Bossuet, Serm. sur l'Ascension, l^^ point
3. Quae tune a paucis sanctis et intelligebantur ad fructum salutis, et observabantur ad cougruentiam temporis, a multitudine vero carnalium tantummodo observabantur, non intelligebantur. (S. Aug., De catech. rud., 3.J.)
Dieu, étant esprit, veut être servi en esprit ' , que, voyant les âmes comme nous voyons les corps, il ne peut se contenter d'une justice apparente et d'une pureté tout extérieure ^. Et, avec les lumières que la révélation avait répandues sur la faute originelle et sur la rédemption future, comment n'anraient-ils pas entendu, dans une certaine mesure, ce que chacune de ces observances semblent proclamer si hautement : Que tout le genre humain avait besoin d'être purifié ; que Dieu exigeait^ pour lui faire grâce, une expiation sanglante ; que, le sang des hommes étant souillé, il fallait, pour les régénérer, un sang différent du leur, plus pur et plus saint que le leur; enfin que Celui qui devait les sauver ne les rachèterait qu'en se faisant leur victime, c'est-à-dire en prenant sur sa tête la responsabilité de leurs fautes, en payant à leur place la dette dont ils étaient chargés, et en leur transmettant le pardon et la grâce qu'il aurait mérités pour eux^?
D'ailleurs les hommes n'ont jamais été réduits làdessus aux seules conjectures de leur raison. Les Israélites en particulier n'avaient-ils pas pour s'instruire la
1. Spiritus est Deiis, et eos qui adorant eum in spiritu et vcritato oportet adorare. (Joan., iv, 24.)
2. Umbram habens lex futurorum bonorum, hostiis quas offerunt indosinenter, nunquam potest accedentes peifoctos facere. (Heb., x, 1.) Non est mihi voluntas in vobis, dicit FJoniinus , et muuus non suscipiam de manu vestra. (Malac., i, IC.)
3. Illa omnia crant quasi verba promittentis. (S. Aug., Iii Ps. XXXIX, 7.) Et hoc unum per multa figurabatur, tanquam A'erbis multis rc9 una diceretur, ut sine fasiidio multum commendaretur. {De civit. Dei, X, 17.) Sic, congruebat illos populos erudiri, ut qnœ revelata non caperent, obumbrata suscipcrent : et major Evangelii esset auctoritas. cui tôt signis totque miraculis et mysteriis Veteris Testamenti paginas dcservissent. (S. Loo, De pass. Dom. Serm, xiii.)
50 j DU DIVIN SACRIFICE
croyance de la synagogue, l'enseignement des prophètes et un grand nombre de témoignages très exprès et très clairs de leurs livres sacrés^? Est-ce qu'au lieu de se glorifier des hommages extérieurs qu'ils lui rendaient, au lieu de leur témoigner sa satisfaction pour la multitude et le choix de leurs victimes, le Seigneur ne se plaignait pas à chaque instant de la pauvreté de leurs offrandes et de l'inutilité de leurs démonstrations^? N'est-ce pas ce que David faisait entendre au temple dans ses psaumes^, et ce que les prophètes répétaient avec une insistance et une clarté toujours croissante, en annonçant l'arrivée prochaine du Juste sur la terre ? N'affirmaient-ils pas en termes exprès qu'une ère nouvelle allait commencer, où toutes les ombres disparaîtraient et où une Victime divine réaliserait l'œuvre
1. Quid dignam offerani Domino? Numquid ofiferam illi holocautomata et vitulos anniculos ? Numquid placari potest Dominus in multis millibus hircorum pinguium ? (Mich.,vi, 6, 7.) Omnes gentes, quasi non sint, sic sunt coram eo, etc. ( Is., xl, 18.)
.2. Quo mihi multitudinem victimarum vestrarum ? dicit Dominus. Plenus sum. Holocautomata arietum et adipem pinguium , et sanguinem vitulorum et agnorum et hircorum" nolui. Cum veuei'itis ante conspectum meum, quis quocsivit hoc de manibus vestris ? Ne afferatis ultra sacriûcium frustra. (Is., i, 11, 12.) Cf. Jerem., vi, 20; vu, 22.
3. Audi populus meus et loquar. Non in sacrificiis tuis arguam te : holocausta autem tua in conspectu meo semper. Non accipiam de domo tua vitulos, neque de gregibus tuis hircos; quoniam meae sunt omnes ferae sylvarum, jumenta in montibus et boves. Cognovi omnia volatilia cœli et pulchritudo agri mecum est. Si esuriero, non dicam tibi; meus est enim orbis terrse et plénitude ejus. (Ps., xlix, 10. Cf. lxviii, 32.) Sacriûcium et oblationem noluisti ; aures autem perfecisti mihi. Holocaustum et pro peccato non postulasti. Tune dixi : Ecce venio. In capite libri scriptum est de me ut facerem voluntatem tuam, (,Ps., xxxix, 7-9.) Quando David dicebat : Si voluisses sacrificium dedissem utique : holocaustis non delectaberis ; prophetabat : et prajsentia spernebat et futura pra3vidubat. (S. Aug., Serni. xix, 3.)
que toutes les cérémonies de la loi ne pouvaient que figurer ' ? Ne lui ofFraient-ils pas d'avance dans cette vue leurs actions de ffrâces et leurs félicitations?
Ainsi le sacrifice de l'Homme-Dieu est de tous les âges ; et le Sauveur aurait pu dire aux Juifs comme victime du monde, ce qu'il leur dit comme Fils unique de Dieu : Antequam Abraham fieret, ego sum^. Dès les temps les plus anciens, au sortir du Paradis terrestre, comme à l'entrée de la Terre promise, sous le règne des patriarches comme sous la loi de Moïse, au sommet de l'Ararat comme dans la vallée de Mambré, comme sur la colline de Sion, le Messie apparaissait aux yeux des vrais croyants, comme le Pontife futur^ et surtout comme la grande Victime, comme l'Agneau sans tache qui devait effacer les péchés des hommes. Son sacrifice, le sacrifice divin faisait déjà le fond du culte et de la religion véritables.
1. Adhuc semel et ego movebo, non solum terram sed et cœlum. (Agg., II, 7.) Quod auteni, adhuc semel dicil, déclarât mobilium translationem taaquam factorum, ut mancant ea quae sunt immobilia. (Heb. XII, 26, 27.) Hoc est autem, testamentum quod testabor ad illos : Dando loges meas in cordibus eorum et in menlibus eoriim superscribam eas; et peccatorum eorum jam non memorabor amplius. ( Jercm., xxxi, 33. ) Ubi autem horum remissio, jam non est oblatio pro peccatis. (Heb., x, 17.) Post hebdomadas septuaginta duas, occidetur Christus.. et in dimidio hebdomadis deficiet hostia et sacrificium. (Dan., IX, 24, 27.) Dicit Dominas : Munus non suscipiam de manu vcslra. Ab ortu enim solis usque ad occasum, magnum est nomen meum in gentibus et offertur nomini meo oblatio munda. (Mal., i, 10, 11.)