Marc, XIV, 22; I Cor., xi
hostie de propitiation, afin d'obtenb miséricorde pour les pécheurs et pour les âmes du purgatoire, en procurant aux uns la grâce de la pénitence et aux autres la rémission des peines temporelles qui peuvent leur rester à subir : Pro nostra omniumque sainte..., in remissionem peccatorum. Ainsi l'intention du prêtre à l'autel est d'offrir à Dieu, en Notre-Seigneur, tous les hommages qui lui sont dus, de l'honorer en union avec ce divin Sauveur, dans toutes ses perfections et sous tous ses titres, comme Etre souverain, principe et fin de toutes choses ; comme bienfaiteur suprême, source de tous les dons que nous avons reçus dans le passé et que nous espérons dans l'avenir; comme arbitre essentiel, juge équitable et père miséricordieux de tous ceux qu'il a créés pour l'aimer et pour le servir. Ces considérations n'ont rien qui doive distraire l'esprit du prêtre des prières qu'il récite ; elles ne peuvent au contraire qu'exciter son attention et animer sa ferveur.
La troisième partie, de la Consécration à la Communion, répond au moment le plus touchant et le plus solennel de la Passion, aux trois heures qui s'écoulèrent entre le crucifiement du Sauveur et son dernier soupir. Le prêtre commence par l'élever au-dessus de l'autel et l'offrir aux regards des fidèles, sous l'espèce du pain d'abord, puis sous l'espèce du vin, comme les Juifs l'ont élevé sur la croix et offert à la vue du peuple sur le mont du Calvaire ^. Ensuite il le considère
1. Sicut Mojses exaltavit serpentem iu deserto. (Joan., m, 14.)
étendu devant lui, comme une victime égorgée. On le croirait sans pensée, sans sentiment, sans vie. Néanmoins son âme ne cesse pas d'agir; loin de là : c'est le temps on il opère les plus grandes choses. Il présente à son Père son corps et son sang comme la seule offrande qui réponde aux désirs de la Majesté divine, et en considération de ce sacrifice, il lui demande l'accomplissement des vœux que sa charité lui inspire : l'établissement et la propagation de son règne, la prospérité de son Eglise, la communication de sa grâce à nos âmes et surtout l'oubli de toutes les fautes dont il a subi la peine et réparé l'injure. Ainsi il fait à l'autel ce qu'il faisait sur la croix, ou plutôt il poursuit son œuvre et il la complète, en appliquant à ses membres le fruit de son immolation sanglante.
Durant ce temps, le prêtre se tient debout, devant la divine Victime, comme saint Jean et la bienheureuse Vierge au sommet du Calvaire. Il offre humblement à Dieu, dans la personne du Sauveur, l'hostie pure,rhostie sainte, l'hostie sans tache : Hostiam puram^ hostiam sanctam , hostiam immaculatam , panem sanctum vitse œternse et calicem salutis perpetupe. Il le supplie d'agréer cette offrande à l'autel du ciel oti elle lui est présentée par des mains plus dignes et plus saintes que les siennes, per manies sancti A/igeli. Ensuite il le conjure de nous accorder en retour ses dons les plus précieux, de nous pardonner tous nos péchés, de nous combler de toutes ses grâces, omni benedictione cœlesti, et de nous faire entrer au Ciel, en son royaume éternel, avec tous les justes, déjà sortis de ce monde '. Enfin, après de
1. Libéra me, per hoc sacrosanctum corpus et sanguinem tuum, ab omnibus iuiquitatibus mcis et uaivcrsis malis... Libéra nos ab omnibus
nouvelles protestations d'humilité, et avec l'expression des plus saints désirs, il le reçoit en communion au nom de toute l'Eglise comme le gage de la vie éternelle. Rien encore dans ces sentiments ou dans ces pensées qui puisse faire oublier le Sacrifice eucharistique ou éloigner de l'esprit le souvenir du Calvaire.
Ce qui précède nous tenait face à face avec la divine Victime. La Communion et les prières qui la suivent nous retracent sa sépulture, sa résurrection et son ascension au Ciel.
Après le dernier soupir du Sauveur, son corps descend dans le tombeau et son âme bienheureuse, reçue dans le sein de son Père, entre en possession de son royaume et commence à exercer sa puissance. Ses disciples, raffermis dans leur foi et éclairés sur ses mystères, n'ont plus qu'à rendre grâces et à recueillir ses bénédictions. 11 les bénit en effet d'une manière visible, soit à l'Ascension où il fait briller à leurs yeux la gloire dont il jouit et qu'il veut partager avec eux, soit à la Pentecôte, où il leur envoie son Esprit, pour leur communiquer ses vertus et les animer de sa vie.
Ainsi à la Communion, le corps du Sauveur caché sous les voiles du sacrement descend dans la poitrine du prêtre et des fidèles disposés à le recevoir, tandis que son âme sainte, en possession des trésors du Ciel, met à la disposition de son ministre les dons les plus
malis, praeteritis, prœsentibus et futuris, ut a peccato simus semper liberi et ab omni perturbatione securi. (Missal.)
précieux. Le prêtre, uni au Fils de Dieu de l'union la plus étroite et le portant dans son cœur comme dans un tabernacle vivant, exprime sa reconnaissance et proteste de sa fidélité. Puis il lève la main sur l'assistance et la bénit au nom de son Maître, in onini benedlctione spi~ ritiiali ', pour lui donner part aux grâces qu'il a reçues. Enlin, récitant le dernier évangile, il donne aux fidèles une idée de la vie bienheureuse dont le Sauveur possède la plénitude et qu'il veut nous communiquer pour l'éternité.
Tels sont les caractères qui distinguent les principales parties de la Messe; tels sont les principaux souvenirs qui s'y rattachent. Il y aurait bien d'autres rapprochements à faire, entre le Calvaire et l'autel, si l'on entrait dans le détail. Les liturgistes les indiquent sous le nom de sens mystiques. Ce qu'il en faut conclure, c'est que l'Eglise a cherché à rendre aussi sensible et aussi complète que possible, par ses prières et par ses rites, le mémorial que Notre-Seigneur nous a laissé de son Sacrifice sanglant, et que le prêtre n'a rien de mieux à faire pour s'édifier que d'entrer dans son esprit et de suivre sa direction.
Qu'on ne s'effraye pas du grand nombre de nos remarques et de la difficulté que l'on peut avoir à se les rappeler, en célébrant les divins Mystères. Cette difficulté n'est qu'imaginaire. Ce qui est essentiel, c'est de se mettre ces observations dans l'esprit et d'en bien saisir la justesse. Quand on en est pénétré, chacune d'elles se présente en son temps, sans qu'on la recherche. N*a-t-on pas fait mille fois une expérience sem-