‹ Du divin sacrifice et du pretre qui le celebreChapitre 211 sur 247 · V, — SAINT IRANÇOIS DE SALES, ÉVÉQUE DE GENÈVE · texte numérisé non relu

V, — SAINT IRANÇOIS DE SALES, ÉVÉQUE DE GENÈVE

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Malgré la ferveur avec laquelle saint François de Sales s'était préparé à la prêtrise, il n'osa monter à l'autel aussitôt après son ordination. II crut devoir prendre trois jours entiers pour s'y disposer. Mais au moment où il oUrit pour la première fois l'Agneau sans tache, son âme fut inondée des plus douces consolations. Ses parents, qui voulurent tous communier de sa main, furent ravis de son recueillement et participèrent à son bonheur.

Dès ce moment, il éprouva pour le divin Sacrifice un tel attrait, qu'il ne comprenait pas qu'un prêtre pût se priver volontairement du bonheur de le célébrer. Ce qu'il fit à Thonon pendant tout un hiver, pour s'épai'gner cette privation, frappa vivement les habitants et est resté célèbre. Comme celte ville était encore toute protestante, il n'avait d'autre moyen de dire la Messe que d'en sortir et de se rendre à l'église de Marin, de l'autre côté de la Drance. Or, le pont construit sur cette rivière ayant été emporté dans un débordement, on n'avait pour la traverser qu'une planche étroite jetée sur l'eau, d'un bord à l'autre. La difficulté du passage n'arrêta pas un seul jour le saint prêtre. Chaque matin, on le vit venir à l'heure ordinaire, s'approcher avec précaution, puis après avoir fait le signe de la croix, se mettre à cheval sur cet ais glissant et ramper de son mieux des mains et des pieds jusqu'à l'autre bord. Après avoir satisfait sa dévotion, il revenait à Thonon de la même manière, bénissant Dieu de son bonheur. « Il eût

été mal à l'aise tout le jour, disait-il, s'il n'avait eu dès le matin la consolation d'offrir à Dieu la sainte Hostie et de la recevoir en son cœur. »

Autant il s'estimait heureux de célébrer les divins Mystères, autant il mettait de soin à se bien acquitter de ce divin office. « Dans un si haut ministère, disait-il, on ne doit se permettre aucune négligence. » Il se fût reproché le moindre manquement; et un illustre prélat ayant un jour omis, devant lui, une cérémonie, il eut soin, quoiqu'elle fût peu considérable, de le faire avertir de cette omission par son aumônier. Cependant, c'était sur ses dispositions intérieures qu'il veillait avec le plus de soin. Pour n'avoir rien à se reprocher à cet égard, il avait pris dans sa retraite préparatoire de la prêtrise trois résolutions : — la première, de faire toutes ses actions de la journée en esprit de religion, comme préparation à la Messe, de manière à pouvoir répondre à celui qui lui en demanderait raison : Je me prépare à offrir demain le saint Sacrifice ; — la seconde, de ne jamais monter à l'autel sans être dans les dispositions où il voudrait se trouver pour mourir et se présenter devant Dieu; — la troisième, de rester après l'action de grâces uni à Jésus-Christ, souverain prêtre, par le recueillement, la charité, et l'application à imiter ses exemples; car, disait-il, « pour mettre sa grâce à profit, il faut ne faire qu'un avec lui, et pour ne faire qu'un avec lui, il faut avoir à cœur de lui ressembler en tout ».

On voit, par les écrits qu'il a laissés à sa mort, qu'il s'était tracé, dans les premiers temps, une méthode précise et détaillée afin de s'occuper pieusement pendant la Messe; mais il ne paraît pas qu'il en eût besoin

pour être recueilli. Le divin Sacrifice l'absorbait tout entier. « Dès que je suis tourné vers l'autel, écrivait-il à sainte Chantai, je n'ai plus de distraction. »

Naturellement sa dévotion éclatait au dehors et édifiait les assistants. « Il y avaitde la consolation aie voir quand il s'approchait du saint autel ; car c'était avec un respect, dans une attitude et un maintien tout extraordinaires ^ . » « Je l'ai considéré maintes fois à l'autel, a dit un })ieux laïque qui lui survécut ; il priait et officiait avec une telle religion, que, dans mon admiration, je ne pouvais faire autre chose que le regarder et l'écouter. » « Ce n'est pas qu'on lui vît faire aucune démonstration singulière, comme lever les yeux ou les fermer : il les tenait modestement baissés, sans les porter de côté et d'autre. Mais à la douceur et à la gravité de son visage, on pouvait juger de la sérénité de son âme. Impossible de le regarder, surtout à l'Elévation et à la Communion, sans se sentir pénétré de dévotion. Il récitait toutes les prières d'une voix médiocre, douce et posée, sans jamais se presser, quelque affaire qu'il eût. Quand il prononçait les paroles sacramentelles, il semblait transformé en Dieu. Il est des personnes qui, l'ayant vu communier une fois, en ont été si ravies d'admiration qu'elles n'en ont jamais perdu le souvenir ^. »

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