I Cor., XI
2. Deus et Dominus noster, otsi semel seipsum in ara crucis, morte intei'ce dente, Deo Patri oblaturus erat, ut a;ternam illic redemptionem operatur, quia tamen per mortem sacerdotium ejus extinguendum non erat, in cœna novissima, qua nocte tradebatur, ut dilectœ sponsae suae Ecclesiœ visibile, sicut hominum natura exigit, relinquoret sacrificium, que cruentum illud, semol in cruce peragondum, reprœsentaretur, ejusque memoria in finem usque saeculi remancret, atque illius salutaris virtus in remissionem eorum quae a nobis quotidie committuntur peccatorum applicaretur, sacerdotem secundum ordinem Melchisedech se in aeternum constitutum declarans , corpus et sanguinem suum sub speciebus panis et vini Deo Patri obtulit , ac sub earumdeni reruni symbolis, apostolis quos tune Novi Testamenti sacerdotes constituebat,
dignité de prêtre éternel selon l'ordre de Melchisédech*, que le Psalmiste signalait dans la personne du Messie, il bénit ce pain, et après avoir rendu grâces à son Père en son nom et au nom de son Eglise, il le rompt et le donne à ses apôtres, en disant : « Prenez et mangez, car c'est mon corps, le corps qui va être livré et immolé pour vous^. » Puis, ayant pris une coupe et l'ayant bénie, il la leur présente de même, en disant : «Buvez-en tous, car c'est mon sang, le sang de la nouvelle alliance^, répandu pour la rémission des péchés. » Ensuite voulant assurer la perpétuité de son oeuvre et faire de son sacrifice une institution durable, il ajoute : u Ce que je viens de faire, faites-le vous-mêmes en mémoire de moi. Toutes les fois que vous mangerez ce pain et que vous boirez ce vin, vous publierez d'une manière sensible la mort du Sauveur. »
La raison de ce récit et la portée de ces paroles sont
ut sumorent, tradidit, et eisdem eorumquo ia sacerdotio successoribus ut ofTenent praecepit per haec verba : Hoc facite in meam commemolalionein. (Conc. Trid., Sess. xxn, cl.)
1. Jésu9-Ch ist témoignait parla qu'il est prêtre selon l'ordre de Melchisédech ; néanmoins le sacrifice eucharistique figuré spécialement par celui de ce patriarche ne devait être en usage dans l'Eglise qu'après sa résurrection. Il a donc commencé par accomplir au Calvaire ce qu'il y avait de figuratif dans les sacrifices d'Aaron; et ce n'est qu'après nous avoir réconciliés visiblement avec son Père par son immolation sanglante, qu'il a voulu répandre son Esprit dans les âmes par l'oblation et la mauducation sacramentelle do son corps et de son sang. Cf. De Condren, Du Sacerdoce, il, 31 ; Cf. Olier, Saints Ordres, m, 2, part, m, ch. 2, 5 passim.
2. Quod pro vobis datur. To {iTCsp ù[xwv ôlo6(i£VOv. (Luc, xxii, 19.) Quod pro vobis et pro multis tradetur. Tè ÛTTÈp ûfAWV x)f<')(X£vrjv. (ICor., XI, 2 4. ) Notre-Seigneur ne dit pas : Quod vobis datur, quod traditur aut frangilur vobis, » mais « quod datur, traditur, frangitur pro vobis, » ce qui indique nettement un sacrifice.
3. Dicendo Novum (Testamentum), voteravit vêtus. (Heb., viu, 13.)
manifestes, elles n'ont jamais été mises en doute dans l'Église'. On a toujours reconnu dans l'Eucharistie un sacrement oii sont contenues réellement et substantiellement l'humanité et la divinité du Sauveur ; et l'on a toujours vu dans sa consécration un sacrifice : le sacrifice non sanglant, représenté par celui deMelchisédecli, offrant à la foi et aux adorations des chrétiens le corps et le sang de l'Homme-Dieu, et les leur présentant comme immolés, comme anéantis, comme subsistant séparément sous les apparences du pain et du vin. On n'a jamais douté de l'un ni de l'autre de ces mystères, pas plus qu'on ne doutait de celui de l'Incarnation, dont ils semblaient être la suite et le couronnement naturel. De là vient qu'on a toujours vu un autel dans nos sanctuaires, qu'il y a toujours eu un sacerdoce reconnu et honoré dans l'Eglise, que les principaux ministres de Jésus-Christ ont toujours porté le nom de prêtres ou de sacrificateurs, et que dans tous les temps leur fonction la plus auguste a été de consacrer et d'offrir le corps et le sang du Fils de Dieu sous le voile des saintes Espèces ^.
La réalité du Sacrifice de l'autel ne peut donc être
1. Qui potestate sua cuncta disponit, non expectat ut Judaeorum malitia sit conimunis hominum salutis principiuni et causa, sed consilio suo antevertit, et arcano sacrificii génère quod houiinibus cerni non poterat, seipsum pro nobis hostiam offert et victimam immolât, sacerdos simul existons et Agnus Dei ille qui muadi peccatum tollit. Quomodo id prœstitit ? Cum corpus suum discipulis congregatis edendum et sanguinem bibendum prœbuit, tune aperte declaravit Agni sacrificium jam esse perfectum. (S. Greg. Nj'ss., In Christi resurr,, i.)
2. Quid est altare, nisi sedes Corporis et Sanguinis Domini ? (Optât Milev. ConC. Parmenl, ii.) Cf. S. Cypr., Epist., LXlll, écrit que S. Augustin appelle Liber de sacramento calicis.
révoquée en doute'; et à quoi servirait de la démontrer à ceux qui en sont déjà les ministres ou qui vont l'être prochainement? Ce qu'ils ont besoin d'apprendre, ce qu'il leur sera utile de méditer, ce sont les motifs qui ont porté Notre-Seigneur à établir ce sacrifice, et le dessein qu'il a eu en en faisant une institution permanente, la pratique la plus essentielle comme la plus auguste de la religion. Rien n'est plus propre à leur faire apprécier la dignité dont ils sont revêtus et l'excellence des dispositions qui leur sont nécessaires pour la bien remplir.
Article II RAISONS DE l'institution DU SACniFICE EUCHARISTIQUE
§ fer. Première raison :
Il complète et il honore le sacrifice du Calvaire. Que manquait-il au Sacrifice de la croix, et en quoi celui de l'autel a-t-il pu le compléter? Du côté de l'immolation, rien ne manquait assurément. Jamais victime n'a versé son sang avec plus d'abondance, ne s'est anéantie si comj)lètement, n'a consumé sa vie dans des tourments si cruels. Rien ne manquait non plus du côté des dispositions. Qui s'est jamais dévoué avec autant de générosité que le Fils de Dieu à ce que demandaient la gloire et la justice de son Père ? A l'intérieur donc et par
1. Si quis dixerit in Missa non oflerri Deo verum et proprium sacri- (icium, aut illis verbis : Hoc facile in meam commemorationem, Christum non instituissc apostolos saceidotes , aiit non ordinasse ut ips» aliique sacerdotes offerrent corpus et sanguinem suum, anathcma sit, (Conc. Trid., Sess. xxil, can. 1, 2.)
rapport à la Majesté divine, le sacrifice était parfait. Mais au dehors et par rapport aux hommes, il ne répondait pas de toutjpoint à l'idée qu'on devait en avoir et que ses figures en avaient donnée. Plusieurs conditions importantes faisaient défaut. On n'y voyait ni prêtre ni appareil religieux, ni communication ou assimilation de la victime avec qui que ce soit. Les spectateurs auraient pu croire à une exécution judiciaire plutôt qu'à un sacrifice.
l" Dans tout sacrifice offert au Seigneur, on voit un sacrificateur qui prend possession de la victime, qui l'offre et qui l'immole. Rien de semblable au Calvaire. Nous savons que Notre-Seigneur s'est livré volontairement, qu'il s'est offert lui-même à son Père, et qu'ainsi il a été prêtre en même temj)s que victime'. Mais c'est par la foi que nous le savons. Au dehors, que voyonsnous? Des ennemis furieux qui le poursuivent, des juges qui le condamnent, des bourreaux qui le frappent. Il souffre avec patience; mais qui ne croirait qu'il se soumet par nécessité, et qu'il meurt en se résignant, comme un supplicié ordinaire?
2° Un sacrifice a toujours été considéré comme un acte religieux, et même comme l'acte de la religion le plus auguste et le plus sacré. Pour s'en bien acquitter, on convient qu'il y a des observances à garder et des règles à suivre. On prend une victime dont l'offrande soit de nature à glorifier la Divinité, en qui on ne voie, autant que possible, aucun défaut 2. On la place sur un