‹ Du divin sacrifice et du pretre qui le celebreChapitre 162 sur 247 · I Pet., IV · texte numérisé non relu

I Pet., IV

2. Il en est autrement pour ceux qui ont une vive foi et qui prennent soin de nourrir leur piété par l'oraison et les exercices d'une vie sacerdotale. En voici un exemple pris dans le journal intime d'un saint missionnaire, M. Brute de Remur, mort évèque de Vincennes en Amérique, en 1839. « \0 juin ISii, jour anniversaire de mon ordination sacerdotale. 0 mon Dieu ! j'ai dit la Messe ce mutin. Vous étiez avec moi, mon Maître, au Gloria in excelsis, à ce touchant Lauda Sion, dont chaque mot, ce me semble, pénétrait mon cœur, au Mémento, à l'Elévation, moment redoutable et délicieux. Je désirais vivement qu'on vous reconnût et qu'on vous adorât dans mes faibles mains. Ah ! qae j'étais bien avec vous à la communion, et mieux encore quand je vous ai présenté à ces cinq âmes vertueuses ! Après cela, je vous ai pris sur ma poitrine, ô mon Maître ! et j'ai descendu la montagne. ."Mors le souvenir de la France m'a saisi. Je me suis rappelé le bonheur qui; j'avais eu autrefois de vous porter ainsi par la campagne, avec VAdoro te supplex que je chantais alors, et que je me remis à chanter lout seul, comme si cela devait vous plaire... Un peu plus tard, j'ai commencé mon Office entre les ondulations du blé que je traversais. Mes larmes ont alors coulé avec plus d'abondance. Ah ! me suis-je dit, je jouis du bonheur le plus pur, le plus exquis qu'on puisse goûter sur la terre ! Au retour, la pensée de l'anniversaire de mon sacerdoce m'a roulé vaguement et doucement dans l'esprit. O matinée belle et pure ! ô mon Dieu ! si bon, si bon ! que vous rcndrai-je ? Appelez-moi au ciel ! » ( Vie de Mw Brute, xi.)

Sinai, transliguré, radieux, ayant besoin de se faire violence pour converser avec eux des choses d'ici-bas, les fidèles le voient ensuite déchoir de cette élévation, se dépouiller de son auréole, perdre cet air de recueillement, cette paix, cette joie toute céleste qu'ils admiraient en lui, et enfin redevenir ce qu'il était auparavant, un enfant d'Adam comme eux, un homme de ce monde, semblable à la |)lupart d'entre eux, livré aux mêmes soucis, sujet aux mêmes faiblesses? Car voilà ce qui arrive trop souvent. A mesure que l'exercice du sacerdoce perd de sa nouveauté, il perd de son ascendant sur celui qui l'exerce; et plus les occupations extérieures se multiplient, moins on a de facilité pour rentrer en soi-même et réfléchir sur le ministère qu^on remplit. Ayant une foi sincère, on ne peut pas ne pas garder une haute estime du divin Sacrifice; on s'estime toujours trop honoré du pouvoir qu'on a de le célébrer; mais on est de jour en jour moins frappé de la sublimité des fonctions qu'on remplit, de la beauté des prières qu'on récite, de la sainteté infinie de la Victime qu'on immole. Si les fidèles continuent à voir dans la journée sur notre personne un reflet de l'autel et des vases sacrés, nous cessons de l'apercevoir. Comme nous avons dû laisser dans le monde, en venant à l'église, nos légèretés et nos dissipations, nous laissons dans le sanctuaire, eu sortant, notre religion et notre piété, et en nous mêlant aux gens du monde, nous reprenons notre manière d'agir dissipée et toute conforme à la nature. Nous courons à nos études, à nos relations, à nos amusements; nous nous y livrons sans réserve, et ne faisant dans notre esprit aucune différence entre nous et les simples fidèles, nous n'en mettons plus guère

entre notre conduite et celle que nous leur voyons tenir.

Assurément, il y a là une inconvenance et un désordre ; un désordre regrettable à tout point de vue, blessant pour Notre-Seigneur, malédifiant pour le prochain, funeste pour nous-mêmes. Il blesse Notre-Seigneur à cause de l'amour même qu'il a pour nous et à proportion de cet amour : propter nimiarn caritatem qud dilexit nos', parce qu'il voit que nous apprécions peu les bontés dont il nous comble, que nous n'avons pas une haute estime de ses mystères et que nous n'attachons pas une grande importance à tirer profit de ses grâces. Il étonne les fidèles ; car que peuvent-ils penser des sentiments que nous portons à l'autel et des dispositions avec lesquelles nous offrons le saint Sacrifice? Les personnes auxquelles nous exposons les conditions requises pour la communion quotidienne peuvent-elles ne pas demander si nous nous appliquons ces règles à nousmêmes, ou si nous avons des raisons pour nous en dispenser? Enfin il nuit à nos intérêts spirituels, puisqu'il nous fait perdre une grande partie des fruits que nous devrions recueillir de la célébration des divins Mystères. De là, en effet, le peu de progrès que nous faisons dans la vertu, la langueur dans laquelle nous traînons notre vie, les infidélités et les imperfections dans lesquelles on nous voit vieillir. De là ces défauts trop visibles qui nous empêchent d'exercer autour de nous l'influence que notre caractère et nos fonctions nous devraient donner, cette absence de dignité qui accuse un manque d'esprit intérieur et de respect pour nous-raêrae; cette

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