Heb., V
2. Le langage de Benoît XIV s'accorde avec celui de saint Liguori : « Gravlssimum dolorem accepimus, écrit-il, cum aliquos nos ipsi deprehendinuis qui adeo festinanter, indccoro, linguaque praecipiti rem divinam conficiebant, ut quae tum legerent, nuUo modo potuerimus audire. Plurimi sane inter sacerdoles non exiguam temporis partem conterunt in fore vel inanibus colloquiis, vel etiam negotiis ipsorum digni-
274 DU PRETRE A LAUTEL
Heureusement on a remédié à ce mal ; et tel que ce saint Evêque le décrit, on peut dire qu'il n'est pas à craindre aujourd'hui parmi nous. Il n'y serait pas souffert. Ce ne serait pas seulement l'autorité ecclésiastique qui le réprimerait : les fidèles mêmes en feraient justice. Un prêtre qui se ferait un mérite d'expédier sa Messe au plus vite, dont la précipitation ne donnerait pas aux assistants le temps de se recueillir^ et leur permettrait à peine de distinguer les diverses parties du saint Sacrifice, se verrait bientôt délaissé et aurait peine à trouver un enfant pour le suivre à l'autel.
Est-ce à dire qu'aujourd'hui la Messe soit toujours célébrée avec la dignité convenable, que les cérémonies se fassent toujours d'une manière édifiante, que l'ardeur de la jeunesse, le défaut de recueillement habituel, l'entraînement de la routine, ou quelque cause accidentelle, n'aient jamais pour effet une précipitation inconvenante et scandaleuse ? Non ; il faut l'avouer : pour être moins fréquent et moins grave, cet abus nest pas pourtant tout à fait supprimé. On se surveille d'ordinaire,
tati parum accommodatis, donec celebrandi tempus accesserit. Tune ad sacrarium properant, et sacris vestibus induti, vix lunea altaris attigerunt, fere intra momentum. Missa jam absoluta, sacrarium repetunt, depositisque sacris indunientis, ad forum pubbcasque officinas revertuntur. Utinam haec falsa essent ! lUud autem certissimum est non déesse qui sacrum negligentissime faciunt, verba cum festinatione proferentes, intempestive quae agenda sunt properantes, vel ea simul cum verbis eonjungentes , cum tamen verba prouuntianda non sunt, nisi quilibet actus prius absolvatur. Ad altare tam exiguo tempore, adeoque tam incomposite detinentur, ut nullam animo religionem, nullam verbis ac precibus quae ad sacrifîcium pertinent attentionem habere procul dubio -s-iduantur. Sacerdotibus hujusmodi illud aptissinie convenire potest quod olim Tertullianus, cum diversam rem tractaret, postulavit ; Sacriûcat an insultât ? » (Z)e sacrif. Miss.) Voir sur le même sujet dom aiabillon, Traité des études monastiques, II, 12.
sp:s pkvoirs pendant la messe 275
par religion ou par convenance; mais on ne se contient pas toujours. Un certain nombre se laissent encore emporter par intervalles dans la récitation des prières. On en voit quelquefois qui manquent à bien des rubriques, qui changent les oraisons, qui omettent certains suffrages, qui syncopent les mots ou qui confondent les syllabes au point de ne s'entendre eux-mêmes qu'à grand'peine. Il n'est même pas rare de rencontrer de pieuses personnes qui sont mal édifiées de la manière leste et dégagée dont la Messe a été dite devant elles.
Et comment ne le seraient-elles pas ? Ces personnes ont du saint Sacrifice une si haute estime ! elles voudraient le voir traiter avec tant de respect ! Pour le faire offrir quelquefois à leur intention, elles prélèvent sur leur modique revenu, quelquefois sur leur salaire, de penurid sud \ la rétribution exigée. Souvent elles sont obligées, pour y assister, de prendre sur leur travail ou sur le repos dont elles ont besoin. Leur unique désir en venant à l'église est de se recommander à Dieu et de le prier de toute leur âme, soit pour elles-mêmes, soit pour leurs parents défunts. Elles s'y tiennent dans une telle modestie et dans un si grand silence ! Elles trouvent tant de consolations à réciter les prières liturgiques ! Elles vont à la Table sainte avec une religion si profonde ^ ! Comment ne s'étonneraient-elles pas de