l. Tim., III, IC
là surtout qu'il met le comble à son amour et qu'il mél'ite notre reconnaissance '. Aussi est-ce l'Eucharistie qui a inspire aux saints leurs œuvres les plus sublimes et qui les a soutenus dans la pratique des vertus les plus héroïques. En voyant leur Sauveur renouveler chaque jour en leur faveur son Sacrifice, ils sentaient le besoin de s'immoler eux-mêmes tous les jours et de se consumer pour son service. Vie pour vie, immolation pour immolation, c'était la seule chose, à leur avis, qu'une créature pût dignement offrir à son Dieu et rendre à son Rédempteur. Amore amoris lui moriar, s'écriait saint François d'Assise, qui amore amoris mei dignatus es mori !
Que si quelqu'un doit être touché de ce mystère et s'en montrer reconnaissant, n'est-ce pas celui que Dieu en a fait le dispensateur ? Qui contemple ce prodige d'aussi |)rès ? Qui est mieux à même d'en apprécier les merveilles et d'en recueillir les fruits ? Ce sacrifice et ce sacrement, dont une charité infinie a pu seule donner l'idée, ce n'est pas seulement pour le prêtre Fobjet de sa foi et de son culte, c'est son œuvre, c'est son partage, c'est sa gloire. Ce trésor inestimable, il le possède comme un bien propre, ou du moins à un titre particulier et tout personnel. Ce foyer de charité, c'est lui qui l'entretient ou qui le rallume tous les jours 2. Cet Homme-Dieu, toujours vivant ici-bas avec ses perfections divines et ses vertus humaines, n'est-ce pas son ministre qui le produit, qui l'immole, qui le donne en nourriture aux fidèles, après s'en être nourri le pre-
1. Cum dilexissct siios, in finem diloxit eos. (.loan., xui, 1.)
2. Igiiis iu altari semper ardebit, quoni iiutrit sacerdos per singulos dies. (Levit., vi, 12.)
mier ? Nul n'en approche que par lui et nul ne le i^eçoit que de lui. Comment ne sentirait-il pas le besoin d'aimer et d'honorer ce divin Sauveur plus que personne ? Gomment serait-il possible qu'il ne fût touché ni de sa présence ni de sa bonté ? qu'il l'eût sans cesse devant lui, dans ses mains, sur son cœur, et qu'il lui refusât son attention et son amour ? qu'il eût ailleurs son trésor et ses délices ' ? Une telle froideur se conçoit-elle en présence d'un tel amour ? N'accuseralt-elle pas un défaut de foi ou une insensibilité incompréhensibles? Celui qui se verrait en cet état n'aurait-il pas à craindre de s'être aliéné le cœur de Dieu et d'être arrivé pour son malheur à ce degré d'endurcissement presque irrémédiable où la grâce laisse tomber quelquefois les âmes ingrates et obstinément infidèles ?
Il n'en est guère, dira-t-on, qui en viennent à cet excès. C'est à peine si l'on peut supposer qu'un prêtre qui n'a pas conscience d'être en péché mortel célèbre le saint Sacrifice avec une telle dissipation d'esprit, qu'il ne tienne aucun compte du respect dû à Notre- Seigneur et qu'il n'ait à lui offrir aucun hommage intérieur de religion et de reconnaissance.
Nous aimons à penser, en effet, qu'un tel désordre n'est pas commun ; mais ce qui pourrait être moins rare,
1. Numquid potest homo abscondere ignem in sinu suo, ut vestimenta illius non ardeant ? (Prov., vi, 27.) Ignem posuisti in sinum tuum et non sentis calorem, mel in ore et non gustas dulcedinem! Signum est morbi spiritualis vel mortis. (S. Bonav,, De prap. Miss., 4.)
ce qui est réel et trop visible, c'est qu'on lïioiite quelquefois à l'autel sans beaucoup de dévotion, et ([ue l'esprit et le cœur n'ont pas toujours une grande part au ministère qu'on y remplit. Quand le mal se bornerait là, quand la dissipation et la légèreté qui se trahissent dans l'extérieur ne feraient pas soupçonner au dedans un désordre plus grave, ne serait-ce pas déjà un abus déplorable ? Magna miseina est, écrivait saint François d'Assise aux religieux de son ordre, et rniseranda infirmitas, quando Ipsum sic prsesentem habelis et aliud aliquid in tnto mundo curatis ^ . Je veux que Dieu discerne encore dans l'àme de son ministre une étincelle de charité, les fidèles qui ne lisent pas au fond des cœurs seront-ils moins scandalisés de n'en découvrir aucun signe ? A quels soupçons donc, à quelle appréhension, à quelle défiance ne seront-ils pas exposés ? Irreverentia vix ab impietate sejuncta esse potest, dit le concile de Trente^, Eh quoi ! voici un prêtre que l'Eglise met à la tête des fidèles pour leur apprendre à honorer Dieu et à sanctifier leur âme. Notre-Seigneur le comble de ses grâces ; il lui accorde ses faveurs les plus insignes ; il se donne à lui tous les jours ; il le nourrit de sa chair et l'abreuve de son sang. Evidemment, si ce prêtre a la foi, s'il croit aux mystères dont il est le dispensateur et à la prédilection dont il est l'objet, il doit sentir l'obligation
1. s. Franc. Biblioth. Pat., xill.Rogo in Domino omncs fratrcs meos sacerdotes quod pure faciant cum l'cverentia sacriûcium sanctum corporis et sanguinis Domini noslri Jesu Chiisti. Vidcle vocationom ve- Btram, fratrcs 8acerdotos, et estole sancti quia ipse sanctus est. Et sicut supor omnes propter hoc sacrificiuui honoravit vos Dominiis Deus, ita et vos propter hoc mysterium diligite eum ; reverimini et honcslate. Nihil de vobis retineatis vobis, ut tolos vos recipiat qui se vobis exhibet totuni i^Epist., xii.)