DU DIVIX SACRIFICE DANS LES DESSEINS DE DIEU
Dieu eût-il pu créer le monde et nous mettre sur la terre, sans nous donner son Fils pour médiateur et pour Pontife ? Nous ne voulons pas nier cette possibilité. Il nous semble trop hardi de contrôler les plans de la divine Sagesse, et trop hasardeux de tracer des limites à une puissance infinie K Qui ne sent combien il est facile de confondre, en pareille matière, la vraisemblance avec la certitude et la convenance avec la nécessité ?
A la vérité, nous ne concevrions pas l'existence d'un monde purement matériel. Ce serait, suivant nous, une œuvre sans raison, comme un livre qui ne pourrait avoir de lecteur, comme un discours ou un concert que nulle oreille ne pourrait entendre. Mais pour concevoir la création du monde, pour la trouver possible et digne de Dieu, que faut-il ? Il suffit qu'il y ait dans l'univers un être intelligent, capable d'en apprécier la beauté, d'en découvrir l'auteur et de lui en rapporter la gloire. A cette condition, n'y eût-il qu'une
1. Altiora te no qusesieris et fortiora te ne scrutatus fueris, et in pluribus operibus Dei ne fueris curiosus. (Eccli., m, 22.) Quis enim cognovit sensum Domini, aut quis consiliavius ejus fuit? (Rom., xi.
seule créature de ce genre et l'étendue du monde fùtelle aussi vaste qu'il est possible de l'imaginer, l'œuvre n'a plus rien qui choque nos idées. Elle semble digne d'être réalisée par la toute-puissance de Dieu, de nature à l'honorer et à être contemplée par lui avec amour.
Souvent nous nous sommes plu à considérer la nature comme un vaste temple, bâti à la gloire du créateur, et le premier homme comme le prêtre-né de la Majesté divine, occupé à bénir le Très-Haut au nom de toutes ses œuvres et à lui rendre les hommages que méritent ses perfections et ses bienfaits. Nous croyions entendre sortir de ses lèvres l'hymne du Psalmiste, offrant au Souverain auteur de l'univers mille actions de grâces pour la gloire dont il a couronné le chef-d'œuvre de ses mains et pour l'empire qu'il lui a donné sur tout ce qui existe: Domine, Dominusnoster,quid est homo quod memor es ejus, aut filius lioininis quoniam visitas eum ? Minuisti euin paulo minus ab Angelis ; gloria et honore coronasti eum et constituisti eum super opéra manuum tuarnm : omnia snhjecisti suh pcdibus ejus^ ; ou bien le cantique des trois enfants d'Israël, invitant toute créature à s'unir à eux, pour louer le Seigneur du prodige que sa puissance opérait en leur faveur au milieu de Babylone : Benedicite omnia opéra Domini Domino^ ! Il nous semblait qu'en présence de tant de merveilles, sous l'impression de tant de bonté, l'homme ne devait pas se contenter de simples paroles pour rendre ses sentiments, mais que son cœur, exalté par l'admiration et la reconnaissance, devait lui inspirer de joindre à la louange et à la prière quelque sacrifice extérieur. Nous