Ménard, Maximes et pratiques
Il récitait les prières et faisait les cérémonies sans lenteur ni précipitation, de manière à atteindre la demiheure sans la dépasser. Il prononçait toutes les |)aroles d'une voix médiocre, distincte et pieuse, et l'on comprenait à son ton que le cœur était chez lui d'accord avec les lèvres. Son attention et son respect redoublaient d'une manière sensible à la lecture du saint Evangile. S'il rencontrait une parole de Notre-Seigneur, il la récitait d'un ton de voix plus posé et plus afTectueux. A ces mots surtout : Amen, Amen, dieu vobis, il se recueillait, comme frappé de cette double affirmation, et il lisait les paroles suivantes, lentement, avec foi et respect, j)0ur les savourer et les graver dans son cœur. Tous les assistants étaient édifiés, et souvent on a entendu des personnes qui ne le connaissaient pas, se dire les unes aux autres : a Mon Dieu, que ce prêtre dit bien la Messe ! Il faut que ce soit un saint homme. »
Sa Messe dite, il en entendait une autre, et souvent il la servait. C'est une règle qu'il s'était imposée et à laquelle il ne manquait jamais. Il était accablé d'affaires ; il avait quatre-vingts ans ; il ne pouvait plus marcher sans bâton, ni se mettre à genoux qu'à grand'peine ; n'importe : le vénérable supérieur, avec la simplicité d'un jeune clerc, et avec plus d'humilité et de dévotion encore, servait à l'autel le moindre de ses prêtres.
Saint Vincent de Paul attachait une grande importance à bien faire les cérémonies, à s'en acquitter avec exactitude, religion et piété, a Les cérémonies ne sont qu'une ombre, disait-il ; mais c'est l'ombre des plus grandes choses. On n'y saurait apporter trop d'application et de respect. » Quand il fléchissait le genou à
la Messe ou au pied de l'autel, on eût dit qu'il voulait s'abaisser jusqu'au centre de la terre. Dans sa vieillesse, quand il lui fut impossible de donner à ses génuflexions la mesure prescrite, ce fut pour lui une privation cruelle qu'il attribua à ses péchés ; il demandait pardon à la communauté de cette irrégularité, avec prière de n'en pas prendre scandale.
Il avait du reste pour le saint Sacrement la même religion que pour le divin Sacrifice. On le voyait devant le tabernacle prosterné à deux genoux, dans une attitude si humble, avec une foi si vive, qu'on eût cru qu'il voyait Jésus-Christ de ses yeux. C'est là qu'il aimait à venir adorer, consulter et prier le divin Maître. C'est là, derrière le maître-autel, qu'il venait ouvrir et lire à genoux les lettres qui devaient lui donner des nouvelles importantes ou des réponses décisives. Une autre de ses pratiques était de ne jamais sortir de la maison sans s'être prosterné auparavant devant le saint Sacrement et lui avoir demandé sa bénédiction. Au retour, il venait de même s'agenouiller devant le Tabernacle, comme pour rendre compte au divin Maître de la mission qu'il avait remplie, et lui demander pardon des fiantes qu'il avait pu faire.