Ps. XXI
424 DU PRÊTRE A LAUTEL
perdis jamais le souvenir. Dès ce moment, quand je voyais un prêtre à l'autel, je le croyais tout absorbé en Dieu, comme un ange du ciel. Aussi souffrais-je beaucoup quand je le voyais cracher ou tourner la tête, comme on peut faire ailleurs. »
Rien n'égalait sa religion pour la sainte Eucharistie, Promu à la prêtrise, il crut devoir passer un mois entier dans la retraite, pour se disposer à sa première Messe et porter à l'autel toute la pureté d'âme et toute la ferveur dont il était capable. Dieu l'y combla de tant grâces et il lui donna pour la divine Victime un tel amour, que dès ce moment ce fut comme un besoin pour son âme de l'offrir tous les jours. Nulle fatigue, nulle privation ne lui coûtait , pour se procurer ce bonheur, et on l'a vu, dans ses missions d'Auvergne, faire quatre lieues à pied et à jeun, par la plus grande chaleur, afin de trouver une église de campagne oîi il put satisfaire sa piété.
La fête de Noël lui était particulièrement chère, parce qu'il pouvait célébrer trois fois ce jour-là le saint Sacrifice. Un jour, le diacre qui le servait lui ayant donné l'ablution à la Messe de minuit, et lui, l'ayant prise par mégarde : « Hélas ! dit-il sitôt qu'il s'en aperçut, que m'avez-vous fait ? » exprimant à la fois, par cette douce plainte, la peine de son cœur et la soumission de son âme.
Ce qui lui donnait tant d'affection pour le saint Sacrifice, c'était deux avantages qu'il y voyait : le premier d'offrir à la Majesté divine tous les hommages que le Verbe incarné lui rend en lui-même et dans ses membres; le second, d'établir en son âme les sentiments et les vertus par lesquels le Fils de Dieu fixe sur lui les
complaisances et les bénédictions du Père céleste. Dieu lui avait donné là-dessus de grandes lumières.
« Notre-Seigueur, dit-il, est l'hostie de son Père, sa grande et unique hostie. Tout immolée qu'elle soit, cette hostie est vivante. Elle ne cesse jamais d'adorer Dieu, de lui rendre grâces, de le prier, d'apaiser sa justice et de remplir envers lui tous les devoirs d'une parfaite religion. Or nos âmes communient à cette hostie; et cette hostie à laquelle nous communions nous fait participer à ses dispositions.
a Ainsi se comprend ce que dit l'Apôtre, que toute l'Eglise est renfermée en Jésus - Christ ' ; c'est-à-dire que toutes les vertus et toutes les dispositions surnaturelles répandues dans les cœurs des lidèles sont avant tout établies et vivantes en son âme, et que tous les actes surnaturels qui ont été faits ou qui pourront l'être par les chrétiens dans toute l'étendue de l'Eglise l'ont été en premier lieu, et le seront toujours d'une manière éminente par son divin Cœur. A ce point de vue, le Sauveur n'est pas seulement le modèle, il est le chef et type de l'humanité régénérée, l'homme universel, le pénitent, le suppliant, l'adorateur unique et infini de la Majesté suprême. 0 divine Hostie ! oblation immense l universelle louange, qui résumez en vous et qui comprenez dans votre sacrifice toute l'Eglise de la terre et du ciel ! Quand nous vous tenons entre les mains et que nous vous offrons au Père éternel, nous pouvons bien dire que son nom est exalté selon sa grandeur et que la terre entière est remplie de sa gloire.
« Geque j'éprouve en moi après la Communion, ajoute