Ps., viii
AVANT LA UKDEMPTION
Mais tel ne fut jamais le plan du Créateur. Dès le coraraencenient, ses vues furent plus élevées et son amour plus magnifique. Il voulut faire davantage pour sa gloire et pour notre bonheur. Avoir sous ses lois des créatures innombrables, recevoir de quelques-unes un culte volontaire, être l'objet de leurs hommages, de leurs adorations, de leurs sacrifices même par l'immolation de certaines victimes d'un ordre inférieur, ne lui parut pas suffire pour honorer sa grandeur et faire éclater sa souveraineté. Il désira un culte plus noble, plus saint, plus glorieux, de nature à donner une plus haute idée de son empire et de ses perfections. Il voulut voir à ses pieds plus que des hommes et plus que des anges, avoir des victimes qui s'immolassent elles-mêmes et qui ne fussent pas de purs néants, recevoir des honneurs qui fussent, autant que possible, divins par leur principe aussi bien que par leur objet.
Pour accomplir ce dessein, quel moyen avait-il à sa diàposition ? Il n y en avait qu'un qui répondît aux aspirations de son cœur : c'était d'abaisser Dieu jusqu'au niveau de l'homme, ou d'élever l'homme jusqu'à l'ordre divin, en en faisant un Dieu ou du moins l'associé, le frère, l'organe vivant d'une personne divine.
Voilà ce qui fut résolu dans le conseil de la Trinité, ce qui eut pour résultat l'Incarnation du Verbe et la formation de l'Eglise. Soit au premier instant, sitôt que l'homme eut sa place marquée à la tête de la création,, soit en un second moment, dans la prévision du péché d'Adam et de la ruine du genre humain, il fut décidé
qu'un jour, dans le cours des temps, le Fils de Dieu se ferait homme, qu'après avoir pris sur lui notre mortalité et associé dans sa personne la nature humaine à sa nature divine, il produirait, par la vertu de son Esprit et l'infusion de sa grâce, une humanité nouvelle bien supérieure à celle dont Adam serait le père ; et qu'ainsi il deviendrait la tige, le chef, l'âme d'une nouvelle race d'hommes, à qui il communiquerait, avec la dignité d'enfants de Dieu, ses lumières, ses sentiments, sa vie surnaturelle, afin de les associer à sa religion et de leur faire rendre avec lui à la majesté divine un culte digne de sa grandeur.
Tel est le plan que Dieu s'est tracé, et dans lequel sa pensée s'est toujours complue. Au-dessus du monde matériel et sensible qu'il se proposait de créer, il voyait le monde moral, la créatui^e spirituelle, douée de connaissance et de liberté. Mais ce n'était pas assez à son gré. Au-dessus du monde moral et des êtres raisonnables, il voulut voir un autre monde, un monde surnaturel, une humanité transfigurée et divinement glorifiée, divinse consors natiira^^ non moins supérieure à la première que l'esprit l'est au corps et que le ciel l'est à la terre. Ainsi, la créature libre et intelligente, divinisée en quelque façon, s'élevait infiniment en dignité et en perfection ; et autant l'homme était élevé au-dessus de lui-même, autant son culte gagnait en valeur et en excellence. Grâce à l'union de la nature humaine et de la nature divine dans la personne du Verbe, Dieu voyait à ses pieds un Dieu, son égal en toutes choses, éternel, infini, indépendant comme lui, offrant à sa grandeur,