‹ Du Divorce dans la synagogueChapitre 14 sur 22 · TROISIÈME ÉPOQUE · texte numérisé non relu

TROISIÈME ÉPOQUE

Elle a commencé dans la première partie du troisième siècle de V crc chrétienne , et s' étend jusqu’ à nos jours.

Ri

.ien ne saurait durer de ce que la violence et 1 abus veulent établir , s* il est en opposition avec les idées et le sentiment moral que le Créateur a mis en nous comme des anges gardiens attentifs au salut de l’ individu et de la société.

Tels sont les moyens naturels, par lesquels

Dieu a donné au monde le spéctaclc • de V éton* • nant et rapide triomphe de la religion chrétienne.

Dans le paganisme les systèmes de philosophie et de morale croulaient les uns sur les ruines des autres , pareequ* ils ne trouvaient de prise ni dans r esprit ni dans le coeur de Thomme. Mais dès que parut le grand-docteur , quand Notre-Seîgneur dit ; Ecce venio (a) , se vérifia cette prophétie : « Et

,, crit in novissimis diebus , et fluent ad eum ,, ommes gentes. Et ibunt popull multi , et di- ,, cent t venite* et ascendamus ad montemDoml- * ,, ni , et ad domum Dei Jacob , et docebit nos vias ,, suas , et ambulabimus in semitis ejus. Quia de ,, Sion exibit lex , et verbum Domini de Jeru- ,, Salem ,, (&).

Pourquoi les naticins ’accouraient-elles à la loi ' sortie de Sion , J à la doctrine que de Jérusalem le Seigneur emeignait au monde ? Pareeque les- arti- des du ^ Credo catholique satisfaisaient lés^idéèlr ^ de r homme fatigué d’avoir cherché si longtemps cn^vain V origine et la destination de toutes chosei^^' surtout de son proplib être , et qu’ ils répondaient hesoin de- son sentiment moral. Ceë ^sticles

f nS^x. r P»ai. xxxix. s. ^ ,

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( iSi )

ont pour ainsi dire, une affinité parfaite ayec 1’ esprit *et le coeur , tels que Dieu les a formés en nous , et exerceront toujours sur eux une puissante attraction.

Un volume entier ne serait pas trop pour le développement de cette proposition. Mais je ne vous ferai pas sortir , Monsieur , du cerele que vous m’ avea tracé. Nous resterons dans le divorce.

I. Les hommes créés tous pour jouir de la fé* licite éternelle , s’ils ne rejettent pas les moyens de 1’ obtenir , sont destinés à vivre en société sur la terre , afin de se prêter mutuellement les secours nécessaires dans cette vie , et de se faciliter les uns aux autres la voie du bonheur qui n’ est placé que dans V autre vie. *

Or , quel est le lien qui unit , qui retient , les hommes en société? G* est la chose qui, bien que siégeant au fond de notre coeur , n’avait pas même de nom parmi les Payons : la charité \ c’ està-dire , le sacrifice, volontaire , en vue de Dieu , d’ une partie de notre bien-être au profit du pro— chain. Ce terme prochain , tel que nous 1’ entendons , le paganisme ne le connaissait pas non plu».

La charité n’est pas, comme on l’a dit, une mvention du christianisme ; elle est une découverte du christianisme. Car elle est essentielle au sentiment moral de notre espèce. C’est l’exercice Ac r amour et de la compassion que nous éprouvons pour nos semblables , érigé en précepte.

Celui qui a créé 1’ homme à son image , est la réalité du beau idéal de la charité. Beus charitas est («). Modèle du plus parfait dévoument , lui , le Verbe Eternel , s’est fait hpmme pour reconquérir par le sacrifice le plus douloureux de sa personne , sans aucun profit pour lui-même , cette félicité que nous avions perdue par nôtre faute (&).

II. D’ autre part , 1’ élément le plus dissolvant de la société , c’ est-à-dire , des familles , et par suite , du corps de la nation , c’ est le divorce ; pareequ’ il découle du principe contraire , 1* égoïsme ; surtout le divorce , tel que nous 1’ avons vu dans les derniers temps de l’existence nationale tant des juifs que des romains . C’ est de lui que naissent les. perturbations de la famille, les con-

(rt) 1 . Ep. S. Joa. IV. i8.

[b) Omnes enira peccaveruut , et egenl gloria Dci (i. e. Chrislo, gloria Patris ).

Ad Rom. lir. aS.

testalions incessantes d’ intérêt , mille causes de désunion. Quel intérêt la femme , qui est au ménage ce que V ame est au corps (a) , quel intérêt peut-elle prendre à une maison dont elle est menacée d’ être renvoyée à tout moment ? Aura-t*elle à coeur de former de jeunes enfans dont elle sera peut-être éloignée demain , pour qu’ un mari injuste , odieux, jouisse' seul dy fruit de ses soins maternels ? * '4 *

Dans un pareU état de choses ,> la, nation qui n’ est"elle-même qîS* un grand coïq)s. constitué de familles , tombe en pièces comme un cadavre qui se décompose.

es rlehnt sich das Haas

Und d’ rinnen waltet Die züchtige Hausfrau ,

Die Mutler der Kinder Und herschet weise Im bàuslichen Kreise Und lehret die Màdchen Und wehret den Knaben Und reget olm’ Ende '•

Die fleissigen Hande Und mehrt den Gewinn Mit ordnendcni Sinn.

Schiller , la Cloche

Ce serait nne profanation que d’essayer de traduire des vers de cette beauté . Tant pis pour ceux qui ignorent r allemand. '

III. Le paganisme qui était une négation de la charité , tendait naturellement à Tégoisme. 11 n*a« Tait pas de raison de se dévouer pour autrui. Je défie qu' on me montre dans T antiquité un seul acte de dévoùment qui n* ait eu un motif d* in« téirêt personnel ; 1’ ambition , la vaine gloire , r orgueil , en étaient les seuls mobiles* Non seulement chacun voulait conserver son bien-être tout entier' , mais il cherchait à arracher aux autres le plus qu’ il pouvait de leur bien-être, pour l’ajouter au sien propre. C’était bien là 1’ esprit de la théogonie payenne (a) . Jupiter , le père des dieux et des hommes , foule aux pieds les droits les plus sacrés des autres , toutes les fois qu'ils font obstacle aux jouissances qu’ il veut se procurer.

IV. II n’ est donc pas étonnant que, guidé par de pareils principes , celui des deux époux qui ne goûtait plus le bonheur dans une alliance , la rompît aussitôt. Devoir garder , uniquement dans r intérêt de son conjoint , ou pour le bien de la chose publique , des liens qui lui pesaient , c’est ce un payen ne pouvait pas concevoir. Le

(a) Je prends ici le terme théogonie dans son acception {[énërale et eommunc. Le sysUme religieux imagine dans le paganisme.

législateur avait beau chercher les moyens de donner de la consistance au mariage , ces moyens lui échappaient des mains. Personne , sans excepter le . Prince , qui devait l’exemple , ne pouvait gagner sur lui de sacrifier son bonheur à celui d’ un autre homme. Nous 1’ avons vu plus haut chez les romains. Aussi qu’ est devenu ce peuple , le vainqueur et le maître du monde ? Après être tombé dans un état de marasme qui le livrait à la merci du premier barbare qui voulait se donner la peine d’ envahir son territoire , il a disparu de la scène du monde. Il «n’ en est resté qu' un nom

dans 1* histoire , et quelques ruines qui répètent: « Ici a passé un grand peuple qui s est suicidé en corrompant ses moeurs ».

V. Il n’ en était pas de même du peuple d’ Israël. Sa loi émanait du vrai Dieu ; elle était comme la chrysalide de la sublime loi évangélique, qui en est la dernière perfection. Quand le saint roi David était sur le point de fermer les yeux , il dit à son fils : n Observa custodias Domini Dci ^ tui , ut ambules in viis ejus , ut custodias ceâ ejus ^ et^^praecepta ejus, et judi-

,, cia ,

„ Moysi »

ia y sieut scriptum est in lege

‘ Si Moïse ne commande pas encore , comme N.

S. Jésus-Christ , (T aimer notre ennemi , et de lui faire du Lien (a), du moins il ordonne, de la part de Jéhova , non seulement aimer le prochain comme soi même {h) , mais aussi de ne pas venger les injures , et même de les oublier (c). Il ajoute à la fin d& tous ces préceptes : moi Jéhova ! C* est-à-dire , je suis le Dieu qui sonde les coeurs et les reins (d), et je saurai bien si tu observes ce commandement du coeur.

VI. La loi mosaïque était donc fondée sur/’nrnour du prochain, C’ était une charité, à la vérité moins large que celle de 1’ Evangile , mais suffisante pour proscrire 1’ égoïsme payen , pour obte- •

(a) Ego autem dico vobis : diligite inimtcos veslros , bcnefacite his qui oderunt vos. *

S. Matth. V. 44*

(b) Diliges proximum tuam ( teipsum ,

ego Dominus.

Lié vit. XIX. i8.

(c) Non quacras ultionem , nec memor erls injuriae civium tuorum. •

Ibid. ante.

(d) Scrutans corda et renes Deus,

Ps. YII. 10 .

nir (lu citoyen le sacrîüce volontaire d’ une partie de son bien-être au profit des autres , ei> vue, du Dieu qui sonde les coeurs et les reins.

VII. Comme 1’ amour du prochain était la base, de cette loi , les pharisiens n’ auraient pu y toucher sans faire écrouler aussitôt tout Tédifice.

Hillel , le pharisien par excellence nous en fournit une preuve. g.. ,

ün Gentil se présente un jour devant ce docteur, et lui dit : Je me convertirai au judaïsme , si tu peux m'en enseigner toute la doctrine penddnt le temps (]ue je pourrai me tenir sur une seule jamhe. Aussitôt il r instruisit de cette manière : « Ne fais pas a „ ton prochain ce que tu ne voudrais pas qu on te î, fit , Voilà toute la loi diyine. Le reste n’ en est » que le développement ; va T apprendre toi- „ même ,, {a).

Vin. Quand on considère que déjà Tancien te-

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Talinud, traité Schabbat- fol. 3 1. recto.

Comparée avec S. Malth. XXII. 34- seqq. S.Marc XlII. 28. seqq. S. Luc. X. 25.

stament prenait son point <le départ de 1’ amour du prochain, on conçoit encore plus aisément pourquoi le divorce , ainsi que nous 1’ avons vu dans la première partie de ce traité, était regardé comme un corps hétérogène , comme une disposition tout-à-fait en désaccord avec le reste de la loi raosaïquue. En effet , si un mari n" était pas bien aise d’ être chassé de sa maison , arraché des embrassemens de ses enfans , parccqu’ il n’ était plus aussi aimable aux yeux de sa femme , il ne devait pas faire le même traitement à celle ci quand son ardeur’ pour elle s’était refroidi; d’autant moins qu’ une femme répudiée est plus embarrassée de sa personne qu’ un homme répudié. Quandle Gentil de Hillel est allé étudier le développement du principe que le rabbin lui avait posé : Ne fais pas à ton prochain ce que tu ne voudrais pas quon ie fit , à coup sur il n’.a pas trouvé le divorce, qui est diamétralement opposé à ce principe de justice éternelle. *

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