Cf. Eph., I
blable, dans l'exercice de l'oraison, par exemple, et dans la lecture? Celui qui commence à méditer se préoccupe beaucoup de la méthode à suivre et des actes à faire : il craint sans cesse de perdre son chemin ou de rester en route; mais la pratique ne tarde pas à le convaincre que, pour faire l'oraison comme on le lui a dit, il suffit presque d'en avoir le désir, et qu'une des meilleures règles est de ne pas trop penser aux règles. De même pour la lecture : au commencement on considère et on nomme toutes les lettres, l'une après l'autre; puis on les réunit en syllabes ; ensuite on tâche de former des mots et l'on essaye de les prononcer couramment. Mais quand on est un peu exercé, tous ces actes deviennent superflus, ou se font en un instant, sans qu'on s'en aperçoive. On ne pense plus aux lettres, ni aux syllabes, ni aux mots. On saisit comme d'un coup d'œil la pensée de l'écrivain. C'est alors qu'on commence à goûter le charme de son livre.
§ III. Défauts que le prêtre doit éviter à l'autel.
Le premier défaut dont un prêtre doit se garder dans la célébration des saints Mystères, c'est la précipitation ; car nul autre n'est plus visible et ne choque davantage la piété des fidèles ^.
On a peine à s'expliquer ce désordre dans un si saint ministère. Quelles sont les choses qu'on fait d'ordinaire au plus vite, dont on se hâte de se débarrasser? Celles qu'on estime ou qu'on aime le moins; celles qui
1. Sacerdos maxime cui-are débet ut distincte verba proférât, noa admodum festinanter, ut advertere possit quee legit. (Conc. Mediol.)
nous sont à charge, que nous ne jugeons pas dignes de notre application, qui nous empêchent de vaquer à des occupations j)lus sérieuses. Qu'un prêtre s'acquitte ainsi des fonctions de la vie matérielle ou de certaines charges de la vie civile, il n'y a pas lieu de s'en étonner. Ces occupations ne peuvent avoir une grande importance au jugement d'un ministre de Dieu, ni offrir un grand attrait à son cœur. Il doit tenir pour un avantage d'en être déchargé et de pouvoir donner le plus de temps possible aux choses de sa vocation : lis qux sunt ad Dcum ^ . Mais comment concevoir qu'il fasse tout le contraire, que sa fonction la plus auguste soit celle qu'il exerce avec le moins de gravité, qu'il paraisse regretter le peu d'instants qu'elle exige et que sa principale préoccupation, en montant à l'autel, semble celle d'en descendre au plus tôt? Un tel abus est si choquant qu'on aimerait à le croire impossible ou du moins extrêmement rare.
Néanmoins il suffit de parcourir les écrits de saint Liguori sur le divin Sacrifice pour reconnaître que ce défaut était commun de son temps, dans les contrées où il exerçait son ministère; car il n'est pas de scandale qu'il déplore plus amèrement et contre lequel il s'élève avec plus de force. C'est à ses yeux le fléau de la piété, le déshonneur du sacerdoce et la plaie de la sainte Église 2.