‹ Du divin sacrifice et du pretre qui le celebreChapitre 121 sur 247 · Heb.. VIII · texte numérisé non relu

Heb.. VIII

2. Quamvis Christus jam non sit in statu mcrcndi vel satisfaciendi, est tamen in statu orandi et impctrandi ; et quando sacrificium offert, infelligi potest eum specialitcr inipetrare eodem modo et cum eadem efQcacia qua id faeit in cœlo pro nobis orando. (Suares, In 3 part. S. Th., q. 83, a. 1, disp. 72, sect. 2.)

comparaison de ce que fait pour vous le Roi du ciel, le Pontife éternel, le Fils unique du Père, dans l'oblation incessante de son divin Sacrifice ?

L'union du Sauveur avec le prêtre s'étend d'ailleurs à tous les fidèles. Par cela même qu'il représente Jésus- Christ et qu'il est ministre de son Eglise, le prêtre devient l'organe de l'un et de l'autre : il parle à Dieu en leur nom et au nom de tous les chrétiens. Lors donc que nous honorons la Majesté divine et que nous lui rendons grâces de ses bienfaits, nous ne lui offrons pas seulement, avec nos hommages personnels, ceux que le Sauveur lui a rendus et qu'il continue à lui rendre en sa propre personne ; nous lui offrons en même temps tous ceux qui ont été et qui lui sont incessamment offerts, sous l'influence de son Esprit, par une multitude innombrable de justes, d'ecclésiastiques et de fidèles, répandus sur toute la face du monde. De même en est-il quand nous demandons miséricorde pour nos péchés. Nous le faisons en union avec Jésus-Christ immolé sur la croix et s'offrant dans l'Eucharistie; mais nous le faisons aussi avec toutes les âmes pénitentes, qu'il associe à ses sentiments et à ses expiations. De même enfin dans nos supplications et nos prières proprement dites. Encore que nous demandions des biens particuliers et personnels, nous prions en Jésus-Christ et par Jésus-Christ, par conséquent en union avec tous ses membres, comme associés aux sentiments et aux opérations dont il est le principe. C'est la conséquence de la grande maxime donnée par l'Apôtre comme la loi fondamentale du christianisme : que tous les fidèles, étant incorporés au Sauveur par le baptême, n'ont entre eux et avec lui qu'un seul esprit, ou qu'entre les chrétiens et Jésus-Christ,

leur chef, il y a la même union, la même dépendance et la même solidarité qu'on voit régner dans le corps humain entre la tête et les membres : Omnia et in omnibus C/iristus ' .

Il suit de là qu'un prêtre à l'autel ne saurait avoir un esprit trop étendu, ni un cœur trop vaste. Il devrait, s'il était possible, renfermer en son âme tout ce que renfermait l'âme du Sauveur et qui y est toujours compris, toute la religion du ciel et de la terre, les adorations des esprits célestes, les actions de grâces des bienheureux," le dévouement des martyrs, le zèle des apôtres, l'ardeur des missionnaires, le détachement des religieux et des vierges, les repentirs et les gémissements des pécheurs pénitents, enfin les prières, les saints désirs, les espérances de tous ceux qui sont sur la voie de la véritable patrie 2. Dans l'impuissance où il est d'avoir distinctement toutes ces dispositions ou d'éprouver à la fois tous ces sentiments, sa consolation doit être que le Saint des saints, dont il est le représentant et qu'il tient entre les mains, les possède d'une manière éminente, qu'il les ratifie dans son cœur, et leur communique par la vertu de son esprit et la dignité de sa personne toute la valeur qu'ils doivent avoir pour être agréés de Dieu et bénis par son infinie bonté ^.

1. Eph., m, 2. Caput Christus, ex quo totiim corpus compactum et connexum per omnem juncturam subministrationis in mensuiam uniuscujusque membri. (Eph., iv, 10.) Sicut enim corpus unum est, et membra habet multa, unum tamen corpus sunt, ita et Christus. (I Cor., XII, 11.)

2. Tanto illud (quod valdc magnum est) Sacramentum sumemus capacius quaiito id et (idelius credimus, et speramus firmius et desideramus ardentius. (S. Aug. , Epist., cxxx, 17.)

3. Spiritus adjuvat iaûrmitatcm nostram ; uam quid oremus, sicut

Parmi les dispositions du Sauveur, prêtre et victime, il en est une plus essentielle que les autres, à laquelle son ministre doit principalement s'unir à l'autel : c'est la volonté qu'il a eue dès le commencement de s'immoler lui-même et d'offrir sa vie pour l'honneur de son Père.

En instituant l'Eucharistie et en entrant dans la voie de sa Passion, Jésus-Christ ne se proposait pas seulement d'honorer la Majesté divine et de nous mériter sa faveur d'une manière quelconque : il avait la volonté formelle de s'offrir à elle comme victime et de se sacrifier pour sa gloire. Ce qu'il se proposait d'immoler en sa personne, ce n'était pas seulement ses biens intérieurs, les plus précieux de tous, son bien-être, son honneur, sa liberté, ses affections, ses plus belles facultés : c'était son sang et sa vie; c'était lui-même. Non seulement il voulait se sacrifier pour glorifier son Père et nous obtenir ses grâces, mais il était déterminé à le faire aussi généreusement que possible, de la manière la plus glorieuse à la Majesté divine et la plus conforme aux desseins de sa sagesse. Dès lors donc il se dévouait à mourir de la mort la plus ignominieuse et la plus cruelle. En même temps qu'il s'offrait au sacriiice, il s'offrait aussi à tous les tourments de sa Passion, à tous ses opprobres, à son agonie, à sa flagellation, à son couronnement d'épines, à son crucifiement.

Mais ce qui nous intéresse spécialement et ce que

oportet, nescinius, sed ipse Spiritus postulat pro nobis gemitibus inenarrabilibus. (Rom., vm, 2G.)

nous ne saurions trop remarquer, c'est que le Sauveur s'offrait ainsi tout entier, sans aucune réserve, par conséquent avec tout ce qui lui appartient, à quelque titre que ce soit, avec son corps mystique comme avec son corps naturel, avec tous les membres de son Eglise, avec tous ses ministres présents et à venir. Il nous associait donc au mérite de son sacrifice, afin de nous associer à la gloire de sa récompense. Il nous dévouait à l'immolation avec lui et aussi complètement que lui. Il acceptait pour chacun de nous, aussi bien que pour lui-même, et il se proposait de nous faire accepter le genre de mort qui plairait davantage à son Père, avec toutes les souffrances et toutes les humiliations dont il trouverait bon qu'elle fût accompagnée. Tel est dans sa plénitude le sacrifice que l'Homme-Dieu entendit offrir à son Père, et qu'il lui voua dès le premier moment de son existence ' . Car, nous l'avons dit, c'est de son Eglise comme de lui-même, de ses membres mystiques comme de sa chair et de son sang, qu'il faut entendre la parole qu'il lui adressa dans son Incarnation, parole que l'Esprit- Saint a eu soin de révéler au monde dans le Nouveau Testament comme dans l'Ancien : Hostlam et oblationeni noluisti; corpus autcni aptasti mllil. Tune cUxi : Ecce venio uc faciam, Deus, voluntatem tuam. « C'est par là, ajoute l'Apôtre, que notre rédemption et notre salut se sont opérés : In qua voluntate sancdficad sumus -. Nous avons

1. Unde ipso homo Dei noniino consecratus et Deo dévolus, in quantum mundo moritur ut Deo vivat , sacrificium est , et tota ipsa redempta civitas, hoc est congregatio justorum universale sacrificium offertur Dec per sacerdotem magnum, qui etiam seipsum obtulit in passione pro nobis, ut tanti capitis corpus cssemus. (S. Aug., De civit. Dei, X, G.)

2. Heb., X, 3-10. Cf. Ps. xxxix, 8. S. Tli., 22 a, q. 85, a. 1, ad. 3.

été immolés et sanctifiés tout à la fois ^ par le sacrifice total et absolu que le Fils de Dieu a fait pour nous à son Père de sa personne et de ses membres. »

Que conclure de là ? Et quelle règle de conduite en devons-nous tirer ? Il faut en conclure que pour être un autre Jésus-Christ, pour exercer son sacerdoce en esprit et en vérité, le prêtre doit ratifier dans son cœur cette divine offrande et y adhérer sans réserve, ne pas se borner à approuver l'immolation personnelle du Fils de Dieu sur la croix et son anéantissement mystique sur l'autel, mais souscrire en même temps et avec la même sincérité à l'oblation qu'il a faite à son Père de son Eglise et de tous ceux dont il est le chef. S'il n'avait d'autre dessein que de rendre à Dieu une gloire infinie, il pourrait se borner à lui immoler l'auguste Victime et lui offrir sur l'autel le corps et le sang de son Fils ; mais s'il veut se conformer totalement aux desseins du Sauveur et prendre sa part au mérite et aux fruits de son immolation, il est nécessaire qu'il s'immole d'esprit et de cœur avec son divin chef et qu'il se dévoue lui-même à tous les sacrifices qu'il plaira à la Majesté suprême de lui demander. Il faut que chaque matin, en allant à l'autel, il se dise avec sincérité ce que saint Thomas disait aux apôtres à l'approche du Calvaire : Eamus et nos et moriamur cum illo ^. Sans doute, à côté du Fils de Dieu, une simple créature ne mérite pas un regard ; elle est un pur néant ; mais puisque le Fils de Dieu daigne lui faire cet honneur de l'offrir à son Père, malgré son néant, et de le faire à la Majesté divine, comme ne faisant avec soi qu'une

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