Hcb., XI
Comme Marie au moment de l'Incarnation, il lui semblait être au pied du trône de Dieu^, et si quelqu'un avait cherché à détacher son esprit, à lui rappeler le souvenir des choses d'ici-bas, il aurait pu lui dire, avec plus de raison que ce prince d'Israël, occupé à la reconstruction du temple : Opus grande ego facio; non possum descendere et venire ad vos'^.
Quelle prédication pour les fidèles que la vue d'un saint prêtre, ainsi recueilli devant Dieu, absorbé par son respect, paraissant avoir le Calvaire sous les yeux, le ciel ouvert sur la tête et l'Eglise entière devant lui ! Personne à l'entour qui ne se recueille et ne garde le silence. La majesté infinie qui lui est présente semble planer sur les fidèles et fait partager ces sentiments à tous ceux qui l'approchent 3. On voit Dieu par ses regards. On découvre, comme lui, la divine Victime sous les espèces qui la voilent. On prie avec lui et par lui. On s'associe à son humilité, à sa confiance, à sa ferveur; et lorsqu'on le voit descendre de l'autel, plus recueilli encore qu'il n'y était monté, chacun se retire édifié d'un si bel exemple, et disant en lui-même ce qu'on disait après avoir vu saint Vincent de Paul offrir le divin Sacrifice : a Mon Dieu, que ce prêtre dit bien la Messe ! Avec quelle ferveur il prie et comme il fait prier ! »
Mais quelle différence, si celui qui célèbre n'a pas une foi bien vive, s'il paraît peu recueilli, peu touché de la grandeur du sacrifice, et de la sainteté du ministère qu'il
' 1. Ita magnum novum et jucundum tibi videri débet, cuni célébras, ac si eodem die Christus primum in uterum Virginis descendens homo esset factus, aut in cruce pro sainte hominum pateretur et moreretur, (Imit., IV, 2.)