Cf. Matth., vu
qu'il n'oublie pas qu'il est pécheur et que la toison dont il est revêtu ne fait pas de lui un agneau. C'est pour le lui rappeler que PEglise lui fait faire si souvent l'aveu formel et public de ses fautes. Elle veut qu'il commence par se prosterner devant l'autel, qu'il se tienne d'al)ord au pied des degrés, qu'il reconnaisse, en se frappant la poitrine, le besoin qu'il a de la miséricorde divine, qu'il ait recours pour l'obtenir à l'intercession des anges, des saints et des fidèles mêmes qui l'entourent. Ce n''est pas assez. Il faut qu'en montant à l'autel il demande à Dieu de le décharger de ses iniquités, qu'avant de lire l'évangile, il confesse que son esprit et son cœur se sont souillés au contact du monde, et qu'il a besoin d'être purifié, comme Isaîe, par le feu de l'autel. Il faut qu'en offrant la matière du sacrifice, il confesse s'être rendu coupable de négligences et d'infidélités sans nombre. Il faut enfin qu'avant de se nourrir de l'Agneau de Dieu, il le supplie de le purifier de ses péchés, et qu'élevant la voix de manière à être entendu de tous, il proteste par trois fois, en s'adressant à la divine Victime, qu'il n'est pas digne de la recevoir dans son cœur. L'Eglise pouvait-elle prendre plus de précautions, ou employer des moyens plus efficaces pour exclure de son âme toute vaine complaisance et le pénétrer du sentiment qui peut seul lui faire trouver grâce devant la sainteté infinie de Dieu?
Ainsi l'humilité est indispensable au prêtre, pour que Dieu agrée son ministère et qu'il se plaise à lui voir exercer son pouvoir à l'autel. Elle n'est pas moins nécessaire pour que le peuple en soit édifié. Rien ne choquerait plus la religion des fidèles que d'apercevoir dans le représentant d'un Dieu immolé, dans sa tenue, dans ses
manières, dans son langage, la prétention, la vanité, un air de supériorité ou de domination. Les moins éclairés comprennent ce que dit le Sage, qu'il n'est pas dans l'ordre que le serviteur s'exalte où le maître s'abaisse ; et que c'est une honte pour un ministre de se glorifier quand son souverain s'efface et disparaît ^. Au contraire, rien n'est plus propre à inspirer le respect pour le divin Sacrifice et la vénération pour le sacrificateur que de le voir, comme Abraham, accablé par la majesté de Dieu, tremblant de lui adresser la parole, exprimant par son attitude la conscience qu'il a de son indignité et de son néant devant une telle grandeur : Cecidit Abraham pronus in terrain -. Et ait : Loquar ad Dominum, cuni sim pulvis et cinis ^ .
Tel était d'ordinaire le vénérable Liberman, lorsqu'il se préparait à célébrer la Messe. « Le bonheur d'offrir le saint Sacrifice est bien grand, écrit-il à un de ses amis, israélite, converti aussi bien que lui. L'âme est pleine de joie et d'admiration à la pensée des saints mystères; mais comment oublier ses misères ou y rester insensible? Pour peu qu'on y pense, on en est accablé. C'est à peine si l'on ose se tenir prosterné au pied du saint autel. Il faut y monter cependant. Je le fais, puisqu'il le faut; mais je vous l'avoue, ce n'est souvent qu'en tremblant. »
1. Est malum quod vidi sub sole, stultum iu dignltate et servos in equis, et principes ambulantes super terram quasi servos. (EccL, X, 7.)