‹ Du divin sacrifice et du pretre qui le celebreChapitre 125 sur 247 · Gen., XXVIII · texte numérisé non relu

Gen., XXVIII

La Messe elle-même a sa signification. Non seulement chaque parole exprime une pensée et chaque signe manifeste un sentiment, mais Tensemble de la liturgie a un but et répond à une idée. Ce n'est pas sans un dessein réfléchi que l'Eglise en a rassemblé les diverses parties et qu'elle a mis entre elles cette liaison, cette dépendance et cette harmonie. Or, ne convient-il pas que son ministre entre dans sa pensée, qu'il ait l'intelligence de son dessein, et qu'au moment où il le met à exécution, il ait présente à l'esprit l'idée qu'elle entend réaliser par son ministère? Rien de plus désirable, ce nous semble. Cette considération, loin de le rendre moins attentif au sens des paroles et des cérémonies, l'aidera puissamment à les comprendre étales goûter. C'est dans ce but et pour ce motif que nous croyons devoir nous y arrêter un instant et en donner quelque aperçu.

Gomme l'édifice sacré où le sacrifice eucharistique se célèbre représente l'Eglise entière, comme l'autel du vrai Dieu s'élève dans l'enceinte du temple de la même manière que le Calvaire s'élevait au milieu de Jérusalem, comme la croix exposée sur l'autel aux regards des fidèles rappelle à leur esprit celle du Golgotha où le Sauveur fut cloué; ainsi laMesse est le renouvellement et la reproduction mystique du grand sacrifice que le Verbe fait chair est venu offrir à la divine Trinité dans la plénitude des temps, pour la rédemption du genre humain. Si on la divise, comme on fait d'ordinaire, en quatre parties : du commencement à l'Offertoire, de l'Offertoire à la Consécration, de la Consécration à la

Communion, de la Communion à la fin, on remarquera

— que la première de ces parties retrace sensiblement le premier âge du monde, avec les années que Notre- Seigneur a employées ici-bas à se préparer à son immolation ; — que la seconde rappelle l'offrande qu'il a faite de sa vie au début de sa passion et dans les moments qui ont précédé immédiatement son sacrifice sanglant;

— que la troisième répond aux moments qu'il a passés sur la croix, victime de la gloire de son Père et de la rédemption des hommes; — et la quatrième au temps qui s'est écoulé depuis sa résurrection et son retour au ciel ^

Ces rapports ne sont pas imaginaires, mais au contraire très réels et très frappants. En y réfléchissant, on verra que loin d'embarrasser l'esprit du prêtre, ils sont de nature à soutenir son attention et à lui faire comprendre le sens et la raison de plusieurs cérémonies ou prières liturgiques.

Les temps qui ont précédé la naissance du Sauveur furent des temps de ténèbres et d'iniquités. Courbée sous le joug d'un paganisme sacrilège et corrupteur, l'humanité sentait la profondeur de sa chute et portait la honte de sa dégradation. Ceux des enfants d'Adam qui avaient conservé, au sein de l'infidélité, un vague souvenir des révélations primitives, ou quelque idée de

1. Tota Missa tam provida reperitur disposita oïdinalione, ut qua; per Christum, ox quo a cœlo descendit usqiie ad tempus quo ad cœlum ascendit, gesta sunt, magna ex parte contineat et ea tam verbis quant signis admhabili spccie rcpraisentct. (Durandus, Rational, x, 8.)

l'œuvre que Dieu avait prorais d'accomplir pour le salut des hommes, soupiraient après le moment de la rédemption et tâchaient de hâter la venue du Messie^ en implorant la divine miséricorde.

N'est-ce pas ce que fait encore le prêtre en se prosternant au pied de l'autel, en reconnaissant avec le Psalmiste que l'homme déchu n'est que péché *, que la bonté divine est son unique ressource^, que d'elle seule lui peuvent venir la lumière et la vérité ^ nécessaires pour le conduire à la montagne où Dieu réside et à l'autel où il est glorifié ^ ? N'est-ce pas la pensée qui ressort de cette confession qu'il fait à haute voix, en se frappant la poitrine, en demandant au Seigneur de le purifier de tout péché, de rendre la vie à son âme et de lui ouvrir l'entrée du Saint des saints^? N'est-ce pas ce que font entendre les invocations de Vlntroït, empruntées aux Prophètes et au Psalmiste ^, avec ce cri si touchant du Kyrie, qui semble sortir de toutes les consciences et qui résume tout le culte de l'ancien monde ?

A ce moment, le Cantique des anges annnonce la naissance de l'Homme-Dieu. Le prêtre s'unit aux louanges, aux adorations^ aux actions de grâces des Esprits célestes; il bénit le Seigneur de la gloire infinie que va nous procurer l'Incarnation de son Fils ". Mais c'est

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