‹ Du divin sacrifice et du pretre qui le celebreChapitre 56 sur 247 · Ps. xvui · texte numérisé non relu

Ps. xvui

:t. lia magnum novum et jiicundum tibi videri débet, cuni célébras,

nos cœurs, cet acte de dévouement, cette intercession, ce prodige de vertu, demandait à se rapprocher de nous et à demeurer, autant que possible, toujours présent sous nos yeux.

Qui ne sent combien on serait moins touché, si Notre- Seigneur nous avait soustrait sa présence en remontant à son Père, et qu'il y eût entre lui et nous la distance du ciel à la terre! Il ne nous aurait pas moins rachetés, sans doute ; ce ne serait pas moins à son sang que nous devrions toutes les grâces qui nous seraient données pour arriver au ciel ; mais il s'en faudrait que la pensée de notre rédemption et le souvenir de ses souffrances fissent la même impression sur nos cœurs. On lirait dans l'Evangile le récit de sa Passion; on saurait quels ont été ses tourments et sa patience ; mais quel regret au fond des cœurs de n'en avoir pas été témoin ? Qui n'envierait à saint Jean l'avantage qu'il a eu de se trouver au pied de la croix, au moment où le Sauveur consommait son sacrifice et remettait son âme à son Père? Jugeons de nos sentiments par ceux des anciens justes qui avaient dans les prophètes l'annonce du Messie et la description de son règne, mais qui se voyaient si éloignés de son avènement^.

Etres sensibles, qui n'avons qu'un instant à passer sur la terre, nous ne sommes guère touchés que de ce qui

ac si eodem die Christus, primum ia iiterum Virginis doscendens, homo factus esset, aut in cruce pendens pro salute hominum pateretiir et moreretur. (Imit., iv, 2.)

1. Videbo eiim, se disaient-ils, sed non modo; intuebor illum sed non prope. (Num., xxiv, 17.)

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est actuel et présent, de ce qui se rencontre avec nous sur le même point de l'espace et du temps. Si le Fils de Dieu ne s'était pas fait homme, s'il n'avait pas vécu ici-bas, quelle idée aurions-nous pu nous faire de sa personne, de ses dispositions, de sa bonté à notre égard? Et s'il n'avait fait qu'apparaître un instant, s'il n'avait eu de relations qu'avec un petit nomlire d'hommes et qu'il fût éloigné de nous depuis des milliers d'années, combien peu seraient aujourd'hui émus à sa pensée ! Pour ceux mêmes qui croiraient en lui, il serait comme un de ces personnages de l'antiquité, dont on a lu l'histoire, mais à l'égard desquels on est presque insensible, et avec qui personne ne songe à se mettre en rapport.

N'est-cepas ainsi que renvisagentnosrationalistes,qui prétendent l'honorer comme un réformateur et un sage ? Et ces demi-chrétiens séparés de l'Eglise, qui tiennent pour incroyable l'immolation de l'autel, tout en confessant celle du Calvaire, sont-ils à son égard dans des dispositions meilleures ^ ? No/t sunt recordatl matins ejus in die qua redemit eos de manu tribulationis et eduxit eos in niontem sanctificationis suse , montem quem acquisivit dextera ejus^? « Ils se félicitent de la liberté qu'ils ont recouvrée, et ils ne songent pas au prix que leur

1. Aufer a cœtu Ecclcsiae Salvatoiis nostri exequias; et vide quam merito dicat ipse Salvator : Qu;e militas in sanguine meo ? Refrigescente cnim oa quai hoc modo ubiquc calet ejus memoria, refrigescet universa caritas, muta erit fîdcs, claudioabit spes, conticescet magnus ille clamor sanguinis justi Abel, maledictum arguens Gain, et maturam indigne t'usi sanguinis vindictam reposcens. (Rupert., De divin, of/ic., II, 10.)

2. Ps. Lxxvii, '«2-5i. Obliti sunt Doum qui salvavit eos, qui fecit magnalia in ,ï!gypto, mirabilia in terra Cham, terribilia in mari rubro. (.Ps. cv, 21.)

affranchissement a coûté à leur libérateur ! » Qu'un certain nombre se rappellent avec quelque gratitude ce qu'ils doivent à sa Passion et à sa mort, nous ne voulons pas le contester ; mais n'est-il pas manifeste qu'en général leur dévotion est froide et sèche, qu'elle tient de l'esprit plus que du cœur, qu'elle respire plutôt le respect que la confiance et l'amour? S'il en est qui s'attendrissent aux tourments de l'Homme-DieUjOn n'en trouve guère qui se plaisent à y penser longtemps, qui mettent leur bonheur à les contempler, à y compatir. Où en trouve-t-on qui fassent profession d'être crucifiés avec Jésus-Christ comme l'Apôtre, et dans la chair desquels lui-même se plaise à imprimer l'image de ses plaies? Cela ne se voit que dans l'Eglise et n'est pas possible ailleurs, parce que, hors de l'Eglise, on n'a de la croix qu'une représentation; on ne possède le Crucifié qu'en souvenir; on ne découvre son sacrifice que de loin, dans un passé plus ou moins obscur, que la fiction seule peut rapprocher de nous.

Si donc Notre-Seigneur n'était pas resté sur la terre, s'il avait cessé d'offrir son sacrifice au milieu de nous, nous pourrions nous croire excusables, je ne dis pas de rester indifîérenls à ses souffrances et à sa mort, mais d'y être peu sensibles, de n'y compatir que faiblement. « Nous savons bien, dirions-nous, ce qu'il a enduré pour notre salut, nous croyons au récit de sa Passion, tel que l'Evangile l'a tracé; mais nous n'y avons pas assisté. Nous n'avons pas vu le gibet sur lequel il est mort. Ah! s'il nous avait été donné, comme à Jean et à

Madeleine, d'approcher de sa croix, de voir couler son sang, de nous tenir à ses côtés j)endant son sacrifice, quelle part nous aurions prise à ses douleurs! On n'aurait pas eu besoin de nous exhorter à mourir au monde, à détester le péché, à vouer à la croix notre chair corrompue et toutes ses convoitises. Avec quelle componction et quelle humilité nous nous serions tenus aux pieds de notre Sauveur et unis à son immolation ! Avec quelle reconnaissance et quel amour nous aurions recueilli les gouttes de son sang! Nos hésitations, nos infidélités, notre froideur eussent cessé pour toujours . Au lieu d'être des chrétiens faibles, inconstants, pusillanimes, nous serions devenus des saints, comme les apôtres et les martyrs; et nous écrierions comme eux : Charitas C/iristi urget nos, iestiinantcs hoc, quoniam pro omnibus mortuus est Christus, ut et qui vivunt, jani non sibi vivant, sed ei qui pro ipsis mortuus est et resurrexit ' . »

Voilà ce que nous pourrions dire avec quelque fondement. Mais Notre-Seigneur n'a pas voulu nous laisser ces excuses, ni fournir aucun prétexte à de semblables regrets. Lui qui a fait notre nature et qui connaît tous nos besoins, a eu soin que rien ne nous manquât de ce qui pouvait toucher et émouvoir nos âmes. Non seulement il est resté présent au milieu de nous par son sacrement, mais encore il a voulu que son Sacrifice, se reproduisît continuellement sous nos yeux. Gomme l'immolation de l'Agneau pascal se renouvelait tous les ans chez l'ancien peuple, et que la victime qui avait procuré sa délivrance en conserva aussi le souvenir, ainsi Jésus-

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