‹ Du divin sacrifice et du pretre qui le celebreChapitre 192 sur 247 · Ps. LXXXIII, 'l · texte numérisé non relu

Ps. LXXXIII, 'l

Cependant, si près qu'il soit de son ministre, le Fils de Dieu ne perd rien de sa grandeur infinie. En quelque lieu qu'il réside et en quelque état qu'il se réduise, c'est toujours le Roi du ciel, le Dieu de l'éternité, l'auteur et le maître de la création, celui dont la majesté, la puissance, la sainteté font le ravissement des anges. Ses abaissements, étant l'efFet d'une condescendance volontaire^ ne portent aucun préjudice à sa dignité essentielle. Ses vertus humaines ne sont qu'une ombre de ses perfections divines. Ainsi l'âme qui le possède révère et jouit tout à la fois. L'adoration s unit dans son cœur à la reconnaissance, le ravissement à l'amour, la soumission la plus profonde à la plus douce confiance. Ecce Deus, Salvator meus, à'il\e prophète'. Deus meus et otnnia ! reprend l'auteur de V Imitation. Intelligenti salis dictum est, et sxpe repetere jucundum est amanti-.

C'est peu de dire que le ministre de l'autel a le Fils de Dieu devant lui, qu'il jouit de son amitié, qu'il connaît ses sentiments et ses pensées. Ces avantages, si grands qu'ils soient, il les partage avec de simples fidèles. Mais il a des faveurs qui lui sont propres.

Au saint Sacrifice, il n'est pas devant l'Homme-Dieu comme un serviteur devant son maître, comme un favori devant le monarque qui l'honore de son affection ; il y

1. Isai,, XII, 2. — 2. Imit., m, 34. Si je désire quelque chose de plus, je cesse de croire, je deviens insatiable ou j'ignore la valeur d'un Dieu. « Rien, mon Diou, avec vous. Vous avez tout en vous, et je suis, avec vous, trop heureux. » (Olier, Saints Ordres, iii, 5.)

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est, par une miséricorde incompréhensible, comme un autre lui-même, comme un égal et, à certains égards, presque comme un maître'. Il n'attend pas qu'il plaise au Seigneur de descendre du ciel et de se mettre à sa disposition : il l'appelle ; il le prend entre ses mains; il le présente aux adorations des fidèles : il le dépose et l'enlerme dans son Tabernacle. Il fait plus, après l'avoir immolé à son Père, il le reçoit dans sa poitrine et le distribue à ceux qui le désirent. Enfin il fait de lui tout ce que les anciens sacrificateurs faisaient de leurs victimes : il use de son corps et de son sang avec une liberté absolue, dans l'intérêt de l'Eglise et pour le bien spirituel des fidèles : Dominlci corporls et sanguinis inl'cstiti/ririm hahct, dit saint Bernard-.

Quel pouvoir que celui du prêtre sur ce divin Sauveur ! Dieu seul a pu en avoir l'idée et en conférer le don ; et, pour y croire, il faut toute la soumission et toute l'énergie de la foi. Mais ce pouvoir prodigieux, n^est-ce pas en même temps une grâce, un gage d'amour, un témoignage de confiance incompréhensible ? En se mettant ainsi sous la main de son ministre, le Sauveur se livre à lui sans réserve, il met à sa disposition tout ce qu'il est et tout ce qu'il a. II peut bien lui dire ce que le père du ])rodigue disait à son fils aîné : Fill, tu semper inecuiH es, et oiniiia mea tua sunt^ . Avec son corps et son sang, il livre entre ses mains tout ce qu'il a de plus précieux : son esprit, ses grâces, ses vertus, le fruit de ses mystères, son crédit sur son Père, son autorité sur les âmes ; il lui en confie l'usage et lui en laisse la disj)ensation. Qu'il en use donc en toute liberté, soit dans

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