II Cor., V, n
Christ, le véritable Agneau de Dieu, est immolé tous les jours dans nos églises, et le même sacrifice qui a opéré la Rédemption de nos Ames, étant renouvelé devant nous, nous en rappelle la mémoire et nous sert à en rendre grâces. Comme tout Israélite pouvait dire, en voyant le sang des victimes répandu dans le temple, ce que Moyse a dit au pied du Sinaî : Hic est sanguis fœderis quod pepigit Dominus nobiscum * , ainsi et avec bien plus de vérité, chaque chrétien peut dire à la vue du calice consacré sur l'autel : Hic est calix sanguinis, novi et selerni Testamenti -. Il n'est pas une province, presque pas une bourgade oîi ce sang divin ne coule chaque matin aussi réellement qu'il a coulé à la Cène et au Calvaire. Il n'est pas une église où le prêtre ne puisse répéter aux fidèles ce que saint Paul disait à ses disciples de la Galatie : «Jésus-Christ est immolé sous vos yeux et vous assistez à son crucifiement. » Ante quorum oculos Christus prssscriptus est, in vobis crucifixus^ .
Voici comment Notre-Seigneur attendrit le cœur de ses disciples. Il anime en même temps leur confiance en exerçant pour eux et devant eux son office de médiateur.
« On ne voit pas, disait saint Vincent de Paul, que le Fils de Dieu ait jamais rebuté aucun de ceux qui ont eu recours à lui durant sa vie mortelle ^. » Mais c'est sur-
1. Exod., XXIV, 8. — 2. Matth., xxvi, 28. — 3. Gai., m, 1. 4. Matth., XV, 22, 23 : xx, 31; Marc, ii, 4; x, 48, 49; Luc, xix, 2-CJ Joan., XII, 21.
tout au Calvaire, au moment de son immolation, que son cœur dut être incliné à la pitié et disposé à exaucer toutes les prières ! Quelle n'eût donc pas été notre confiance, si nous avions été alors au pied de la croix avec les lumières et les sentiments que la foi nous donne aujourd'hui? En l'entendant prier pour ses bourreaux et promettre le ciel au larron repentant, en nous rappelant ce qu'il venait de dire pour nous à son Père : Pater, pro eis rogo : volo ut ubi suin ego, et illi sint mecum ^ , et la recommandation qu'il nous a faite : Petite et accipietis ; quserite et irn'enietis. Amen dico vobis : si quid petieritis Patrem in nomine meo, dahit vahis"^, quelles grâces n'aurions-nous pas réclamées en son nom et attendues de son intercession ? Qui n'eût été convaincu qu'avec un tel médiateur, en retour d'une telle offrande, en considération d'un pareil sacrifice, il dépendait de lui de tout obtenir?
Eh bien! Notre-Seigneur a voulu que nul ne fût privé de ce secours et de cette consolation. Il a fait en sorte que tout fidèle, même le plus imparfait, même le plus coupable, pût venir quand il lui plairait au pied de sa croix, et offrir avec lui à son Père son corps et son sang en échange des grâces dont il aurait besoin : Filioli, si quis peccaverit, nous dit la sainte Eglise, advocatum habemus apud Deum Jesum Christian justum. Le Fils de Dieu est à l'autel comme il était à la croix, victime comme à la croix, aussi puissant, aussi charitable, aussi généreux qu'à la croix. S'il n'a plus le sentiment de ses souffrances, il en a toujours le mérite, et il est toujours prêt à le faire valoir en notre faveur : Et ipse est propitiatio pro pec-