‹ Du divin sacrifice et du pretre qui le celebreChapitre 74 sur 247 · De Lugo, etc · texte numérisé non relu

De Lugo, etc

SON POUVUIK 133

mettre en œuvre sa toute-puissance. Encore faut-il ajouter qu'il n'est dans cet état que pour peu de temps et d'une manière i)récaire. L'existence qu'il a reçue dans son sacrement, il la perdra aussitôt que les espèces qui le voilent seront altérées ou corrompues, de sorte qu'il dépend des moindres accidents ; et l'on peut dire que les fidèles, comme les prêtres, ont sur lui un véritable pouvoir de vie et de mort. Conçoit-on un état qui, sans lui faire perdre absolument l'être et la vie, le fasse disparaître plus complètement du monde et semble le rapprocher davantage du néant ' ?

Cette explication, très satisfaisante à divers égards, ne nous semble pas exclure absolument celles qui précèdent, ni leur ôter toute valeur. Si nous avions à émettre un sentiment, c'estdans leur réunion, c'est-à-dire dans l'état oiaNotre-Seigneur se trouve en l'Eucharistie et dans le rapport de cet état avec celui où il était au Calvaire, que nous aimerions à voir la raison et les marques de son immolation mystique à l'autel.

Quoi qu'il en soit, il faudra toujours reconnaître dans le prêtre de la sainte Eglise, dans le représentant officiel du Sauveur, le ministre du saint Sacrifice, et confesser qii'il a réellement et proprement le pouvoir de produire, d'immoler et d'offrir à la Majesté divine le corps et le sang de Noire-Seigneur Jésus-Christ.

Evidemment, ce pouvoir n'est que délégué : il ne saurait être exercé ^ans la volonté et le concours souverain du Pontife éternel, source de tout sacerdoce. Ce n'est pas un homme qui peut opérer de tels prodiges,

1. S. Donys d'Alexandrie applique déjà au Sacrement de l'autel les paroles de S. Paul sur le Fils de Dieu fait homme : Exinanivit semetipsum. [Episl. cont, Paul. Samos.)

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mais celui-là seul qui est l'auteur de toute sanctification : Saeerdos minister est Del, per jussionem et institutionem Dei : Deus autem est principalis actor et invisibills nperator *. Le prêtre n'est pas sans action, à la vérité, et son action n'est pas sans efficacité ; mais il agit comme ministre de Dieu et organe de son Fils, comme ne formant avec Jésus-Christ qu'une seule et même personne. Peu importe, disait saint Augustin, quel est celui qui verse l'eau et qui prononce les paroles dans le baptême : c'est toujours Jésus-Christ qui baptise-. De même à l'autel, peu importe quel est celui qui célèbre, c'est toujours Jésus-Christ qui consacre^. Le Sauveur tient tant à ce qu'on le reconnaisse ici pour le principal agent ou pour le véritable prêtre, que, non content d'ordonner à son représentaiit de faire à l'autel ce qu'il a fait : Hoc facite in meam éommemorationem , il exige encore absolument qu'il dise ce qu'il a dit : Hoc est corpus meum ;

1. Imit., IV, 4. Quomodo potest qui panis est corpus esse Christi ? Consecratione. Consecratio igitur quibus verbis est et ciijus sermonibus ? Domini Jesu. Nani non suis sermonibus saeerdos utitur, sed sermonibus Christi. Ergo sermo Christi hoc conficit sacramentum. Qui sermo Christi ? Nonne is quo facta sunt omnia ? (S. Amb., De Sacram., IV, 4.) Quando Christus offertur, ipso offerre manifestatur in nobis. cujus sermo saactificat sacrificium. {in Ps. lxxxviii, 25.)

2. Petrus baptizet : hic est qui baptizat; Paiilus baptizet : liic est qui baptizat; Judas baptizet : hic est qui baptizat. (S, Aug. In Joan., vi, 7.)

3. Christus qui mensam illam apparavit, ipse hanc nunc exornat. Non eniui honio est qui facit ut proposita efficiantur corpus et sanguis Christi, sed ipse Christus qui pro nobis orucifixus est. Verlium Christi : « Hoc est corpus meum » transformat ea quae proposita sunt. Quemadmodum vox illa : « Crescite et mulliplicamini et replète terram, » semel quidem prolata est, omni vero tempore naturse nostr» vim praebet ad liliorum procreationem, ita et vox haec semel prolata in ecclesiis ad unamquamque mensam, ab illo ad hodiernum usque tempus et usque ad adventum ejus, sacrificium perfectum efficit. (S. Chrys., De j>rodit. Jud., Hom., I, 6.)

Ilic est san^uis meus; tellement que s'il usait d'autres paroles qui n'exprimassent pas, comme celles-ci, Tidentilication du ministre avec celui dont il tient la place, l'efTet ne serait pas produit et la consécration serait nulle.

Il est de foi que le Sauveur a conféré ce pouvoir à ses apôtres à la dernière Cène, et que les prêtres Texercent réellement et efficacement dans la célébration de la Messe ' . Accipe potestatcm Qu'erre sacrifîcium Deo, dit le pontife à ceux qu'il a choisis pour le sacerdoce. Ce pouvoir, venant directement du ciel, est inamissible, aussi bien que le caractère sacerdotal d'où il dérive et qui en est inséparable. L'évêque, qui a prêté son ministère pour le conférer aux prêtres, a droit d'en surveiller l'usage. Il peut en réprimer l'abus et en interdire l'exercice ; mais il n'a le pouvoir ni de le révoquer, ni de le suspendre, ni même de le restreindre. Le prêtre luimême ne saurait l'abdiquer validement.

S'il représente le Sauveur dans la consécration des saints Mystères et dans l'oblation du divin Sacrifice, le prêtre représente aussi la sainte Eglise ; il est son organe dans la récitation des prières liturgiques et dans l'accomplissement des cérémonies. La plupart du temps, en effet, il parle et il agit comme une personne publique

l.Si qiiis dixerit illis verbis : Hoc facile in meam commcmorationem Christum uon iiislituisse Apostolos sacerdotes, aut non ordinasse ut ipsi aliiqiic sacerdotes ©(Terrent corpus et sanguinein suum, anathema sit. (Conc. Trid.,.ye5*. xxil. De Sacrif. Missie, can. ii.)

chargée des devoirs et des intérêts de la société chrétienne. Il loue, il bénit, il rend grâces au nom des fidèles ; il offre à Dieu leurs hommages, leurs adorations, leurs actions de grâces, leur repentir, leurs supplications; il intercède en faveur de tous. A ce titre, il jouit de certains privilèges : ses prières ont une valeur qu'elles n'auraient pas, si elles lui étaient toutes personnelles. Mais aussi il est assujetti à certaines règles : l'Eglise, intéressée à ce que le divin Sacrifice soit dignement et fructueusement célébré, lui trace la voie à suivre et les formules à observer. C'est un devoir pour lui de se conformer à ces prescriptions.

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