‹ Du divin sacrifice et du pretre qui le celebreChapitre 95 sur 247 · ET RELIGION · texte numérisé non relu

ET RELIGION

La vertu la plus nécessaire pour célébrer les saints Mystères, comme la plus importante pour acquérir la perfection sacerdotale, c'est la foi, ou plutôt une fermeté et une vivacité de foi plus qu'ordinaires.

Tous les fidèles croient au divin Sacrifice et à la présence réelle du Sauveur dans l'Eucharistie. Du côté de l'objet, par conséquent, la foi est la même en tous ; mais quant à l'ardeur, à la fermeté, à la vivacité, quelle différence! Dans les uns, elle est faible, languissante et sans chaleur. C'est un flambeau entouré d'un voile, comme un soleil d'hiver noyé dans les brouillards. Dans les autres, elle est vive, active, lumineuse, pénétrante ; c'est le soleil du printemps avec son ardeur et son éclat. Les premiers ne voient que peu de chose à l'autel. Ce qu'ils remarquent, ce sont les dehors du mystère, les vases du sacrifice, les ornements, les cérémonies, les ministres sacrés. Le mystère lui-même les frappe peu. Ils savent bien que Jésus-Christ est présent sous les Espèces eucharistiques, et que partout où il se trouve il est leur Seigneur et leur Dieu ; mais ils n'y pensent guère. Ils ne réfléchissent, ni sur sa grandeur, ni sur son état, ni sur ses dispositions : leur cœur n'en est pas touché. Pour eux, Jésus-Christ est dans l'hostie, à peu près comme il était dans le sépulcre, sans pensée, sans action, sans vie au dedans. Il ne leur apparaît que comme un être mystérieux, éloigné, appartenant à un

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autre monde, s'occupant d'eux presque aussi peu qu'ils s'occupent de lui. Sa présence les laisse froids, insensibles, sans émotion et presque sans idée. Mais il en est autrement des seconds. Ce que les premiers croient, ceux-ci semblent le voir. Ils en sont touchés, frappés, ravis à tel point, qu'ils se sentent impuissants à rendre leur admiration et leur amour. Leur foi peut pénétrer jusqu''au dedans du voile : Usque ad interinra i-elaminis^ . Sous les saintes Espèces, ils découvrent le ciel tout entier et plus que le ciel, le Dieu même du ciel, avec sa grandeur, ses perfections, sa charité, ses amabilités et tous ses desseins. Ils voient le Verbe fait chair, principe de toute grâce, centre de toute religion, chef et âme de la sainte Eglise, résumant dans sa nature créée l'humanité entière, la divinisant en sa personne, l'offrant avec lui en sacrifice à la Majesté divine, remplissant les âmes des fidèles de sentiments d'adoration, de louange, d'action de grâces, de pénitence, de supplication, se faisant leur interprète et leur médiateur auprès de celui qui est leur Maître suprême et leur souverain bienfaiteur, leur unique principe et leur terme commun. Ils le voient, possédant dans son sein tous les trésors du ciel, objet constant de l'amour du Père céleste, toujours brûlant de charité et de reconnaissance, toujours en action de grâces et en supplication pour lui et pour ses membres. Et la vue de toutes ces merveilles, jointe au sentiment de sa présence, les pénètre d'une telle admiration et d'un tel respect qu'ils sont comme anéantis au dedans d'euxmêmes ; et que, toute créature disparaissant à leurs yeux, ils semblent n'avoir plus de pensées et d'affections que

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