Pontif., De Presbyt. fac
pensées et les affections, dans une région plus élevée ; son esprit habitera un autre inonde, le monde surnaturel, eu comparaison duquel tout ce qui est terrestre a peu de valeur et jette peu d'éclat. Ce qu'il aura habituellement dans l'esprit, ce seront les destinées des âmes et les voies diverses où elles marchent : d'un côté le ciel et sa béatitude, de l'autre l'enfer et ses flammes éternelles, entre l'un et l'autre, l'humanité, attirée en haut par la parole, l'exemple, la grâce du Fils de Dieu; entraînée en bas sur la pente de l'abîme par l'eff'ort du démon et le poids de la concupiscence. Pour lui, il se verra placé à la tête de ses frères avec la mission de continuer parmi eux le ministère du Sauveur, c'està-dire de rendre au Père céleste les hommages dus à sa grandeur, de répéter aux hommes de bonne volonté les instructions, les avis, les encouragements du divin Maître, et de leur communiquer les grâces qu'il leur a méritées au prix de son sang.
Ainsi le mystère de l'autel exerce et fortifie la foi du prêtre. Il lui fait acquérir comme une seconde vue toute surnaturelle et toute céleste. Ses yeux s'ouvrent chaque jour davantage à la fraction du pain*. Eclairé d'une nouvelle lumière, il prend sur toutes choses de nouvelles idées et de nouveaux sentiments. Ce qui le ravissait autrefois par sa magnificence, lui paraît bientôt si terne et si mesquin qu'il en détourne le regard. La beauté de la nature, les chefs-d'œuvre de l'art, les productions les plus sublimes du genre humain, ne
1. Luc XXIV. Dominus noster Jésus Christus antc panis fractionem ignotus, locjuitur cuni hominibus ; in panis fractione cognoscitur, quia ibi percipitur, ubi vita a>terua pcrcipitur. (S. Aug., Serm. cxlvi, de temp.)
peuvent plus le satisfaire. Cogitatio iUlus apiid Altissimum *. Les perfections de Dieu, les mystères que sa sagesse nous a révélés, les prodiges de grâce qu'il a accomplis, voilà les seules merveilles qui excitent son admiration. Les contempler, les sonder, en découvrir les raisons, l'harmonie, les conséquences, voilà le charme de son esprit et les délices de son cœur. Rien ne peut plus lui plaire qu'en Jésus-Christ. Plus les oracles du divin Maître sont profonds, plus il y découvre de sagesse, et plus il y trouve d'attraits. Non moins que ses enseignements, ses œuvres le ravissent. Il reconnaît dans l'Eglise la famille des enfants de Dieu, et dans chaque fidèle un membre de son Fils. L'aspect de la croix l'attendrit et l'embrase. Il y voit ce que voyait saint Paul, le chef-d'œuvre de la puissance et de la sagesse divines, le témoignage d'une miséricorde infinie, la source de tous les mérites, le fondement de toutes les espérances. Mais le suprême objet de sa vénération, c'est l'Eucharistie, la présence réelle du Verbe fait chair, son sacrifice, son action sur les âmes. Loin de troubler sa raison, ce mystère devient pour lui comme un fait d'expérience et une réalité manifeste. Soit qu'il en saisisse les preuves avec une clarté plus parfaite, soit que le divin Maître en rende par sa grâce la réalité sensible à son cœur, il croit sans aucun effort; il lui semble presque voir ce qu'il croit : Crédit et intelligit'^. Il pourrait dire en toute vérité ce que disait
1. Sap., V. C). Ceinenti creatorem angusta est omnis creatuia. (S. Greg., in Dial., n, 25.)
2. Off. San. Siilp. Nisi credideritis, non intelligetis. (Isaï.. va, !», juxta Sept.) Fides est oculus cordis. (S. Aiig., Serin, cxx, 3.) Cf. Luc, XXIV, 35.
naguère un ministre de la Réforme, converti au catholicisme : « Quand l'Ecriture et la Tradition ne rne fourniraient pas des preuves sans réplique de la présence du Sauveur dans son Sacrement, ce que je sens dans mon cœur et ce qui se passe en moi quand je communie suffirait pour me rendre tout doute impossible. » Les objections des incrédules ne l'inquiètent pas plus que leurs blasphèmes ne l'effrayent. Il prend leur aveuglement en pitié. 11 les plaint, comme l'Apôtre plaignait les infidèles d'être privés de la vie de l'àme et de fermer les yeux à la lumière au milieu des clartés du jour : Tenebris hahentes obcxcatum intellcctum, aHenati a vita Dei, propter csecitatem cordts ipsoruin '.
Voilà ce que la fréquentation de l'Eucharistie est de nature à produire sur l'esprit d'un ministre de l'Eglise. Voilà ce qu'éprouverait un prêtre, animé d'une vraie foi, quand il ne trouverait dans ses fonctions d'autre avantage que d'être, chaque matin, en présence du Sauveur et d'assister en corps et en âme au renouvellement de sa Passion et de sa mort. Mais ce n'est là qu'une ])artie du dogme catholique. L'Eucharistie n'est pas seulement une image vivante de l'Homme-Dieu, une représentation substantielle de son immolation, le Sauveur lui-même présent et vivant sous le voile des saintes Espèces : c'est, suivant la foi de l'Eglise, un sacrifice véritable et un véritable sacrement. Or, nous savons que, comme sacrifice aussi bien que comme sacrement,