Le Père de la Rivière
-'. Sainte Chantai, Dcpositioii.
402 nu PRÊTRE A L'AUTEL
hardiesse de célébrer en public sa première Messe. Son humilité et sa dévotion le portèrent à la dire dans une chapelle écartée, sans aucun appareil, avec l'assistance d'un simple clerc et d'un servant. Mais dès lors il se fit une règle de renouveler chaque jour cette sainte action ; il n'y manquait jamais, sauf les trois jours de la retraite annuelle, où il est d'usage en sa compagnie de s'en abstenir. Il s'y disposait chaque fois par une préparation spéciale, lors même qu'il ne faisait que de sortir de l'oraison, et deux fois la semaine, il s'y préparait par la confession.
A l'autel, on croyait voir en lui un autre Jésus-Christ, victime et sacrificateur tout ensemble*. Victime, il se prosternait et s'anéantissait devant la Majesté divine. C'était en criminel condamné à mort qu'il récitait le Confiteor, le Domine, non sum dignus, toutes les paroles qui expriment l'humilité ou la contrition, comme In spiritu humilitatis et Nobis qiioque peccatoribiis. Ces derniers mots surtout le touchaient vivement. Ecrivant à prêtre, il lui dit : (( Quand vous serez à Nobis quoqae peccatoribiis, souvenez -vous du plus grand pécheur qu^il y ait au monde. » Sacrificateur, il était digne, grave, majestueux, mais en même temps plein de bonté, de douceur, de sérénité, comme le Sauveur. C'est avec ces sentiments peints sur son visage et dans son attitude, qu'il se tournait vers le peuple; et au ton de sa voix, à la manière dont il étendait les bras et ouvrait les mains, on voyait qu'il aurait voulu, comme d'un nouveau Calvaire, embrasser le monde entier dans la charité de Jésus-Christ.