Rite très ancien, d'une signification profonde, qu'on
ti'ouve dans toutes les liturgies ; il a pour but de témoigner que Jésus-Christ est sur l'autel tout entier, avec sa divinité comme avec son humanité, que par conséquent le Sacrifice eucharistique a la même valeur que celui du Calvaire et qu'il ne laisse rien à désirer à la majesté divine en fait d'honneur et de gloire. Prenant l'Hostie de la main droite, le prêtre la place sur le calice, pour dire que Jésus-Christ n'est pas divisé, comme au tombeau, mais uni et vivant, comme en sa résurrection ; puis tenant à la fois le calice et l'Hostie, il adresse au Père éternel ces mots solennels : Pev ipsuin et cuiii ipso, etc. « Toute gloire vous est rendue, à vous, Père tout-puissant, par Jésus-Christ, avec Jésus- Christ et en Jésus-Christ, dans l'unité du Verbe et du Saint- Esprit, qui ne sont avec vous qu'un seul et même Dieu. » (Rom., XI, 25.) Per ipsum : parce qu'il est, comme V^erbe incarné, le chef de tous les enfants de Dieu, le principe de toute vie surnaturelle, et que tout ce que nous pouvons faire de glorieux pour la Divinité et de méritoire pour nous, c'est lui qui nous l'inspire et qui en est le principal auteur. Cum ipso : en même temps qu'à lui ; le Fils étant consubstautiel au Père et possédant la même essence, il est impossible que l'un ait luie gloire différente de celle de l'autre, ou dont l'autre ne jouisse avec lui. I/i ipso : non-seulement le Fils est honoré avec le Père par les hommages que la Majesté divine reçoit de l'humanité du Sauveur, mais c'est dans le Fils même que le Père est ainsi honoré, puisque, n'ayant tous deux qu'une même substance, ils sont nécessairement l'un dans l'autre, et ne font qu'uu seul et même Dieu. (Joan., X, 38.) Et ce que nous disons du Père par rapport au Fils, il faut également le dire du Saint-Esprit, puisqu'il n'a pareillement avec le Père et le Fils qu'une même essence. Aussi le Père et le Fils sont-ils honorés dans l'unité du Saint-Esprit : in unitate Spiritus sancti. En disant ces mots, le prêtre, pour témoigner que toute la gloire des trois divines personnes a le saint Sacrifice pour principe, trace
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encore cinq signes de croix avec l'Hostie, trois an-dessus du calice, en nommant le Sauveur; et les doux autres en deçà en nommant le Père et le Saint-Esprit. EnOn il termine en élevant à la fois vers le ciel l'Hostie et le calice, comme pour porter la victime dans le sein de Dieu, et en disant : Omnis honor et gloria. Ainsi toute la gloire que Dieu reçoit, il la doit à Jésus-Christ; et toute la gloire que Jésus-Christ peut rendre à son Père^ il la lui rend en se faisant sa victime et en immolant avec lui tous ses membres vivants, tous les fidèles qui sont dans sa grâce et qui agissent par son esprit. Cette élévation a été longtemps unique. Celle qui a lieu après la consécration n'a été établie qu'au xii" siècle comme une protestation contre l'hérésie de Bérenger.
3. Conclusion du Canon, prononcé à haute voix, comme celle de la dernière Secrète.
Praeceptis salutaribus moniti, et divina institutione formati^, audenius dicere :
Pater noster ^, qui es in cœlis, sanctificetur nomcn tuiim, advcniat regnum tuum, fiât voluntas tua, sicut 111 cœlo et in terra ^. Panem nostrum quotidianum* da nobis hodie : et dimitte nobis débita nostra, sicut et nos dimittimus debitoribus nostris^; et ne nos inducas in tentationem °. ^. Sed libéra nos a malo. Amen,
1. Paroles de saint Cyprien (240), insérées ici par saint Grégoire le Grand (591). Pour l'Oraisou dominicale, elle a toujours été dite à la Messe dans toutes les liturgies, comme exprimant les dispositions les plus nécessaires
pour offrir le divin Sacrifice et pour y participer. (S. Aiig., Serm., lviii, 12.)
2. Ce qui nous donne la confiance d'appeler Dieu notre père, et de lui exposer nos besoins, ce n'est pas seulement la recommandation que le Sauveur nous a faite, c'est encore et surtout sa présence devant son Père en état de victime, la grâce que nous avons reçue de lui être incorporés par le baptême et l'assurance où nous sommes qu'il a au fond du cœur les sentiments que nous exprimons en son nom et au nôtre.
3. Les trois premières demandes expriment les vœux de la charité la plus désintéressée, telle qu'elle doit exister dans le cœur des bienheureux; les autres ont pour objet nos intérêts spirituels et temporels.
4. Dans un Evangile, on lit supersuhstantialem. Il n'y a pas de doute que le mot panis, prononcé à l'autel, ne comprenne aussi l'aliment de 1 âme, le Pain eucharistique.
5. Dehitoribus : terme de miséricorde. Notre-Seigneur sur la croix a prié pour ses bourreaux.
6. Epargnez notre faiblesse ; détournez de nous les épreuves où nous succomberions; ne nous laissez pas entraîner aux mauvaises suggestions.
Libéra nos, quaesumus Domine', ab omnibus malis, praeteritis, praesentibus, et futuris ^, et intercedente beata et gloriosa semper Virgine Dei génitrice Maria, cum beatis apostolis tuis Petro et Paulo j, atque Andréa, et omnibus sanctis, dapropitius paeem in diebus nostris^, ut ope misericordiœ tuve adjuti, et a peccato simus semper liberi, et ab omni perturbatione securi ^.
COMMENTAIRE ABUÊdÉ 479
Puis lo prôtre rompt l'hostie et dit 5 :
Per eumdem Domiaum nostrutn Jcsiini Christum Filium tuum, qui tecum vivit et régnât in unitate Spiritus sancti Deus : per omnia s.iecula sœculorum. R. Amen.
1. Cette prière est comme le complément de l'Oraison dominicale, dont elle développe la dernière demande. Elle est l'oeuvre de saint Grégoire le Grand.
2. Tous les maux, c'est-à-dire tout ce qwi est contraire à nos vrais intérêts : les intérêts de notre âme.
3. L'exemption de tous les maux nous donnerait la paix et la joie du coeur, fruit du sacrifice du Sauveur, C'est pour rappeler d'où est venue cette grâce que le prêtre fait ici un signe de croix et qu'il invoque, comme intercesseurs, les saints qui se sont immolés de la manière la plus parfaite avec Noire-Seigneur, la très sainte Vierge qui se tenait auprès de la Croix, saint Pierre et saint André qui y ont été attachés, et saint Paul qui a toujours été crucifié en esprit. Le baiser qu'il donne ensuite à la patène s'adresse au corps du Sauveur qui va y reposer.
4. Pour nous garantir du péché, il faut que la divine grâce nous affranchisse de la tyrannie des passions, appelées ici perturbationes, parce qu'elles ont pour effet de mettre le trouble dans notre âme en nous ôtant le discernement de l'esprit et le libre usage de notre volonté.
5. La fraction de l'Hostie rappelle deux choses : !<> la fraction que Notre-Seigneur fit à la Cène du pain consacré; 2° son immolation, ou la séparation violente qui eut lieu à la croix de son corps et de son âme. Ce rite a pour motif l'usage où l'on était à l'origine de diviser le pain consacré afin d'en donner un fragment à chaque communiant. De là le nom de Fractio panis donné à l'Eucharistie. (I Cor., X, 17.) Le ' '^tre place les deux parties de l'Hostie sur la
patène, et relient une parcelle de celle de gauche pour la mêler au vin consacré.