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ce mystère agit sur les âmes ; il opère par lui-même ; il a une vertu intrinsèque, une efficacité surnaturelle qui lui est propre. Le Sacrement confère à celui qui le reçoit la grâce sanctifiante; il resserre le lien qui l'unit au Sauveur ; il lui communique plus abondamment son Esprit ; il le fait participer dans une plus grande mesure à sa divine vie'. Quant au Sacrifice, il fournit au prêtre qui le célèbre un moyen sûr d'obtenir de Dieu des grâces actuelles, qui peuvent avoir, pour lui et pour les autres, des résultats tout aussi précieux ^.
Indépendamment de toute intention et sans qu'il ait besoin de faire aucune réserve en sa faveur, l'office que le prêtre exerce lui assure une part privilégiée dans les fruits du Sacrifice. Comme c'est lui qui consacre, c'est lui qui offre, c'est lui qui immole, c'est lui qui intercède et qui supplie. S'il agit au nom du Sauveur qu'il représente, et au nom de l'Eglise dont il est le ministre, il agit aussi en son propre nom, sous sa responsabilité et dans son intérêt. Le sacrifice qu'il présente à Dieu est son sacrifice avant d'être celui des fidèles. Meum ac vestruin sacrificium , dit-il aux assistants. C'est pour lui comme pour ses frères, et même pour lui plus que pour tout autre, qu'il s'humilie de ses misères et qu'il demande pardon de ses fautes. C'est spécialement pour lui qu'il offre la divine Hostie : Quam ego, indigrivs famuliis tuus, offero tibi, Deo meo, vivo et vero. C'est pour
1. Sicut Christus in mundum \isibiliter venions contulit mundo vitam gratiae, secundum illud : Gratia est Veritas per Jesum Christum facta est, ita in hominem sacramentaliter veniens, vitam gratiaî operatur secundum illud : Qui munducat me vivet propter me. (S. Th., p. 3. q. 79, a. 1.)
2. Conc. Trid., Sess. vu. De Sacram. , can. 1; et Sess. xxii, De Sacrif, Missse, can. 1.
lui aussi en premier lieu qu'il demande et qu'il attend la bénédiction du ciel : Ut qubtquot ex hac altaris parti" cipotionc sumpserimus omni benedictione cœlesti repleainur... Ut milii et illis pro quihus sacrificium ohtuli, sit, te niiserantc, prnpitiahile . Si les sacrifices figuratifs ont obtenu tant de grâces à ceux qui les offraient, quelles bénédictions le prêtre de la Loi nouvelle ne doit-il pas attendre du Sacrifice divin! Sa confiance n'est pas fondée seulement sur l'ardeur de ses vœux et sur la bonté de Dieu envers tous ses enfants : elle l'est sur son caractère de prêtre, sur son union avec Jésus-Christ, Pontife suprême, et sur l'exercice qu'il fait de son sacerdoce dans Toblation de la divine Victime. Ainsi son office lui assure de droit divin une part privilégiée dans les fruits du sacrifice. Le concile de Trente nous semble mettre ce point hors de doute, en définissant que le célébrant n'est pas le seul à tirer profit de son oblation ' .
En même temps, le prêtre participe aux fruits du Sa-
1. Conc. Trid., Sess. xxiii. De Sacr. Missae, can. 3. Les fruits du saint Sacrifice étant pour l'ordinaire tout intérieurs, il n'est pas facile d'en constater la réalité par l'observation. Néanmoins, afin d'aninior la confiance de ses ministres, Dieu se plaît à leur accorder quelquefois des grâces extérieures où il leur est impossible de méconnaître son intervention. Lorsque saint Jean de Matha manquait d'argent pour le rachat des captifs, il montait a. l'autol, dit son historien, et Dieu venait à son secours d'une manière ou d'une autre ; ou le maître se laissait toucher par ses supplications, ou des sommes considéraljles arrivaient au saint d'une manière merveilleuse. Saint PhiTippe de Néri obtint, à sa première Messe, la conversion de trois Juifs. Saint Jean de la Croix, a^'ant demandé, en allant pour la première fois à l'autel, de ne jamais perdre l'amitié de Dieu, entendit cotte réponse : « Je t'accorde ce que tu désii'cs. » Le vénérable Antoine de Collelis, des Pieux Ouvriers, cité par saint Liguori, ne craignait pas de dire : « Quand j'ai Notre-Seigneur entre les mains, j'en obtiens tout ce que je veux. » Cf. S. Aug., De Civit. Dei. viii, 22; S. Greg. M., Dial., vi, 57, 58.
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crement. Nul n'est mieux fondé à en attendre une mesure abondante. Non seulement il a consacré la divine Victime qu'il distribue à la sainte Table, mais il est le premier à la recevoir, et il la reçoit dans les conditions les plus propres à exciter sa ferveur. C'est publiquement, c'est à l'autel même, comme ministre de l'Eglise et représentant de Jésus-Christ, après l'offrande et l'immolation de la divine Hostie, après de longues supplications faites en sa présence, au moment où sa foi, son recueillement, sa charité, sont éveillés au plus haut degré, c'est avant tous les fidèles, comme leur chef et leur modèle, qu'il prend le corps du Fils de Dieu et qu'il en fait son aliment, en le suppliant de garder son âme pour la vie éternelle. Et il le reçoit de la même manière que les apôtres Tont reçu, au début de la Passion, sous l'espèce du pain et sous l'espèce du vin, afin que, l'immolation sanglante du Sauveur lui étant représentée d'une manière plus vive, il sache mieux apprécier l'étendue du sacrifice que l'Homme-Dieu a fait en sa faveur et de celui qu'il lui demande d'accomplir avec sa grâce et dans son esprit.
Ainsi l'autel n'est pas seulement pour le prêtre une exhortation à la vertu et un stimulant à la pratique de la perfection : c'est un secours actif et puissant d'une efficacité toute divine. Qu'il soit offert comme Victime ou donné en aliment, le Sauveur ne cesse pas de travailler à notre sanctification. Tous les théologiens reconnaissent que le saint Sacrifice n'a pas seulement pour but d'honorer Dieu et de le remercier de ses bienfaits, mais qu'une de ses tins et un de ses effets, tout aussi essentiels, c'est de l'intéresser à nous, de satisfaire sa justice et de nous obtenir ses faveurs. Tous
enseignent également que le principal fruit du Sacrement est de nous unir à Notre- Seigneur, de nous animer de son esprit, de nous enrichir de ses mérites et de ses grâces^. L'un et l'autre tendent donc en même temps à produire ce qu'ils signifient, à mettre en nous ce qu ils nous demandent, à établir ou à fortifier dans notre ame les vertus dont ils nous offrent l'image : Ut secundiuH eiini qui vocavit nos sanctuin et ipst in onini conK'ersatione sancti sinius ^. Chaque fois que nous offrons le corps du Sauveur ou que nous y participons par la Communion, il nous aide à nous détacher de nousmêmes, à crucifier le vieil homme, à nous laisser conduire par l'esprit de Dieu, à nous dévouer pour le salut et la sanctification de nos frères, à nous rendre conformes à Notre-Seigneur, la seule victime et le seul prêtre parfaits, enfin à offrir à la Majesté divine les hommages que demandent ses perfections et son amour. Comment l'usage quotidien qu'il nous est donné d'en faire ne serait-il pas le secours le plus précieux pour vivre chrétiennement et avancer dans la voie du salut ^ ?
L'expérience vient ici à l'appui des principes : De plenitudine ejus nos omnes accepimus, et gratiam pro gratin^. Il n'est pas un digne prêtre qui ne trouve en sa
1. Qui manducat me vivet propter nio. (Joan., vi, 58.) Quia ego vivo et vos vivetis. (xiv, 40.) Ego sum vilis. vos palmitos. (xv, 1.)