‹ Du divin sacrifice et du pretre qui le celebreChapitre 130 sur 247 · Marc, XII · texte numérisé non relu

Marc, XII

2. « En entrant dans l'église, je me sens pénétré d'un tel respect que, si je n<; craignais de me faire remarquer, je me prosternerais et je ramperais sur mes genoux de la^ porte à l'antel. » M""e Rivier, fondatrice des Sœurs do la Présentation. Un ministre protestant, Lavater, disait de même : « Si je pouvais croire à la présence réelle, il me semble que je passerais ma vie à genoux, et que je ne quitterais plus cette posture de l'adoration. »

276 DU TRÊTRE A L'AUTEL

voir leur pasteur, leur confesseur, celui de qui elles ont appris tout ce qu'elles savent sur le saint Sacrifice et qui doit les guider dans les voies de la piété, se conduire dans l'église tout autrement qu'elles, s'avancer bruyamment et à pas pressés vers le sanctuaire, monter avec rapidité les marches de l'autel, passer en un instant du côté de l'Épître à celui de l'Évangile, prononcer les prières avec une telle précipitation qu'elles ne peuvent savoir où il en est, ni comment il est arrivé si vite, s'agiter dans tous les sens, faire signes de croix sur signes de croix, fléchir le genou et le relever avec une telle hâte qu'il semble craindre d'être surpris dans une attitude d'adoration et de prière, se tourner vers le peuple, lever et mouvoir les bras, bénir les fidèles ou leur donner la sainte Hostie avec des mouvements si prompts ou si brusques qu'on a peine à lui supposer une pensée de foi ou un sentiment de dévotion ? Gomment ces personnes ne se diraient-elles pas à cette vue : « Qu'est-ce donc qui le préoccupe ou qui le presse à ce point? A-t-il à faire quelque chose de meilleur que ce qu'il fait? Le divin Sacrifice n'a-t-il pas, pour lui, la même valeur que pour nous ? Notre- Seigneur ne mérite-t-il pas son attention et ne demande-t-il pas son respect, comme il mérite et demande les nôtres ? »

Telle est l'impression que produit sur les âmes pieuses la vue d'un prêtre sans dignité, qui fait les cérémonies au plus vite ou qui récite les prières avec précipitation. Si les autres fidèles en sont moins choqués , c'est qu'ils n'ont pas au même degi'ë l'estime du divin Sacrifice et le respect des choses saintes. Ils n'en sont que plus exposés à subir l'influence de cet exemple et à se

laisser aller eux-mêmes, durant la sainte Messe, à la légèreté et à l'irrévérence. Ce qui est certain, c'est que l'indévotion des ecclésiastiques est contagieuse, et qu'autour d'un prêtre dissipé et peu fervent il est rare de voir une assistance religieuse et des servants recueillis '.

Un autre défaut, moins apparent d'ordinaire, mais plus grave encore en lui-même et plus injurieux pour la Majesté divine, c'est l'indévotion ou le manque de piété.

Nous sommes loin de faire dépendre de la sensibilité le mérite des actes ou de croire que nos émotions soient nécessaires pour toucher le cœur de Dieu. La piété vraie tient surtout, nous le savons, aux convictions de l'esprit et à la droiture de la volonté. Néanmoins il nous semble qu'un prêtre qui n'éprouverait jamais que froideur et insensibilité à l'autel, que l'offrande du saint Sacrifice et la réception des divins Mystères laisseraient toujours impassible, en qui la présence de la sainte Victime ne pourrait exciter aucun sentiment d'admiration, d'anéantissement, de reconnaissance, aurait lieu de s'inquiéter de ses dispositions. Un cœur dur doit faire trembler partout, dit saint Bernard ^ ; mais où doitil surprendre et effrayer davantage ?

1. Qui missam praecipitant, valde timondiim est ne in infernum prœcipitentur ; dit un pieux et savant liturgiste du dix-septième siècle, Quarti, Hubricx MissaL, Romœ, 1655. Il semble que ce soit pour eux qu'a été dite cette parole du Sauveur en saint Jean : Quod facis, fac citius'f (xiii, 27.)

2. Quid est cor durum ? Ipsum est quod nec compunclione sciu-

L'Apôtre, parlant de la venue du Fils de Dieu sur la terre, et de son union avec notre nature, s'écrie que c'est là par excellence le mystère de la piété : Magnum pietatls sacramentum M II ne conçoit rien qui témoigne plus d'amour et qui soit plus capable d'exciter la reconnaissance, qu'un Dieu qui se revêt de notre humanité, afin de vivre parmi nous et de se sacrifier pour nous. Cependant ne peut-on pas dire qu'il y a un autre mystère plus touchant que celui-là, plus propre à exciter notre admiration et notre reconnaissance ? Oui, c'est le mystère de l'Eucharistie, complément de celui de l'Incarnation. Si l'on veut voir à quel degré il nous aime et combien il est digne d'être aimé de nous, c'est à l'autel qu'il faut considérer le Verbe fait chair, plus encore qu'à la Crèche. C'est là qu'il couronne son œuvre et qu'il nous manifeste dans toute son étendue l'excès de son amour.

Que voyons-nous en effet dans l'Eucharistie, et qu'estce que la foi nous découvre ? Nous voyons le Fils de Dieu, non seulement abaissé jusqu'à nous, mais sacrifié pour nous, anéanti pour nous. Nous le voyons s'immoler en notre faveur, non pas une fois et dans un seul lieu, mais chaque jour et sur tous les autels. Nous le voyons se faire, non seulementnotre victime, mais notre aliment. Nous communions à son corps et à son sang ; nous participons à son Esprit ; il ne forme plus, pour ainsi dire, qu'une même personne avec nous. C'est donc

ditur, nec movetur prccibus. Solum est quod seipsum non abhorret. (De Consici., I, 2.) Cerfe indevotissimus est sacerdos qui ibi non conteritur ubi Filius Altissimi aate Patris oculos immolatur. (Pet. Blés,, Serm. Syn., LVi. )

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