Ps. LXXXVI
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son humanité comme avec sa divinité, où il veut être tout à la lois notre holocauste, notre action de grâces, notre prière, notre aliment et notre vie ' !
Qualis ara, quanta sedes Ipsius capax Dei.
Iiicrucnta morte jugis Hic amor h'tat Deum ; Hic sacerdos, ara, templum, Hic Deus fit hostia!
N^est-ce pas à ce point de vue que se plaçait saint Jean, lorsque nous montrant, dans ses révélations, la nouvelle Jérusalem, comme une cité sainte, toute céleste et toute divine, il disait : Voici le sanctuaire de Dieu sur la terre : Ecce tabernaculum Dei cuni hominibiis, et habitabit cuni eis-? N'est-ce pas ce qui ravissait Isaïe, lorsqu'il s'écriait dans ses visions prophétiques : Surge illuininare, Jérusalem, quia venit lumen tuum, et gloria Domini super te urta est^? Oui, c'est l'Eucharistie, c'est la présence réelle de l'Homrae-Dieu, c'est son sacrifice et son sacrement qui font l'honneur de l'Eglise et la dignité de son sacerdoce. Elle n'a pas à envier la clarté du soleil, ni l'éclat emprunté des astres. C'est Dieu lui-même, l'agneau de Dieu qui fait sa splendeur et sa gloire : Non eget sole neque luna ; nam claritas Dei illuminavit illam, et luccrna ejus est Ag/ius^. Mais qu'elle serait pauvre et qu'elle nous semblerait triste,
1. Satis mirari fidèles nunquam potenint sanctae Ecclesiae perfectiounni, ejusque gloriae altitudinem, eiim inter eam et cœlestem beatitudineiu unus tantuni gradus intéresse videatur. Hoc enini nobiscum cœlcstibtis commune est ut utrinque Chiistum Deum et hominem praeseoteni habeamus. [Catec. Conc. Trid... ii, 80.)
'1. Apec, XXI, 2, 3. — 3. I3., LX, 1. — 4. Apoc, xxi, 23.
iOO DU DIVIN SACRIFICE
si nous n'y voyions plus d'autel, ni de table sainte, ni de tabernacle ! Que serait notre ministère, si nous n'avions pas la sainte Hostie à consacrer, si nous ne pouvions offrir à Dieu, comme les prêtres de la loi ancienne, que des êtres créés, des éléments matériels, les fruits des champs ou la chair d'animaux égorgés ! Béni soit le Fils de Dieu de l'honneur qu'il a fait à son épouse et de l'amour qu'il témoigne aux ministres de ses autels * !
§ III. Troisième raison de l'institution du Sacrifice eucharistique : Il procure à Dieu la plus grande gloire possible.
Dieu pouvait-il voir à ses pieds un adorateur plus grand que THomme-Dieu, son égal en toutes choses par sa nature divine ? Et l'Homme-Dieu pouvait-il offrir à la Majesté divine un hommage plus parfait que celui qu'il lui avait rendu, en s'immolant à sa gloire sur le mont du Calvaire? Non, cela n'était pas possible. Quel moyen restait donc à Notre-Seigneur pour accroître encore la gloire de son Père et pour la porter à son comble ? Un seul. C'était de renouveler ce sacrifice, de le multiplier sans fin, de l'étendre à tous les lieux et à tous les temps. C'était d'en faire un sacrifice universel et perpétuel, le sacrifice de toutes les générations et de tous les peuples au sein de l'Eglise catholique. Voilà en effet le parti qu'il a pris. Tel est le dessein qu'il a accompli, avec autant de simplicité que de grandeur,
I. Nunc autem et ordo clarior levitarum et dignitas amjjlior et sanc. tior est unctio sacevdotum. Nunc etiam, carnalium sacrificiorum varietate cessante, omnes differentias hostiarum iina coijioris et sauguinîs tui implet oblatio. (S. Léo, Ser/n. lix, 7.)
en donnant à ses apôtres et à leurs successeurs dans le sacerdoce le pouvoir de consacrer son coips et son sang, ou d'offrir aux adorations des fidèles, sous les espèces du pain et du vin, non une représentation mystique seulement, mais une reproduction réelle et substantielle de son immolation sanglante.
C'est là le pouvoir le plus auguste que le Fils de Dieu ait confié à ses ministres : c'est aussi celui qu'ils ont exercé avec le plus d'amour. Tandis que leur Maître entrait en triomphe dans le ciel, avec les justes de l'ancienne loi, et qu'il présentait aux regards de son Père, dans son humanité glorifiée, les traces de son immolation sanglante, tandis que la Cour céleste l'acclamait comme le Pontife éternel et la digne Victime de la Majesté divine, ses apôtres s'empressaient de porter en tous lieux, d'abord dans la Judée et dans les contrées voisines, puis dans les régions les plus reculées, avec le flambeau de la foi, le trésor des divins mystères dont ils étaient les dispensateurs. In illa die, erit altare Domini in medio .Egypti, avait dit Isaïe', et cognoscent jEgyptii Duminum, et colent ciini in hast Us et in muneribus. La liturgie de l'Eglise se répandit dans le monde avec la même rapidité que l'Evangile; et après un siècle ou
1. Is., XIX, 10, 21. Mittam ex eis qui salvati fuerint ad Gentes in mare, in Africam et Lydiam, tendentcs sagittam, in Italiam etGraeciam, ad insulas longe, ad eos qui non audierunt de me; et assumant ex eis in sacerdotes et levitas; quia sirut cœli novi et terra nova, dicit Dominus. (lvi, 19, 21. j
deux, il n'y avait presque pas de pays connu où Jésus- Christ n'eût des prêtres et des autels. Aperite oculos, disait saint Augustin , et videte non in uno , sed in omni loco ojferri sacrificium cliristianoriim^ . Aujourd hui c'est bien réellement en tout lieu, sur toute la face de la terre, à toutes les latitudes comme sous tous les méridiens, dans le nouveau monde comme dans l'ancien, dans les îles les moins hospitalières comme dans les déserts les plus brûlants, dans nos hameaux comme dans nos cités, sur la cime des montagnes comme au fond des vallées, sur le vaisseau qui fend les mers et qui porte le missionnaire, comme sur les plages où il aborde et sous la hutte où il rassemble ses néophytes, que le divin Sacrifice se célèbre et que la sainte Victime est offerte au Seigneur. Ce n'est plus le temple de Salomon, ce n'est plus la montagne de Sion ou la Judée seulement, c'est la terre entière qui est remplie de la gloire du Très-Haut, de sa véritable gloire, de celle que l'Homme- Dieu pouvait seul lui rendre, et qu'il lui a rendue en lui sacrifiant sa vie. Plena est oninis terra gloria ejus~. Les hommes ont beau être pécheurs, et s'obstiner à transgresser sa loi; les peuples ont beau frémir et tramer contre lui des complots sacrilèges : rien ne peut empêcher que la Majesté divine ne reçoive en tout lieu un hommage incessant, d'une valeur sans bornes. Là où le -péché abondait, la charité du Sauveur surabonde. Pas une contrée dans le monde, pas un îlot au milieu des
1. Tract, adv. Jud.. 13. Cf. Act., ll, 43; xili, 2: I Cor., il, \ ; xi, 20-36; Heb., m, 10.
2. Ps., VI, 5. Venit hora et nunc est, quando neque in monte hoc, neque in Jerosolymis adorabitis Patrem. Spiritus est Dons, et eos qui adorant eum in spiritii et veritato oportet adorare. (Joan., iv, 20, 24.)
iTÎers qui ne soit teint et sanctifié par le sang de l'Agneau divin. « Depuis les contrées où le soleil se lève, jusqu'à celles où il se couche, mon nom est grand parmi les nations, dit le Seigneur. Partout est offert et immolée à ma gloire une hostie digne de moi, l'hostie pure, l'hostie sainte, l'hostie sans tache que j'ai attendue si longtemps : Ab ortu enim solis usque ad occasum, niognum est nomen meum in gentibus, et in omni loco sacrificatur et offertur nomini meo ohlatio niuncla, dicit Dominas exercituum *.
Qu'y a-t-il en effet qui honore davantage la Majesté de Dieu, et qui donne une plus haute idée de son domaine souverain ? Même à ne regarder que la superficie des choses, en faisant abstraction de la dignité de la Victime, y a-t-il jamais eu, à aucune époque, un rite comparable à celui-là pour la grandeur et la solennité ? Qu'on cherche tant qu'on voudra, on ne ti'ouvera rien qui en approche. L'homme le moins intelligent est forcé de reconnaître et d'admirer ce qu'annonçait le Psalmiste : la gloire de Dieu égale à sa grandeur et son culte aussi répandu que son nom : Secundum nomen tuum. Domine^ sic et laus tua in fines terras-. Mais qu'il est beau de voir ce divin Sacrifice annoncé avec tant de clarté, six siècles à l'avance dans les livres des prophètes ! Qu'on est heureux d'avoir sous les yeux l'accomplissement de leurs oracles et d^en constater l'exactitude! Nul autre que le Seigneur n'était capable
1. Mal., I, 1, 2,11. Et lia'cquideni miiiida oblatio, quaî nulia indignitate aut malitia offerentium inquinari potest , quam Dominus per Malachiatn nomini suo qiiod magnum futurum esset in gentibus, in omni loco mnndam oiTerendam praedixit. (Conc. Trid., Sess. xxn,
cl.)