‹ Du divin sacrifice et du pretre qui le celebreChapitre 132 sur 247 · Sess. XXII, Décret · texte numérisé non relu

Sess. XXII, Décret

OÙ il est d'aimer son Maître de toute son âme, de vivre de sa vie, de n'avoir plus avec lui qu'un même esprit et un même cœur. Et voilà qu'il daigne à peine penser à lui, avoir un regard ou une attention pour lui ! Voilà qu'il semble compter pour rien les faveurs qu'il en reçoit, au moment même où il en est comblé ! A le voir marcher dans l'église, monter et descendre les marches de l'autel, à l'entendre parler à haute voix jusque dans le sanctuaire , converser sans retenue , exprimer librement toutes ses impressions, commander ou reprendre ceux qui le servent, on dirait qu'il regarde l'église comme sa demeure et qu'il en est le maître souverain. Il porte les yeux de tous côtés, sans voir nulle part Celui que son peuple adore, et dont la pensée le devrait absorber. Il s'approche du Tabernacle ; il l'ouvre et le ferme comme un meuble ordinaire. Il prend la sainte Hostie, il l'élève, il l'abaisse, il la rompt, il s'en nourrit ou la donne en communion, comme si c'était un pain matériel et commun ^ . Non dijudicans corpus Domini ! Pendant qu'il est en rapport direct avec la Majesté divine, qu'il l'approche d'aussi près que les anges, qu'il prononce des lèvres les prières les plus touchantes, il en est aussi éloigné par la pensée que le ciel l'est de la terre. Tandis que le Sauveur multiplie les prodiges pour descendre jusqu'à lui, qu'il renverse toutes les lois pour se mettre entre ses mains, pour se faire sa victime et son aliment, il n'a pas le moindre égard pour sa grandeur, la moindre gratitude pour son amour. Juxta Christum sine Cliristo : voilà, suivant un saint Docteur ^, l'état où il se trouve à

1. L Cor,, XI, 29. Non timent Dominum, uec custodiunt eseremonias ejus. (IV Reg., xvii, 34.)

2. S. Paulin. Epist. xxiii, ad Sever., 42. Heu ! caecitas et duritia

l'autel. Quel sujet d'affliction pour rame du Sauveur, et quel scandale pour la foi des fidèles ' !

0 prêtres ! s'écrie le Seigneur, par l'organe de Malachie, celui de tous les Prophètes qui a reçu le plus de lumières sur le divin Sacrifice et qui a été suscité dans les derniers temps pour ranimer l'esprit de l'ancien sacerdoce, « écoutez cet oracle. Il est pour vous et s'adresse à vous. Si vous ne tenez pas compte de mes avertissements et de mes reproches, si vous ne voulez pas rentrer en vous-mêmes, et qu'au lieu de m'honorer comme ma grandeur le demande, vous continuiez à scandaliser vos frères par votre irrévérence, vous ne tarderez pas à éprouver la rigueur de ma justice. Je vous enlèverai tout ce que vous tenez de moi ; je vous dépouillerai de tous vos honneurs et de tous vos biens, et je répondrai à vos vaines prières et à vos hommages de pure apparence par de réelles et terribles malédictions ! Et nunc ad vos mandatuni hoc, o Sacerdotes t Si nolueritis aiidire et si nolueritis poncre super cor, ut detis gloriam nomini meo, mittam in vos egestatem, et maledicam benedictionibus vestris. Vos enim recessistis de via, et scandalizastis plurimos -. »

Mais c'est peu de connaître les défauts auxquels on est exposé : il faut savoir s'en préserver et s'en guérir.

cordis luimani tam incffabile donum non magis attcndere et ex quotidiano usu ctiam ad inadvertentiam defluere ! [ fruit., iv, 1.)

1. Peccatiim grande coram Domino, quia retrahit homines a sacrificio Dontiini. (I Reg., ii, 17.)

a. Malach., ii, 1, 2, 8. Cf. i, C-U: ii, li-l/.

Quel est donc le remède à ce défaut de piété et à cette précipitation ?

Le principal remède consiste à se bien préparer au saint Sacrifice, à ne monter à l'autel qu'avec les dispositions de foi, d'humilité, d'union à Notre-Seigneur dont nous avons montré la nécessité, à se tenir devant Dieu, comme si l'on était le seul en ce monde qui eût à lui offrir la divine Victime, comme si notre salut et celui du monde entier dépendaient de notre oblation*. Arrive-t-il jamais qu'on puisse reprocher à un prêtre tout récemment ordonné, de se laisser aller à la précipitation ou à la négligence en célébrant la Messe ? Non ; on lui reprocherait plutôt le défaut contraire. Pourquoi? Parce que dans les premiers jours de son sacerdoce, ce prêtre est tout pénétré des instructions qu'il a reçues, et que la lumière de la foi qui rayonne en son âme lui montre à l'autel comme à découvert la majesté de Dieu qui attend son sacrifice, la Victime adorable qui se remet entre ses mains et les grâces inestimables qui seront le fruit de son immolation. Il pourrait dire comme le Prophète : Vidi Dominum stantem super altare ^. Aussi longtemps qu'il conservera ces lumières et ces sentiments, il sera digne, recueilli, édifiant. Il ne commencera à céder à la routine, à se montrer négligent et dissipé, qu'au moment où, les premières impressions de son sacerdoce cédant aux préoccupations du ministère extérieur, les vérités de la religion et les enseignements du séminaire commenceront à se voiler à ses yeux. Que faudrait-il donc

1. Imit., IV, II, G. Majorem efficaciam credo quod recipiat liomo in una missa cum bona praeparatione quam in multis, si non se praeparet diligenter. (S. Bonav., lu IV Sent. dist. 12, part 2, a. 2.)

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