‹ Du Divorce dans la synagogueChapitre 13 sur 22 · IV · texte numérisé non relu

IV

Les Empereurs pouvaient bien contribuer pour

leur *part à. tous ces' désordres , et ils y contribua aient largement. Maià il ne leur était pas donné d* en arrêter les ravages , lorsque , ouvrant les yeux , ils s" apercevaient que T instabilité des ma* riages opérait la dissolution de la'cobésion socia-

■'Il

{a) Quibusdam , absehtiom marilorum nomme , repa- , dium ipse misit , jussitqoe in ,acta referri.

Soet. C. Caes. Calig. C. 36.

(b) Comperit( Tiberius) deinde Juliam uxorem ob libidines atque adulteria damnatam ^ rcpudiumque ei suo nomi-* , ne ex auctoritate Augusii remîssam.

Id. Tib. Caec. C. 1 1 .

le , et menaçait 1* existence de la nation romaine.

I. I/effroyablc abus du divorce obligea enfin Au- . guste d’y porter remède par quelques dispositions législatives. Quumque matrimonium crebrà mutalione vim legis eludi seniiret , dit Suétone , dlvortiis mo- (îum imposuit (a).

Mais quelle influence pouvaient exercer sur r esprit public ces lois portées par un prince qui donnait lui-même V exemple de n’en tenir compte? Nous avons vu plus Haut et ses propres divorces, et ceux qu’ il a ordonnés impérieusement. Ses successeurs au trône impérial ne montraient pas plus de respect pour ces lois restrictives du divorce.

II. Trois siècles plus tard parurent d’autres lois ayant pour objet d’ arrêter la licence du divorce. Voyez les codes Théodosien et Justinien j les iois et les novelles dê Constantin , d Honorius , etc. ainsi que le Basilicon de 1 Empereur Léon VI. Mais toujours avec fiussi peu de succès.

IIL. Les Empereurs chrétiens , surtout, se trompaient en voulant régler le divorce. On ne peut pas régler un abus , et le divorce est un abus

(rt) Suct. Aug. cap. 34 . page 23 o. t. i. des classiques de Turin.

puisqu’ il est contraire à la volonté de Dieu qui a rétabli irrévocablement 1’ indissolubilité du mariage (a).

IV. Le seul remède contre le mal qui sappait la* base de 1’ ordre social , le respect et l’inviolabilité du mariage, c’était de ne pas capituler , en quelque sorte , avec le divorce , mais de le chasser et de lui fermer la porte sans retour. Les princes séculiers , dont la voix n' a d’ autre sanction que la force matérielle , étaient incapables d’ arriver à ce résultat : et les désordres continuaient.

V. L’autorité des Papes, dont chacun se présente comme la continuation du prolongement de la ligne tracée par S. Pierre , le premier Vicaire, en ordre , de Notre-Seigneur Jésus-Christ , l’autorité des Papes , fut seule en état de réhabiliter le mariage dans les droits sacrés qui lui ont été assurés dès r union du premier couple , dans le paradis terrestre.

Tant il est vrai que la barbarie qui couvrait

de ses ténèbres la société des hommes en tc^t pays , à la suite des grandes révolutions qui s’étalent opérées , ne pouvait être dissipée que par la

(a) Voyez Perroné , Tract. <le Matrim. Propp. IV. et V. avec leurs savans développeraens.

( no ) ,

lumière bienfaisante , pure de tout nuage , qui descendait du Saint-Siège et civilisait 1’ univers en 1 éclairant. Pareeque de cette lumière on peut dire à la lettre : « A. summo coelo egressio ejus , et ») occursus ejus ad si^^imum ejus ; nec est qui se » abscondat à calore ejus ,, (o).

VI» Les mots qui suivent cette citation ne vont pas moins bien au sujet qui nous occupe , « Lex » Domini Immaculata , convertens animas. Testi- » monium Domini jfideîe »•

. Oui , testimonium Domini Jidele ! On est saisi d’admiration quand on considère la conduite sainte et honorable des Papes , leur courage , leur inébranlable constance , toutes les fois qu’ il s’ agissait de défendre les droits sacrés du mariage. Aucune considération humaine n’ a pu les faire dévier de la ligne évangélique ; ni les plus grandes menaces , ni les plus belles promesses , ni la puissance des monarques prévaricateurs , ni 1’ humble condition de la partie lésée.

*Si je porte mes regards vers ma chère patrie, j’ y vois Philippe I. le plus puissant roi de 1’ Europe,

(a) P*. XVIlI. 7.

engagé dans des liens adultères avec Bertrade ^ après avoir éloigné son épouse légitime , la reine Berthe (o). Pour obtenir le divorce qu* il sollicite , il ose menacer Urbain II. > 3^ embrasser le ^

de V anti pape Guibert , et éC entraîner toute'la Fran- ' ce dans le schisme. Le saint Pontife » prêt à faire usage des armes spirituelles , n* a qu* un mot :

. JVon tïbi lîcet eam hahere. Le monarque après avoir éprouvé rinulilité des ressorts qu’il avait fait jouer pendant plusieurs années , et qui s’ étaient tous , comme les flots impuissans de la mer , brisés con>

Ire r immobilité de la roche sainte , de la pierre sur laquelle Dieu a fondé son Eglise , vint hu> milier sa tête superbe sous la main du Prince des Apôtres, siégeant alors sur la chaire de vérité en la personne de Pascal II.

Un autre Philippe de nos rois , surnommé du-* guste , s’ est vu également obligé de renoncer à ses prétentions de divorce avec sa femme Ingelburge .

(a) Bertrade , fille da Comte Simon de Montfort , était femme de Foulque'^ Recbin , Comte d’ Anjou. Cependant le noeu de la difficulté* conaiatait uniquement dans le mariage de' Berthe avec Philippe pcar pour celui de Bertrade avec Foulque , il était évidemment nul , le Comte ayant , avant de Tepouser , répudié sans raison deux femmes Tune après r autre. -

Les moyens puissans qu’ il mettait en oeuvre , ne purent jamais entamer la conscience des Papes Célestin III. et Innocent III. Çuod Deits conjunodt liomo non separet , tel était le mur d’ airain qu’ il ne lui fui jamais possible de franchir.

Qui n’ admirera pas ces belles et courageuses paroles que le grand Pape Innocent III. adressait au Prince français ? Elles sont T expression la plus exacte de l’inaltérable règle de conduite du Saintsiège. « Cùm , inspirante Domino , immutabilem ,, animum et inflexibile propositum habcamus, nec ,, prece , nec pretio , nec a more , nec odio , de- ,, clinandi à semitâ rectitudinis ; s'ed vi.^ regi;\ in- ,, cedentes , nec ad dextram declinabimus , nec ,, deviabimus ad sinistram , sine personarum ac- ,, ceptione facientes judicium , quia non est personarum acceptio apudDeum ,, (a).

' VIT. SI , passant la mer je m’arrête chez la nation britannique ,• V éternelle rivale de la mienne , la Carthage moderne , je gémis à chaque pas de la désolation portée dans l’église de ce pays , par Henri VIII , de sanguinaire et impure mémoire .

{«) Innoc. III. Epistol. 11 b. i. ep. 171. t. i. page 92 de r édit, de Paris 1682 ia fol. *

On trouve dans celte collection plusieurs autres lettres adressées à Philippe-Auguste , toutes fort remarquables.

Ce Prince venait d* être décoré par le Saint-Siège (fl) du beau titre de défenseur de la foi qu’ il avait ,tant^ ambitionné , et qu* il promettait de mé> riter de plus en plus. Bientôt après , s'étant abandonné à une déplorable passion , il fut assez aveugle pour se ïlatter que la cour cle Rome accéderait à sa demande de faire divorce avec sa femme

Cathérine d* Aragon , après vingt-cinq ans de mariage.

L' hérésie levait une tète menaçante en Allémagne. Henri , qui avait commencé à la combattre avantageusement , était encore jeune ; tout était à craindre , comme V évènement le vérifia de son esprit chaud , emporté , violent , si Ton contrariait sa funeste inclination. Clément' VII mesurait avec effroi la grandeur du danger que courait une aussi belle portion de T Eglise que l'Angleterre. Mais le Pape est ce servus bonus et f défis de r Evangile (h) , incessamment occupé à faire fructiâer chaque obole des talens que le Père Céleste lui a remis , bien loin d' en perdre une* Plu-

(a) Les erreurs de Luther venaient d* éclater. Henri , aidé , dit-on^ par Wolsey, Gardiner et Morus , réfuta l’hérésiarque dans un livre qu’il dédia au grand Léon X.C’est ce Pape qui l’honora du titre de défenseur de la foi , que ses successeurs hérétiques ont toujours continué de porter. ib) S. Matth. XXV. 20 . 31 .

tôt que de laisser tomber un' ïota du dépôt sacré de la Foi , qui lui est confié , il s’ ensevelirait sous les dernières ruines de l’Eglise , si les portes de 1’ enfer pouvaient prévaloir contre elle . Nous verrions à la lettre le

Justum et tcnacem propositi virum Non civium ardor prava jubentium ,

Non yultus instantis tyrànni Mente quatit solida.

Sijractus iîlahatur orhis Jmpavidum Jerient ruinae»

Plus le tyran anglais insistait, plus le Pontife Suprême lui répondait ; Non possumus quae audivimus non îoqui ; « je ne saurais m’écarter des saints Canons de T Eglise , de renseignement traditionnel de la sainte Epouse de Jésus-Christ ». Il ne. pouvait plus que lever des mains suppliantes yers le ciel , pour écarter , s’ il était possible , un grand désastre. Mais bientôt le Père des crojans de la nouvelle alliance eut la douleur de voir la malheureuse lie précipitée dans 1’ abîme affreux des hérésies (a) , d’ où la Miséricordie Divine veuille la tirer bientôt (b).

{a) Gen. XIX. 97. a 8 . Abraham autem consurgens manè , ubi steterat priùs cura Domino, intuîtus est universam terrain regionis illius : viüitquc ascendentera favillam de terra quasi fornacb fumum. '

( laS •)

<{ La decision de Clément -Vil. dit Bossuet ,

sera un témoignage aux siècles futurs , que PË- ,, glise ne sait point flatter les passions des prln« ,, ces , ni approuver les actions scandaleuses » (a).

VIII. A la même époque que le SaînUSiége donnait ce grand exemple à‘l* univers , et aux siècles futurs , T hérésiarque de T Allemagne souscrivait à Tadultè^'e du Landgrave de Hesse , parceque ce prince avait donné à entendre qu’il pourrait bien s* adresser au Pape (b).

Maintenant , je vous demande , quelle est la véritable mère , de celle qui veut qu* on partage r enfant , ou de celle qui consent à renoncer à r enfant , plutôt que de le laisser partager ?

C’ est donc le Saint-Siège qui a remis en hoa%^ ncur les droits du mariage. Aussi les pays qui • pour leur malheur , se sont séparés de V unité catholique , ont-ils été entraînés dans tous les désordres qui sont les compagnons inséparables du divorce (c). ^

(a) Histoire des Variations des EglisesProtestantes lir.VII. §. LXII.

(b) Voyez à la. fin du ce volume la note Ç,

(^) Voyez à la Un du volume la note D a*

Page 1