Eph., I, 10; Col., I, 17, 18 etc
426 DUPRÉTREAL'AUTEL
M. Olier, me rend sensible ce que je viens de dire de l'union que Notre-Seigneur veut avoir avec les chrétiens par la vertu de l'Eucharistie; car je le sens en ce moment par tout moi-même. Je le sens répandu dans mon âme, faisant d'elle et de lui une seule chose, réalisant par sa grâce entre l'un et l'autre ce qui est dit de l'union la plus étroite qui soit naturellement entre deux existences : Erunt duo in carne una. J en ai encore fait l'expérience aujourd'hui, La bonté de Dieu a été si grande pour lïioi à la Messe et il a plu à Notre-Seigneur de me mettre dans une telle union avec lui, qu'il m'est impossible de rien voir ou de rien sentir en moi qui ne soit lui. Il est tout en moi, et moi tout en lui, mille fois plus que le fer dans le feu et le feu dans le fer embrasé.
« Le jour de la Purification, à la grand 'messe où j'officiais, ayant reçu du cérémoniaire un cierge pour l'Evangile, je sentis dans mon âme un vif désir de répandre la lumière de Dieu par tout le monde. Je demandai du fond du Jcœur ce que demandait l'Eglise : Lumen ad revelutionem gentium; la lumière pour les infidèles, pour les hérétiques, pour les pécheurs, pour ceux qui aspirent à la vertu, et même pour ceux qui marchent dans les voies les plus parfaites. Et, tandis que j'étais dans cette disposition, Notre-Seigneur me dit à l'intérieur d'une manière plus claire que s'il avait usé de paroles articulées : « Me veux-tu servir ?» A quoi je répondis : « Ah ! mon maître, cent mille vies pour votre « amour. » Et alors j'aperçus des personnes qui devaient passer au Canada pour le service de Dieu et l'établissement de l'Eglise. Puis, dans l'action de grâces, étant revenu à ces pensées et ayant recommandé à Notre- Seigneur les intérêts de l'Église, j'ai senti l'obligation
OÙ je suis de prendre un soin |)articulier des jeunes gens que Dieu nous envoie pour les remplir de son esprit afin qu'ils le servent et qu'ils portent partout son nom dans le monde. »
Dans une autre occasion, il écrit : « Il m'a été montré aujourd'hui qu'il faut former des prêtres qui fassent honorer le saint Sacrement et qui répandent en tous lieux la dévotion à ce divin mystère. Telle devrait être, ce me semble, la grande occupation du clergé. Combien de fois, voyant l'oubli où Notre- Seigneur était laissé dans l'Eglise de Saint-Sulpice, je me disais : Ah ! si jamais j'étais pasteur de cette paroisse, que je voudrais y faire honorer le très saint Sacrement. Je marcherais volontiers devant lui pour l'annoncer comme son précurseur; et je me consumerais en sa présence, comme une lampe ardente et luisante afin de montrer à ces aveugles la grandeur du Dieu qu'ils ne connaissent pas.
« Pendant la Messe, j'ai senti mon cœur se répandre en louanges. J'aurais voulu me multiplier en autant d'endroits qu'il y a d'églises, afin de louer Dieu partout. Je me réjouissais de consacrer Notre-Seigneur à l'autel et de le recevoir en moi, afin d'augmenter le nombre des lieux où Dieu est glorifié par son Fils et où Jésus -Christ a la joie de bénir et d'adorer son Père. »
Mais les faveurs dont Dieu comblait son âme ne diminuaient pas son estime pour les cérémonies et ne le rendaient pas moins vigilant à s'y conformer.
11 avait soin d'en inspirer une grande estime aux ecclésiastiques du Séminaire. Il voulait qu'on les observât dans un esprit de religion, et qu'on fût aussi
fidèle à entrer dans les pensées ou les sentiments qu'elles expriment qu'à les exécuter. Son principe était que la divine Sagesse, qui connaît tout et qui dirige tout, n''avait pas moins veillé sur l'institution des rites religieux que sur les événements dont l'histoire de l'ancien peuple se compose. « Les uns et les autres, ayant rapport à Notre-Seigneur, doivent servir, disaitil, à nous faire penser à lui. » Il ajoutait que, comme il n'y a pas de cérémonie qui n'ait un sens et qui ne doive éveiller une pensée surnaturelle, il n'y en a pas non plus qui ne doive conférer quelque grâce et apporter quelque bénédiction.
Ainsi tâchait-il de mettre en pratique la dernière recommandation que le Père de Condren, son directeur, lui avait faite quelques jours avant sa mort, en lui révélant les desseins de Dieu sur lui. c< La dévotion à l'Eucharistie, lui avait-il dit, est la dévotion propre des prêtres ; l'hostie de l'autel est leur hostie. Vous devez l'honorer et travailler à la faire honorer partout ^ . » En même temps il lui rappelait cet ange de V Apocalypse'^, dont il lui avait parlé plusieurs fois, qui doit, dans les derniers temps, remplir son encensoir du feu de l'autel placé devant le trône de Dieu et le répandre sur la terre.