IV. SAINT PHILIPPE DE NERI, FONDATEUR DE L ORATOIRE
Saint Philippe de Néri, étant encore laïque, communiait déjà tous les jours. Sous-diacre, il ne touchait jamais un calice sans un tressaillement visible. Promu au sacerdoce, il se fit une règle de dire la Messe tous les matins, à moins d'être retenu au lit par la maladie; et dans ce cas, il prenait des mesures afin de recevoir la sainte Eucharistie pendant la nuit. C'est la pratique qu'il conseillait à ses prêtres. Il ne pouvait souffrir qu'on s'abstînt de dire la Messe dans la seule vue de se récréer avec plus de liberté.
La ferveur et l'application avec lesquelles il priait à l'autel ne lui coûtaient aucun effort. Loin d'avoir à se préparer par de longues prières, il était obligé de veiller sur lui pour n'être pas absorbé dans la contemplation ou emporté par une extase. Il faisait quelquefois de tels efforts pour se défendre contre les transports de sa dévotion que tout son corps était en mouvement et que l'autel même en était ébranlé; mais rien ne pouvait empêcher que sa piété n'éclatât au dehors et qu'elle n'attendrît tous ceux qui le voyaient. C'est à l'Offertoire que com-
mençaient pour l'ordinaire les transports de son amour. Il lui était impossible de les retenir. Une douce joie rayonnait sur son visage, et sa main tremblait de bonheur en versant dans le calice le vin qui allait être changé au sang du Sauveur. Lorsqu'il élevait la sainte Hostie pour la faire adorer, ses bras se raidissaient au point qu'il ne pouvait les baisser qu'avec difficulté. Aussi faisait-il ce mouvement d'une manière rapide. Après la Consécration, tandis qu'il contemplait le Dieu du ciel devenu sa victime, il était comme soulevé par son amour à tel point qu'il touchait à peine le marchepied de l'autel de la pointe de ses pieds. Quand il prenait le corps et le sang de Notre-Seigneur, il goûtait une douceur sensible et savourait cette divine nourriture comme l'aliment le plus délicieux. Il avait peine a détacher ses lèvres du calice qui contenait le céleste breuvage. Il en aspii'ait les dernières gouttes avec une amoureuse énergie, comme s'il eût pu faire couler plus longtemps le sang divin caché sous l'espèce sacramentelle. C'est avec la même foi et la même ferveur qu'il distribuait la sainte Eucharistie. Il se réjouissait de voir des chrétiens s'unir à leur Sauveur et la divine Hostie porter dans leur cœur le germe des vertus. II ressentait leur bonheur plus vivement qu'eux-mêmes, et l'émotion de sa piété se trahissait par le tremblement de sa main. Une fois l'Hostie s'échappa de ses doigts, mais elle se tint suspendue en l'air à la vue de tout le monde. La Messe dite et l'action de grâces terminée, le saint prêtre quittait l'église et retournait chez lui si absorbé en Dieu qu'il ne reconnaissait pas ceux qui se trouvaient sur son passage.