et les offrir avec lui à Dieu, comme d'un même cœur,

« O Père éternel ! lui peut-on dire, voici votre Fils, immolé à votre gloire. Je vous l'offre pour reconnaître votre souveraine grandeur et le pouvoir que vous avez sur lui et sur nous. Que vous êtes grand, Seigneur, puisque le Verbe incarné, le Rédempteur du monde, se livre ainsi à vous sans réserve et remet sa vie à votre discrétion! Quel n'est pas votre pouvoir sur toute créature, puisqu'il dépend de vous d'immoler à votre gloire votre Fils fait homme!... Disposez donc de tout à votre gré, disposez de nous comme de lui en toute liberté et selon votre bon plaisir. »

« Voici, ô Père éternel ! la vie de votre Fils unique, qui vous a été offert à la croix d'une manière sanglante. Je vous l'offre tout de nouveau, en union avec lui. Je vous rends cet hommage en reconnaissance de l'amour que vous nous portez, des biens dont vous nous comblez, et surtout du Sauveur que vous nous avez donné. Cette hostie est la rançon de nos âmes, la condition de notre salut, le payement de toutes nos dettes. C'est le prix de toutes vos grâces. Pardonneznous, Seigneur, et oubliez nos iniquités. Hélas ! serait-il possible qu'après une telle oblation, nous vissions encore tant de maux sur la terre, tant de péchés dans l'Eglise, tant de divisions, de misères, de corruption dans le monde ! Laissez-vous toucher. Seigneur, et hâtez-vous de nous secourir. Où sont vos miséricordes,

ô mon Dieu? Où est votre protection et votre secours? La vie que je vous offre ne raérite-t-elle pas infiniment davantage ? »

Quant au détail, aux intentions spéciales relatives à telles personnes ou à tels faits en particulier, il n'est pas toujours facile de voir si Notre-Seigneur a les mêmes sentiments que nous, ou si nos vues rentrent dans ses intentions générales : mais si nous croyons nos intentions bonnes, nous pouvons les offrir à Dieu avec confiance, et les prières qu'elles nous inspireront ne peuvent manquer de lui être agréables, pourvu qu'elles soient faites avec simplicité, sous la réserve de son bon plaisir. Il est d'ailleurs un certain nombre de demandes pour lesquelles nous ne pouvons douter de l'appui de notre divin Chef; par exemple, celles qui ont pour objet notre persévérance, notre progrès dans la vertu, la perfection des âmes que nous avons à conduire, la conversion d'un pécheur, le soulagement d'un défunt, le succès de telle ou telle bonne œuvre. Comme c'est là souvent ce qui nous inspire le plus d'intérêt et ce que nous souhaitons avec le plus d'ardeur, c'est aussi ce qu'il nous est le plus utile de recommander au Ciel ^.

Quelques ecclésiastiques touchés de cette pensée que notre Sauveur nous a été donné par la très sainte Vierge et voulant lui rendre autant que possible le don qu'ils en ont reçu, prennent pour règle de célébrer à ses intentions et de remettre à sa disposition la part qui leur reviendrait dans les fruits du divin Sacrifice. C'est ce

1. Iniit., IV, 2-4: Olier, Journée chrétienne; P. Le Fèvre, Mémorial passim.

2. Venite, comeditc paneni meum, et bibite vinuin quod miscui vobis. (Prov., IX, 5.)

qu'aimait à faire M. Olier. Il ci'oyait que saint Jean était resté auprès d'elle après l'Ascension deNotre-Seigneur, non pour la soutenir seulement ou pour la consoler, en la mettant en présence de son Fils dans le mystère de l'Eucharistie, mais aussi pour l'aider dans son office de médiatrice, en célébrant devant elle le divin Sacrifice, et en l'offrant à ses intentions en faveur de l'Eglise et de ses membres. Il pensait en outre que cette divine Mère, qui continue d'intercéder en faveur de ses enfants, ne cesse pas de s'unir au sacrifice de son Fils sur l'autel et qu'elle est bien aise de voir les ministres de l'Eglise joindre leurs recommandations à la sienne et se faire comme ses organes, pour obtenir du Ciel les faveurs qu'elle sollicite.

Cette sorte d'intention ou cette translation que le prêtre ferait à la très sainte Vierge de ses droits sur les fruits dont il dispose ne supprimerait pas les fins spéciales dont nous avons parlé. Celui qui offrirait le saint Sacrifice aux intentions de la Mère de Dieu, comme celui qui s'unirait dans la foi aux vues de Notre-Seigneur, ne laisserait pas d'avoir toute liberté pour recommander à l'un et à l'autre les choses qui lui sont les plus chères et les vœux qu'il souhaite davantage devoir exaucés. Il pourrait y voir un double avantage : celui de fixer sur telle ou telle œuvre la charité de la Mère de Dieu, et celui d'employer, suivant le désir de cette bienheureuse Vierge, la part qui lui revient de Toblation de la divine Victime.

Alin de répandre ses pratiques et sadévotion, M. Olier a cherché à rendre sensible par la peinture l'idée qu'il avait du divin Sacrifice, et les vues dont il convenait, suivant lui, d'être pénétré au saint autel. La gravure que nous avons mise à la tête de ce livre est la réduction d'un tableau qu'il fit exécuter dans ce dessein sur une plus grande échelle.

Il voulut que le saint Sacrifice y fût représenté comme l'objet capital des préoccupations divines, le centre de la religion, le trésor de la sainte Eglise, la source de toutes les grâces, la raison de toutes les faveurs et de toutes les bénédictions, le fondement de toutes les espérances et de toutes les supplications des anges et des hommes.

Au haut du tableau apparaît le Père éternel à qui la divine Hostie est offerte. 11 contemple la Victime immolée à sa gloire et semble en accepter l'offrande avec une complaisance ineffable. Un peu au-dessous on voit la sainte Vierge. Elle est à genoux, aussi bien que les Saints et les Anges, pour exprimer sa dépendance à l'égard du Créateur et sa religion pour la divine Victime. Elle s'adresse à Dieu avec confiance et semble heureuse d'exercer la toute-puissance suppliante que les saints Docteurs lui attribuent.

Les Esprits célestes, partagés en neuf chœurs ou trois hiérarchies, sont rangés autour du Père éternel qu'ils adorent par Jésus-Christ. A leur tête on reconnaît saint Michel, archange, avec saint Gabriel qui s'incline vers Marie. L'Église du Ciel vient ensuite. Le

saint Précurseur est à part, ravi à la vue de l'Agneau de Dieu ; puis on voit Adam et Eve, avec les justes de l'état de nature d'un côté, et de l'autre Moïse, avec les Saints de la loi ancienne. Tous confessent qu'ils n'ont reçu le salut que par le sang de Jésus-Christ, unique vertu des sacrifices lévitiques.

Les saints du christianisme forment aussi trois ordres ou trois couronnes. Au premier rang, à gauche, se montrent les Apôtres, ayant à leur tête saint Pierre et saint Paul; puis saint Jean, un peu plus rapproché de Dieu et de la sainte Vierge. Après les Apôtres, les disciples, prédicateurs de la foi. A droite, saint Etienne et tous les martyrs rendent grâces de leur triomphe et semblent renouveler avec Notre-Seigneur le sacrifice de leur vie. Au second rang on voit, d'un côté, les saints Docteurs glorifiant Dieu des victoires qu'il leur a fait remporter sur l'hérésie ; de l'autre, les saints religieux, représentés par leurs fondateurs. Au troisième rang les saints laïques des divers états, parmi lesquels on remarque les princes dont l'Eglise a proclamé la sainteté et les pénitents ou les anachorètes. Les uns et les autres ne cessent de rendre grâces pour leur salut et de prier en notre faveur.

L'Église de la terre, au niveau de l'autel, est représentée par un personnage de chaque ordre ecclésiastique et civil. On distingue le Pape, les cardinaux, les prélats, les prêtres, les religieux; enfin, une multitude de fidèles de toute condition, de tout pays, qui s'unissent à la Victime et qui paraissent attendre d'elle toutes les grâces dont ils ont besoin.

Au bas sont les membres de l'Eglise souffrante, qui soupirent après la miséricorde divine et qui espèrent

la fin de leurs peines de la vertu du divin Sacrifice.

Enfin sur un autel dressé au milieu de l'Eglise de la terre, entre l'Eglise trionij)Iiante et l'Eglise souffrante, le prêtre élève la sainte Hostie, vers laquelle se portent tous les regards et qui est visiblement le motif et l'objet du resj)ect, des vœux, de la confiance dont on voit partout l'expression. Ce prêtre est l'interprète ou l'organe de tous ceux qui l'entourent et semble réunir en son cœur leurs dispositions et leurs vœux*.

Pas de vue plus propre à élever l'âme d'un ecclésiastique et à faire entrer promptement dans les sentiments où l'on doit désirer d'être en allant à l'autel. Rien non plus qui rende d'une manière plus sensible ce mot de l'auteur de V Imitation et de plusieurs Docteurs : Quando sacerclos célébrât, angelos léetificat, Ecclesiam œdificatj vivos adjuvat, defunctis requiem prsestat^ et sese omnium bonorum participem cf/icit-.

Article II PR.\TIQUES DU PRÊTRE DURANT LE SAINT SACRIFICE

§ I. Dispositions dont il doit être animé.

Les dispositions dont le prêtre a dû se pénétrer en se préjjarant au divin Sacrifice doivent l'accompagner à l'autel et l'animer pendant la Messe. S'il veut la célébrer dignement, avec mérite et avec édification, il doit faire cette action avec une humilité sincère, une foi vive et recueillie, une union intime avec Notre- Seigneur, souverain prêtre.

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