Rom., m
'i. Aguus occisus ab origine mundi. (Apec, xiii, 8.)
AVANT [.A RKDEMI'TID.N 31
fruit, par avance, à ceux qui avaient confiance dans les mérites du Rédempteur '.
2° Ce sacrifice fut de tout temps annoncé et attendu sur la terre. Non seulement il fut révélé et promis à nos premiers parents, aussitôt après leur chute, mais Dieu voulut qu'il fût dès ce moment figuré par une multitude d'oblations et de sacrifices, propres à en entretenir l'idée . Les hommes religieux, qui avaient gardé un certain souvenir des révélations primitives, devaient comprendre la signification de ces mystères, et, en considérant ce qu'ils annonçaient, y adhérer par la foi et mériter d'en recueillir les fruits.
Ces faits ont une grande importance pour l'histoire de la religion. Il importe de les constater et d'en bien voir les résultats.
Dans le dessein que Dieu avait conçu d'envoyer son Fils sur la terre et de nous le donner pour Sauveur, nous avons la clef de sa conduite envers les hommes et la vraie raison de ses miséricordes.
Pourquoi ce Dieu si juste et si saint a-t-il permis qu'après avoir péché, Adam donnât naissance à une postérité si nombreuse et si dépravée, qu'il transmît à ses enfants, avec la souillure de sa faute, le scandale de sa révolte et la corruption de sa nature? D'où vient
1. Iq fide testimonium cousocuti sunt senes. (Heb.,'xi, 1.) Quotquot receperunt eum, dodit eis potestatem filios Dei fieri, his qui crcdunt iu nomino ejiis. (Joan., i, 12.) Alioquin oportebat eum fréquenter pati ab origine mundi : nunc autem semi-l in consummationo sa3culorum, ad destitutioneni peccati, per hostiam suam apparuit. ( Heb. , ix, 20.)
qu'il ne cessa pas de soutenir le monde et de pourvoir aux besoins de ses habitants, lorsqu'il vit le genre humain livré à toutes les passions et souillé par tous les vices? L'ordre qui continuait à régner dans la nature matérielle et l'assujettisseraent forcé des êtres sans raison aux lois qu'il leur avait prescrites, étaient-ils à ses yeux une compensation suffisante au désordre moral et aux crimes de tout genre auxquels s'abandonnait la créature intelligente qu'il avait mise à la tête de ses œuvres? Non, sans doute. Quelle gloire peuvent lui rendre des créatures muettes qui s'ignorent elles-mêmes, et dont l'obéissance est l'effet nécessaire de sa volonté toute-puissante^ ? Parmi les enfants d'Adam s'en trouvait-il un certain nombre qui eussent conservé dans leur chute assez de lumière jjour reconnaître leur malheur, assez de droiture pour condamner la conduite de leur premier père, assez de dignité et de vertus pour faire oublier au Créateur le grief qu'il avait contre leur nature, et les offenses dont elle les rendait si fréquemment coupables? Non encore; tous étaient non seulement déchus et portés au mal, mais encore privés de la vie de Dieu, réprouvés par sa sainteté et par sa justice. Nul d'entre eux n'était sans souillure, pas même l'enfant d'un jour. Si le péché n'infectait pas tous leurs actes, s'ils pouvaient encore se conformer, jusqu'à un certain point, aux préceptes de la loi morale que la rai-
1. Qiioniam tanquam monicntum staterae, sic est auto te orhis terrarum, et tanquam gutta roris antelucani quœ descendit in terrani. (Sap., xr, 23.) Kcee geutes quasi slilla situlw rcputata; sunt; ecce insulse quasi pulvis exiguus. Libauus non sufficiet ad succendcndum, et animalia ejus non sufficieat ad holocaustum. Otnnes gentes, quasi non sint, sic sunt coram eo, et quasi nihiluni et inane rcputatae sunt ei. (Is., XL, 15-17.)
son OU la tradition leur faisaient connaître, ils étaient dans l'impuissance la plus complète de reconquérir la divine grâce ou de produire sans elle la moindre œuvre de salut ^.
Qu'est-ce donc qui retenait le bras du Seigneur et arrêtait les coups de sa justice? Qu'est-ce qui lui inspirait tant de patience et de bonté pour cette race ingrate et pervertie ?
C'est que, sur cette terre, au milieu de ces pécheurs, au delà de ces misères, au-dessus de ces iniquités, son regard découvrait le Juste par excellence et la justice même. Il voyait le Saint des saints, la sainteté par essence qui se disposait à descendre du ciel, à prendre notre nature et à se faire notre semblable. Il considérait, en la personne de son Fils, l'humanité entière et que ce Fils allait s'unir, dont il deviendrait le chef; et dans l'àme de cet Homme-Dieu il voyait réunis tous les trésors de la sagesse et de la science, toutes les merveilles de la grâce et de la sainteté, tous les mérites et toutes les verlus. Il voyait ce divin chef, avec son innocence et sa dignité infinies, lui offrir, au nom du genre humain et de toute la création, les hommages que pouvait désirer sa Majesté souveraine. Il accueillait d'avance les témoignages qu'il devait lui rendre de sa religion et de sa charité : son obéissance, ses adorations, son anéantissement. Il prêtait l'oreille à ses louanges, à ses actions de grâces, à ses supplications. Mais surtout il ne pouvait regarder sans attendrissement l'excès de sa pénitence, la douleur qu'il ressentait de nos péchés, les
1. Ecce omnes injusti et vana opora eorum. (Is., l, 5, 2!).) Non est justus quisquam; non est intelligens aut requirens Deum. (Rom., ill, 9.) Eiamus natura lilii ira;. (Eph., ii, 3.)
réparations qu'il offrait à sa justice, les flots de sang qu'il répandait pour l'expiation de nos crimes et pour la purification de nos âmes.
Ainsi s'explique la conduite de Dieu dans les temps anciens et sa longanimité à Pégard de tant de pécheurs. Prope est justus meus, disait-il par son prophète. Justificabit ipse servus meus multos , et iniquitates eorum ipse portabit, pro eo quod tracUdit in mortem animam suam ^ . Ce qu'il considérait dans l'avenir s'accomplit au milieu des temps. L'Homme-Dieu finit par descendre sur la terre; et par son sacrifice, il opéra la rédemption du monde. En offrant à la divine justice la réparation de toutes les fautes et le payement de toutes les dettes, il a obtenu pour nous les grâces dont nous avions besoin et nous a rendu facile l'œuvre de notre salut et de notre sanctification - .
Ce n'est pas seulement le sort du monde futur ou des générations qui étaient encore à naître, que le Sauveur a changé, en s'immolant au Calvaire : c'est celui de l'humanité entière, de tous les hommes sans exception, à commencer par notre premier père, l'auteur de notre ruine.
Comme Adam avait été pour le genre humain une cause de déchéance et de mort, Jésus-Christ est devenu pour tous les hommes un principe de résurrection et de