‹ Du divin sacrifice et du pretre qui le celebreChapitre 171 sur 247 · C'EST POUR LUI LE PRINCIPE DE SANCTIFICATION LE PLUS PRÉCIEUX · texte numérisé non relu

C'EST POUR LUI LE PRINCIPE DE SANCTIFICATION LE PLUS PRÉCIEUX

Faisons abstraction pour le moment de la vertu sacramentelle de l'Eucharistie et de la valeur du divin Sacrifice. Quand le prêtre ne trouverait à l'autel qu'un avantage, celui d'être en présence du Sauveur et d'avoir devant lui l'adorable Victime aussi réellement que saint Jean et la très sainte Vierge l'avaient devant les yeux au Calvaire, ne serait-ce pas déjà un secours précieux et un stimulant des plus eflicaces pour le faire avancer dans la perfection? S'il a suffi bien des fois à une âme généreuse de voir de près un homme de Dieu, d'être témoin des vertus d'un saint, d'en recevoir une instruction ou un encouragement, pour être saisi d'un esprit nouveau et pour se lancer dans la carrière de la perfection avec une ardeur et un courage dont elle ne se croyait pas capable, quelle impression ne doit pas produire sur le cœur d'un ecclésiastique ce spectacle si souvent renouvelé du Fils de Dieu immolé sur l'autel, ce trte-à-tête j)ro!ongé avec le Saint des saints, cette contemplation quotidienne de son dévouement, de sa charité et de toutes ses vertus ?

Suivant saint Liguori, la visite journalière du Saint- Sacrement est une pratique si salutaire, qu'il n'est guère possible d'y être longtemps fidèle, sans se donner à Notre-Seigneur et sans prendre la résolution de le bien servir. Mais qui ne voit la différence qu'il y a entre une prière de quelques moments devant le saint Tabernacle, et la célébration du divin Sacrifice ou l'immolation du Verbe fait chair? Quand le prêtre est à l'autel, il n'a pas seulement l'assurance que Notre-Seigneur est devant lui sous la forme d'une hostie : il a sous les yeux l'hostie sainte; il la consacre, il la prend entre les mains, il l'élève vers le ciel, comme pour l'offrir aux regards de son Père et aux adorations des hommes; il l'approche de son cœur; il la reçoit dans sa poitrine. Non seulement il se souvient de ce que le Fils de Dieu a fait pour le salut du monde, et de ce qu'il a enduré pour lui en particulier ; mais à chacun de ses souvenirs répond une réalité présente et vivante. Tous les mystères de l'Homme- Dieu se renouvellent en sa faveur. A sa voix, le Verbe incréé descend du trône de sa gloire : il se livre à lui aussi véritablement qu'il s'est donné à sa très sainte Mère. Il est à l'autel tel qu'il était à la crèche, non seulement avec le même amour, mais dans la même humilité et la même dépendance, avec le même déniiment et pour les mômes fins. Il s'offre en sacrifice à son Père, comme il s'est offert à la croix. Le prêtre coopère à ces Mystères : il en est l'instrument et le ministre. Il a sous ses yeux, il tient sous sa main ce qu'il y a de plus auguste et de plus saint au ciel et sur la terre : la personne même du Verbe fait chair, sa divinité comme son humanité, son esprit et son cœur, ses grâces et ses mérites et les grâces de tous ses mystères, en particulier

de son sacritice, tenue et couronnement de sa vie. A la vérité, ces merveilles sont invisibles aux yeux du corps, et l'âme ne les contemple pas à découvert comme elle fera au ciel. Mais pour celui qui a la foi, qui croit à la véracité de Dieu aussi bien qu'à sa puissance et à son amour, elles ne sont pas moins certaines sous le voile qui les recouvre que si elles éclataient au grand jour : Fides est ociilus tordis K Est argumentum non apparenùuin -. Le prêtre en doit être d'autant ])lus frappé qu'il en a devant lui, avec la substance et la réalité, l'image la plus sensible et l'emblème le plus expressif. Sous les espèces sacramentelles, il touche la chair du Fils de Dieu; illa présente comme victime à la Majesté divine ; il la reçoit eu communion comme le pain du ciel; il la donne en nourriture aux fidèles. Et c'est tous les jours que ces mystères se renouvellent devant lui, qu'ils se reproduisent par ses lèvres et par ses mains S Les disciples qui vécurent avec Notre-Seigneur sur la terre, les Apôtres eux-momes à qui le divin Maître disait : Beati ocull qui vident quae vos videtis ^ ! recevaientils de lui de plus grandes faveurs? Leur donnait-il des leçons plus instructives, des exemples plus frappants? Pouvait-il leur faire mieux comprendre, avec les obligations qu'ils avaient envers Dieu, le zèle qui devait les animer pour le salut de leurs frères et la manière dont ils devaient travailler à les sanctifier?

On lit, dans la Vie de sainte Catherine de Sienne, que le Sauveur voulant la faire mourir aux créatures etpren-

1. S. Aug., Serin, c.xx, 3. — 2. Hcb., XI, 1. — 3. Luc, x, 23.

dre une entière possession de son âme, lui dit un jour : « Sais-tu, ma (ille, ce que je suis et ce que tu es ? Tu serais heureuse de le savoir; eh bien ! je vais te l'apprendre : Je suis celui qui est; toi, tu es ce qui n'est pas. » Le Seigneur avait tenu autrefois un langage semblable à Moïse, en lui donnant la mission d'aller porter au roi d'Egypte l'ordre de rendre la liberté au peuple d'Israël. « Je suis celui qui suis, le seul être qui existe réellement, essentiellement, absolument : Ego sum qui siiin. Tu diras à Pharaon et à tes frères : Celui qui m'envoie vers vous, c'est Celui qui est*. Devant lui, quiconque se croit quelque chose se trompe : il n'est qu'un pur néant. » Rien qui exprime mieux la grandeur du Souverain Etre et la distance incommensurable qui le sépare de tous les autres êtres. Mais n'a-t-on pas droit d'affirmer que jamais cette parole n'a été dite, ou cette instruction n'a été donnée à qui que ce soit d'une manière aussi énergique et aussi frappante qu'elle l'est chaque jour au prêtre de la nouvelle Loi, dans la célébration du divin Sacrifice; par conséquent, que jamais personne n'a été mieux à même de comprendre la grandeur infinie de Dieu et le néant de toute créature devant Dieu ?

En effet, considérez ce que fait le Seigneur pour ce prêtre. Il l'appelle chaque matin dès son réveil, l'amène dans son sanctuaire et lui fait voir à l'autel, non le buisson ardent que Moïse aperçut au pied du Sinaî, mais l'holocauste perpétuel dont ce buisson était la ligure, la divine Victime toujours embrasée et toujours subsistante, heureuse de se consumer devant la Majesté suprême et anéantissant perpétuellement à sa gloire,

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