Levit., XXI, G. Cf. Missale, In fest. SS. Sacram
:*. Sacerdotes lui induantur juslitiaui, et sancti tui exultent. ( Ps. cxxxi, 9.)
17S DU PRÈTRK A L'AUTEL
l'Eglise, nos insignes sont des symboles de perfection : ils représentent les vertus du Sauveur, que nous devons pratiquer dans l'exercice de nos fonctions. En nous en revêtant, elle a soin de nous indiquer la signification de chacun.
Or, il faut le remarquer : elle n'exige pas de ses ministres qu'ils en soient toujours ornés, ni qu'ils les portent tous dans chacune de leurs fonctions. S'il s'agit des actes les plus simples du ministère, comme d'instruire et de catéchiser les lidèles, il leur suffit d'avoir l'habit clérical, par lequel ils font profession de n'être plus du monde et d'appartenir au clergé. Pour l'administration des sacrements, quelques ornements sont requis, mais les premiers ou les moindres suffisent. C'est tout autre chose dans la célébration du divin Sacrifice. Là, il est indispensable que le prêtre les ait tous, sans aucune exception, quelle que soit son indigence et celle de son église. Il lui faut le vêtement blanc, symbole de l'innocence et de la virginité : non le sui'plis qu'il a reçu à la tonsure et qui ne le couvrait qu'en partie, mais l'aube avec l'amict qu'on lui a donnés au sous-diaconat, pour le revêtir en entier et lui rappeler que la vie d'un ministre sacré doit être parfaitement pure, qu'on ne doit plus apercevoir dans sa personne le plus léger défaut. Il lui faut ensuite la ceinture , symbole de la continence et de la mortification, sous l'empire desquelles il doit tenir tous ses sens. Mais c'est peu. A ces premiers ornements, qui signifient surtout l'exemption du péché, il faut joindre des insignes plus précieux qui figurent les mérites et les vertus du Sauveur : le manipule, emblème de la vie laborieuse, partage des bons ouvriers,
et de la récolte qu'ils doivent tâcher de faire à la moisson du divin Maître ; puis l'étole, symbole du ministère évangélique et du zèle que demande la prédication de la sainte parole. Ce n'est pas encore assez. Pour célébrer les divins Mystères, il faut, au-dessus de tous ces insignes, un vêtement plus riche et plus brillant que tous les autres : c'est la chasuble, le symbole de la charité, le vêtement sacerdotal par excellence, vestis sacerdutalis, per quain caritas intelligitur.
Pourquoi ce nouvel ornement, et d'où vient qu'un prêtre ne peut monter à l'autel sans en être revêtu ? Parce qu'il ne s'agit plus simplement pour lui de distribuer la sainte Eucharistie, ou de Fexposer aux adorations du peuple : il s'agit de la consacrer et de l'offrir à Dieu pour sa gloire et pour le salut des âmes; il s'agit d'immoler le Verbe fait chair, c'est-à-dire de renouveler le sacrilice du Calvaire, l'acte de charité le plus prodigieux qui se soit jamais accompli et qu'aucune intelligence puisse concevoir. Cet acte de charité, dont un Homine-Dieu était seul capable, son ministre le reproduit d'une manière mystérieuse, mais aussi réelle et aussi efficace que pourrait le faire l'IIomme-Dieu lui-même. Or, pour que cet acte se fasse, d'une manière digne et religieuse, il faut que le prêtre l'accomplisse saintement, de tout son cœur et de toute son âme, en s'unissant au Sauveur qu il représente et dont il est l'organe, en entrant dans ses vues et ses dispositions. Il doit donc être animé du même esprit et rempli de la même charité. Et c'est pour le faire réfléchir à cette obligation, ou plutôt pour le mettre dans l'impossibilité d'en perdre le souvenir que l'Eglise l'oblige à porter au-dessus de ses autres insignes un vêtement parti-
180 1>U PKKTKE A I>'AUTEL
culier, destiné à lui rappeler cette sublime vertu et i\ le faire penser au besoin qu'il en a : Accipe vestem sacerdotalem,per quain caritas inlelligitar. Comme la charité, reine des vertus, doit tenir le premier rang dans son cœur, dominer sur toutes ses dispositions, diriger toute sa conduite et orner son âme d'une beauté toute divine, ce saint habit le revêt entièrement; il s'ajoute à tous ses autres insignes; il les recouvre et fixe sur lui tous les regards. Comme la charité a un double objet ou se divise en deux parties, l'amour de Dieu et l'amour du prochain, la chasuble a deux faces, l'une qui regarde l'autel et la victime, l'autre qui est tournée du côté des fidèles. Gomme la charité inspire le dévouement, fait accepter toutes les peines et produit le sacrifice, la chasuble est marquée d'une double croix ; elle semble unir celle du Calvaire, où l'Homme-Dieu a été immolé d'une manière sanglante, et celle de l'autel, sur laquelle il continue d'être offert chaque jour, d'une manière mystérieuse^ mais non moins réelle, avec tous ses membres.
Que conclure de là^ si ce n'est ce qu'enseigne l'auteur de \ Imitation, que pour mériter d'offrir les saints Mystères, il ne suffit pas d'être exempt de péché : qu'il faudrait être parfait et orné de toutes les vertus : Sacerdos omnibus virtutibus débet esse ornatus. Quand le peuple voit à l'autel le représentant du Sauveur, paré des ornements sacrés, invoquer le Seigneur et implorer ses bénédictions pour ses frères et pour lui, il lui semble avoir devant les yeux Jésus-Christ lui-même : Sacris vestibus indutus vices Christi gerit, ut Deum pro se et pro populo humiliter roget. Il porte sur lui la croix de Jésus- Christ. Cette croix est sur sa poitrine et sur ses épaules.
Klle est devant lui pour le faire réfléchir aux péchés dont il s'est rendu coupable, et à la mort de l'Homme- Dieu, qui a été nécessaire afin de lui en obtenir le pardon; elle est derrière lui, pour lui rappeler qu'il est chargé du salut de ses frères, et qu'il doit intercéder en leur faveur devant la Majesté divine : Ante se cruceni portât, ut propria pcccata lugeat ; post se, ut aliorum etiam commissa defleat et se médium inter Deum et peccatorem constitulum esse sciât '. Comment concevoir que ces leçons soient sur lui sans effet ? Gomment imaginer que son âme reste étrangère à ces sentiments, et que ses aspirations devant le saint autel se bornent à l'exemption du péché et au degré le moins élevé de la grâce sanctifiante?
Non, il n'est pas permis au prêtre de se tenir, par la vulgarité de ses dispositions, au niveau de la multitude. La vertu même des âmes pieuses ne lui suffit pas. Il doit à sa dignité, au ministère qu'il exerce, aux rapports que Dieu daigne avoir avec lui, de s'élever aune perfection j)Ius haute. « N'avez-vous pas remarqué, dans l'Ancien Testament, dit saint Ambroise, la distance que le Seigneur met entre le peuple et ses prêtres lorsqu'il les appelle pour leur donner sa loi sur le Sinaï ? A la foule, il ordonne de demeurer au loin et de se tenir dans la plaine; mais pour ses prêtres, il leur donne une place plus élevée; il veut qu'un certain nombre au moins se tiennent sur le versant au sommet duquel il doit se mon-