Bossuet, Sur l'Acte d'abandon a Dieu
2. Nullum est (idelium officiiim a quo possit contem]>latioui3 gratia cxcludi. Unde quisquis cor intus habet illustrari etiam lumine contcinplationis potest, ut nemo ox hac gratia quasi de singularitate glorictur. (S. Greg. M. In Ezec, Hom. 17.)Imo ecclesiastici ac religiosi quorum vita ad aiuandum Dcuru ordinata est, omnino se darc debent ad contemplationoni , praecipui; theologi ; aut cerli eorura scicntia non eis auxiliabitur. (Geison De monte Cont. 18, et Theol, myst. 4.)
a les yeux sur lui, qu'il veut se communiquer à lui ? N'y a-t-il pas dans la personne et dans le cœur du divin Maître mille choses à considérer, à louer, à bénir, à adorer : ses pensées, ses desseins, ses mystères, ses œuvres, son passé, son présent, son avenir.
On est libre de l'envisager dans chacun de ses états et sous chacun de ses titres ; comme bon Pasteur, comme Pontife suprême, comme Victime du péché, comme Chef de l'Eglise, comme Roi de gloire, comme Maître souverain du monde. On peut penser aux rapports qu'il a avec son Père et aux hommages qu'il lui rend, s'unir à ses adorations, à ses louanges, à ses actions de grâces, à ses désirs, à ses supplications. On peut admirer chacune de ses vertus, les actes qu'il en a faits, les dispositions qu'elles lui inspirent, et offrir au Père éternel ces dispositions et ces actes, en supplément des noires. On peut encore le regarder comme principe de toute vie et source de toute grâce, penser à ce que son Esprit opère dans les â.raes qui lui sont soumises, s'associer à leurs sentiments et à leurs œuvres, honorer avec elles la Majesté divine, etc.
Un coup d'œil suffit pour voir à quel point peuvent se diversifier les considérations les plus simples en ap|)arence. Si nous ne trouvions pas de quoi nous occuper durant l'action de grâces, ce ne serait donc pas au sujet qu'il faudrait nous en prendre, mais à nous-même, à notre dissipation habituelle, à notre dureté, à notre iramortification, à Tinsuffisance de notre préparation. Du reste, les auteurs spirituels recommandent de se tenir dans la paix aussi bien que dans le recueillement, d'éviter toute inquiétude et toute agitation d'esprit, de s'arrêter le plus possible aux pensées
et aux affections qui ont Notre-Seigneur pour objet, de ne pas craindre de répétersouvent les mLines paroles au fond de l'àrae, de les savourer au contraire aussi longtemps que possible : Qieis tu, Domine, quis ego?... Ta solus saiictus, tu solus Doinuius, tu solus altissimus. Jesu Cliriste .'... Qttis venlt ? Ad qucin venil ? Cur et quomodo venit?... Dominas mecum est... O humilem et sublimeni, altissimam et novissinium !. . . Esta nobis prsegustatam mortis in examine !
Cependant, si l'on se trouvait hors d'état de se tenir recueilli dans la pensée de Notre-Seigneur et dans la vue de sa divine présence, mieux vaudrait, nous l'avouons, varier ses occupations et chercher à suivre une méthode que de perdre son temps dans une stérile inaction.
On pourrait se représenter les personnes qui ont joui de l'amitié du Sauveur sur la terre, qui en ont reçu de grandes faveurs pendant sa vie mortelle, et s'unir aux hommages que leur reconnaissîince lui a rendus ; par exemple penser à la sainte Vierge, s'hurailiant devant l'ange à proportion qu'il l'exalte, et se disant la servante du Seigneur au moment où elle en devient la mère ' ; à sainte Elisabeth ravie, humiliée, confondue, en voyant la mère de son Dieu entrer dans sa demeure avec le fruit de sa virginité - ; à saint Pierre, suppliant le Sauveur de ne j)as déroger à sa dignité en demeurant auprès d'un
1. Ecce aiicilla Domini : fiât niihi sfcundum verl)um tuum. (Luc, i, 38.)
2. Unde hoc mihi ut veniat mater Domini mei ad mo ? (Luc, i, 43.)
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pécheur aussi indigne que lui ' ; à saint Thomas, reconnaissant son divin IMaître aux plaies de ses mains et de son cœur - ; à Zachée, déterminé à donner tous ses biens pour prix de l'honneur que le Fils de Dieu lui fait de loger dans sa maison : Quod ad homincm peccatorem divertisset ^ .
En pensant aux âmes que Notre-Seigneur a le plus favorisées, on s'unira naturellement à leurs dispositions. On dira avec l'Epouse des Cantiques : Dilectus meus mihi et ego illi. .. Tenui euni, nec diniittam^..., et avec David : Portlo mea Dominus... Dominus pars hxreditatis mex et calicis mei... Mihi adhserere Deo boniini est... Quid mihi est in cœlo et a te quid volui super terram^? ... On s'écriera comme saint Pierre : Tu es C/iristus, Filius Dei i'ivi^ ....Tu sois quia amo te ; ou comme saint Thomas : Dominus meus et Deus meus~ ; ou comme saint Paul : Caritas Christi urget nos ! Quis ergo nos separabit a caritate Christi ? Certus sum quia neque mors neque vita, neque angeli, neque principatus, neque instantia, neque futura,..poteritnos separare a caritate Dei quse est in Christo Jesu Domino nostro ^ ; ou bien enfin on répétera la parole de saint François d'Assise : Deus meus et omnia ! 0 mon Dieu et mon tout ! Comment vouloir autre chose que vous ? Qui vous possède n'a-t-il pas tout ? Je n'ai plus qu'un désir : c'est d'être à vous sans réserve comme vous êtes à moi. Que mon union avec