‹ Du divin sacrifice et du pretre qui le celebreChapitre 152 sur 247 · Vie de Jean d'Avila, par le Père Louis de Grenade · texte numérisé non relu

Vie de Jean d'Avila, par le Père Louis de Grenade

pour obtenir qu'ils y mettent au moins une demi-heure. « Après la Messe, écrit le premier à un jeune prêtre dont il avait la direction, vous devez vous tenir recueilli une demi-heure au moins pour remercier Notre-Seigneur de la grâce qu'il vous a faite, pour lui demander pardon de ne l'avoir pas offert et reçu avec plus de ferveur, et pour le supplier de vouloir bien vous continuer ses faveurs, malgré votre indignité. » Saint Liguori donnait la même règle à tous les prêtres, et s'efforçait de la leur faire accepter^. Il ne se résignait qu'avec peine à voir ce temps abrégé. « C'est peu d'un quart d'heure, disaitil; c'est vraiment trop peu. Au moins qu'on n'y manq'ue jamais ; et qu'on ne mette pas d'interruption dans cet exercice, car quand on l'interrompt il est rare qu'on le reprenne, ou si on le reprend, il est rare qu'on l'achève avec la même dévotion^. »

Telle est bien, en effet, la moindre mesure à laquelle on puisse se réduire. Les bons prêtres, si occupés qu'ils soient, y mettent généralement davantage. Ce n'est pas qu'il ne faille quelquefois, dans les embarras du ministère, une volonté assez ferme pour ne pas déroger à cette règle. Les ecclésiastiques dont les occupations sont uniformes, ou à qui leur emploi laisse du loisir, ont peu d'efforts à faire pour n'y pas manquer. S'ils abrègent leur action de grâces, à plus forte raison s'ils l'abandonnent, ils n'ont pas d'excuse : c'est la tiédeur

1. C'est celle que suivait saint Thomas, puisque, selon son historien, Guillaume de Tucco, il servait d'ordinaire une autre Messe, comme action de grâces de celle qu'il avait dite.

2. En parlant des personnes pieuses qui ont fait la communion, saint Liguori dit : « Gratiarum actio ordinarie per horam integram durare débet. Fiat saltem per dimidiam, in qua anima in amando et petendo se cxerceat. » (Praxis confess., il, 155.)

SKS DEVOIRS Al'RÈS LA MKSSE 309

et l'indévotion qui en sont la cause. Mais pour ceux que leur charge met à la disj30sition des fidèles, et dont on [)eut réclamer les services à tout instant, on ne saurait dire la même chose. Ceux-ci ont besoin pour persévérer de résolution et de constance. Il faut que le public soit convaincu que l'action de grâces est à leurs yeux une suite nécessaire et comme une partie intégrante du saint Sacrifice, et qu'ils n'entendent pas plus y manquer qu'à la Messe elle-même. Par conséquent, ils doivent prendre de bonnes mesures pour n'en être pas détournés, et, à moins d'une nécessité urgente, se refuser^ avant de l'avoir achevée, à toute conversation et à tout ministère, soit à la sacristie, soit au confessionnal^.

La fidélité sur ce point est essentielle, car, encore que la confession et la communion soient des fonctions fort saintes et qu'on puisse en retirer beaucoup de fruits, elles ne sont pas l'action de grâces, et elles n'ont rien de ce qu'il faudrait pour y suppléer. Or, si Ton voit qu'un prêtre ne fait aucune difficulté pour se rendre au saint tribunal aussitôt qu'il est descendu de l'autel, on croira qu'il n'est pas occupé, qu'il attend des pénitents, et ce moment est celui qu'un grand nombre de personnes choisiront pour venir à lui. Ainsi l'action de grâces, abrégée d'abord ou différée par charité, sera bientôt négligée, puis omise plus ou moins fréquemment, et peut-être abandonnée de parti pris, comme inconciliable avec les exicjfences du ministère 2.

Page 1