Deul., XXXII
344 DU PRKTRE A L'AUTEL
core à l'autel quelle charité il doit avoir pour son prochain et comment il doit lui témoignei' son amour.
1° C'est Dieu le Père d'abord qui le lui apprend par son exemple, et c'est l'Evangile qui lui inculque cet enseignement. Le divin jNIaîlre annonce qu'il est venu ici-bas pour régénérer l'humanité, et qu'afîn d'accomplir cette œuvre, il faut qu'il soit élevé de terre et suspendu en l'air au milieu des peuples, comme le serpent d'airain l'a été àla vue des enfants d'Israël ; puis il faitcette réflexion : « Telle est la miséricorde de mon Père envers les hommes. Il les aime au point de me sacrifier, de sacrifier son Fils unique pour les sauver de l'enfer et leur donner la vie éternelle : Sic Deus dilexit niundum, ut Filiuni suum unigenituin claret, ut oniiiis qui crédit iii eum non pereat sed haheat vitam œtcrnam^ . Qui pourrait n'être pas touché de ces paroles : Sic Deus dilexit niundum ! Ce qu'Abraham a fait de plus héroïque pour témoigner à Dieu qu'il l'aimait de tout son cœur -, Dieu ne dédaigne pas de le faire à son tour pour nous apprendre combien il nous aime, par conséquent combien nous devons nous aimer les uns les autres. Et non content de nous avoir donné une fois au Calvaire cette preuve de sa charité, il ne cesse de nous l'offrir chaque jour tout de nouveau à l'autel. Or, qui doit mieux entendre cette parole que le prêtre, ministre du saint autel ? Qui doit en être plus touché? N'est-ce pas lui qui contemple cette merveille de plus près, qui l'a plus souvent devant les yeux? C'est donc à lui que s'adresse en premier lieu cette parole : Sic Deus dilexit mundum ^ / Inspice et fac secundum exemplar ^ !
1. Joan., m, 10. — 2. Gen., xxii, 12. Cf. Rom., vui, 32; II Pet., i, 17. — 3. Joan,, m, IC. — 4. Exod., xxv, 40.
2° La leçon devient plus frappante encore par la générosité avec laquelle le Fils de Dieu se conforme au bon plaisir de son Père. Car c'est de son plein gré qu'il est immolé à l'autel comme à la croix; c'est librement, c'est par amour qu'il se dévoue; c'est lui-même qui verse son sang pour nous laver de nos iniquités : Ddexit nos et lavit nos a peccatis nostris in sanguine suo '. Sans doute, la dernière fin de son sacrifice comme de toute sa vie, c'est la gloire de la Majesté divine : il ne peut pas s'en proposer une autre; mais il n'est pas moins certain que notre salut est le prix dp son dévouement, et que c'est en nous rachetant, en nous purifiant, en nous ornant de vertus qu'il rend à son Père la gloire qu'il veut bien lui rendre. Sa vie donc, et surtout son sacrifice qui en est le couronnement, a été l'acte de charité le plus parfait qu'on puisse concevoir. Jamais personne ne nous a aimés ainsi, dit l'Apôtre, ni porté le dévouement si loin : Majorem caritatem nenio liabet -. Vix enini pro justo quis nioritur : nam pro bono forsitan quis audeat mon? Comniendat auteni caritatem suam in tiohis, quoniam cuin adhuc peccatores essemus, Cliristus pro nabis mortuus est^. Or cet acte de charité incomparable, surhumain, incompréhensible, ne se renouvelle-t-il pas aussi tous les jours par les mains des prêtres? Chaque matin, après avoir fait prendre à son ministre le vêtement de la charité^, le Fils de Dieu s'offre par lui à son Père en faveur des hommes, de tous les hommes, des pécheurs aussi bien que des justes. Il s'immole pour eux, comme au Calvaire, et de plus il se donne à eux en nourriture comme au Cénacle.