Est argumentum non apparentium. (Heb., xi
exerce ! Quel contraste, si toute son attention est pour les choses extérieures, s'il ne sait pas retenir ses yeux, s'il -ne semble voir à l'autel que ce qu'y voit le peuple ou l'enfant qui répond à ses prières, s'il a peine à modérer sa parole et ses mouvements, s'il paraît dominé, aux moments les plus solennels, par le regard de l'assistance ou par le désir d'en linir au j)lus tôt. Au lieu d'honorer les saints Mystères, celui qui agit ainsi en distrait la pensée; il en fait oublier la grandeur. Fait-il davantage estimer son caractère et sa personne ? Peutêtre s'en flatte-t-il; mais c'est à tort. Chacun comprend, en le voyant, qu'il a des préoccupations moins élevées que celles qu'il devrait avoir. Chacun sent que, s'il était pieux, s'il avait une vive foi, s^il s'était préparé au divin Sacrifice par le recueillement et par la prière, on lui verrait une autre contenance et d'autres manières. Aussi les lidèles pieux ne s'empressent-ils guère de le suivre à l'autel. Si quelques-uns sont bien aises de l'y voir monter, ce sont ceux qui viennent rarement à l'église et qui désirent y passer le moins de temps possible. Malheureusement son exemple contribue à les entretenir dans leur indévotion. Les prières qu'il récite et les cérémonies qu''il accomplit ne touchent pas plus les assistants qu'il n'en est touché; et nul ne paraît avoir pour la divine Victime plus de religion qu'il n'en montre luimême.
La troisième disposition que le prêtre doit porter à l'autel est une union sincère d'esprit et de cœur avec Jésus-Christ, prêtre et victime. C'est au nom du San-
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veur, comme son représentant, qu'il agit et qu'il parle. S'il prend son ministère au sérieux, s'il ne veut pas se borner à s'offrir en spectacle et à remplir un rôle, il doit entrer dans les sentiments de Celui dont il tient la place. On ne lui demande pas d'avoir présentes à sa pensée toutes les lins qu'avait Notre-Seigneur ; cela est impossible. Mais qu'est-ce qui l'empêche d'y adhérer d'une manière générale et d'entrer dans les dispositions dont l'Eglise met l'expression sur ses lèvres ? N'a t-il pas là pour son esprit et pour son cœur un sujet d'occupation sans limite : les adorations du Verbe incarné devant la Majesté divine, ses actions de grâces pour les bienfaits dont il est comblé en sa personne et dans ses membres, ses vœux et ses supplications en faveur de son corps mystique et de chacun des fidèles qui le composent ?
Notre-Seigneur n'avait rien à désirer pour lui-même lorsqu'il vivait sur la terre; car qu'est-ce qui pouvait manquer à un Homme-Dieu ? A quels périls pouvait-il être exposé s'il ne s'y exposait lui-même? De quelles fautes pouvait-il être coupable? Mais c'est à nous qu'il pensait. Il priait à notre place, dans notre intérêt, comme notre chef. Et que dis-je ? Depuis qu'il a quitté la terre, le Fils de Dieu a-t-il cessé d'offrir pour nous ses supplications à son Père ? N'est-ce pas encore une de ses occupations principales au ciel, et sur nos autels, dans son sacrifice en particulier ? Il ne souffre plus aujourd'hui comme il a souffert au Calvaire; il n'expie plus, il
1. Orat Doniinus, non ut pro se obsecret, sed ut pro me impetret. Nam etsi omnia posuerit Pater in potestate Filii, Filius tamen, ut hominis formam impleret, obsecrandum Patrem putat esse pro nobis, quia advocatus noster est. (S. Amb., In Luc, vi, 12.)
ne mérite plus, parce que l'état de gloire où il est ne le permet pas ; mais qui empêche qu'il ne continue de prier et que ses prières n'obtiennent chaque jour à ses membres de nouvelles grâces ? L'Apôtre ne dit-il pas qu'il intercède sans cesse en faveur de tous les chrétiens : Semper vlvens ad interpcllanduin pro nobis^F Lors donc que le prêtre s'unit en esprit à Notre-Seigneur dans le saint Sacrifice, soit pour glorifier Dieu, soit pour en obtenir quelque grâce, ce n'est pas seulement à ses prières passées, aux vœux qu'il faisait pendant sa vie mortelle qu'il s'associe, c'est aussi à ses prières présentes, à ses louanges, aux vœux qu'il ne cesse d'offrir en notre faveur sur les autels de la terre comme sur celui du ciel-. Quelle pensée plus propre à encourager et à donner confiance ? Si Ton a tant de soin de se recommander à la charité des serviteurs de Dieu, si l'on sollicite avec tant d'ardeur les prières d'une sainte âme, si l'on attache un si grand prix aux suffrages des bons ecclésiastiques, combien ne doit-on pas estimer cet avantage d'avoir le Fils même de Dieu pour intercesseur auprès de la divine Bonté ? Quand toutes les créatures ensemble, quand tous les anges et tous les saints du ciel, avec la Reine même des anges et des saints, seraient pour vous prosternés aux pieds du Père éternel, et qu'ils le supplieraient d'accepter en votre faveur tout ce qu'ils peuvent lui offrir, leurs mérites, leur gloire et leur vie, ce qu'ils feraient ne serait-il pas peu de chose en