‹ Du Divorce dans la synagogueChapitre 2 sur 22 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

T. ous mes ouvrages appartiennent à un seul et même plan dont V objet est de développer la proposition suivante de Saint Augustin

« La même Religion qu’ on appelle main- » tenant Religion Chrétienne , était déjîi cel- » le des anciens . Elle a conservé son em- T» pire depuis nos premiers parens jusqu’ à » r avènement du Verbe incarné. La vraie » Foi ne porte le nom de Religion Chrétien^ » ne que depuis le Christ , mais son existen- » ce remonte plus haut » (a).

(a) Res ipsa quae nune chrlstiana rcligio mmcupatar , crat et apud antiques, .ncc cicfuit ab

En effet , la religion de Dieu doit être immuable comme son auteur. Si les lois prescrites a r univers , et aux élémens qui le constituent, n’ont jamais varie, la loi donnée au roi de ce monde , 1’ homme , peut encore moins changer (a).

Née avec le monde , cette sainte Religion traversera avec lui les âges ; et malgré les efforts de l’enfer , elle durera jusqu’ a la fin des temps. C’est le roc antique devant lequel passent toutes les générations. Inébran- ' lahle sur sa hase , il regarde tranquillement les vagues du siècle , qui dans leur fol emportement veulent le briser , se brisent ellesmêmes , et s’ en vont en poussière (b).

Mais , comme toutes les autres choses de la terre , d’ abord simple germe , elle ne s’est

înitlo generis humani , quousque ipse Christus ve- Diret in carne : unde vera religio , quac jam erat , coepit appellarl chrlstlana.

S. Aug. Retract. L. I. C. XIII. num* 3.

(a) Ma deuxieme lettre aux Israélites , page 1 6 . (&) Ibid, pages i6 et i8.

développée que par une lente progression .

Elle n’ avançait qif a mesure que la Cité de Dieu (a) prenait des forces , et au bout de quarante siècles , elle parvint à ï état de bon^ ne nouvelle (p) , sa dernière perfection.

a Lorsque la plénitude des temps fut âr- » rivée , Dieu envoya son Fils né d’ une fem- » me , et assujetti k la loi (c) , » qui déclara : Non veni solvere le^em , sed adimplere (</).

Ainsi , le premier précepte donné a Adam, renfermait les sept \préceptes Noachides (e) lesquels étaient V abrégé de la loi de Moïse (/) ; et cette dernière était F ébauche de celle de Jésus-Christ.

C’ est Ce qui fait dire a Tertullien : « In

(û) Voyez dans ce volurne pages tjo et sniv. '

(b) L* Evangile ; eOayysXtov , bonne nouvelle.

(c) Gai. IV. 4 ‘

{(î) S. Matlh. V. 17.

(e) Voyez dans ce volume page ï G8.

(/) Ibid.

hac ‘ lege , Adae data , omnia praecepta condita recognoscimus , quae poslea pullulaverunt data pèr Moysen. Primordialis lex est enim data Adae et £vae in paradiso , quasi matrix omnium praeceptorum Dei » (a).

Tel le soleil , s’ annonçant d’ abord par la faible lueur du point du jour , déploie lentement sa lumière , afin de disposer par dé grés notre oeil k supporter V éclat de ses rayons du midi.

Jj Ancien Testament et le Nouveau ne forment qu’une seule Bible; la tradition de la synagogue et celle de ï Eglise appartiennent k un meme dogme.

La doctrine de la Sainte Trinité était déjk un point de croyance dans la synagogue ancienne qui appelait Dieu : l unité mystérieux

•) xn* Quelques rabbins s’ expri-

ment k r égard de cette grande vérité de la

(a) Tcrtul. Àclv. Judaeos. C. Il

Religion , d’ une manière si orthodoxe , que

le théologien catholique le plus scrupuleux sur les termes , n’y trouverait rien a reprendre. D’ autres en parlent moins clairement et moins exactement , mais elle se fait jour a travers leur langage embarrassé et cabalisti- <jue (a)-

Quand rÂpôtre , autrefois Rabbi Saul , dit:

« Finis enim legis Christus » (b) il ne fait que répéter ce qu’ enseignaient les anciens rabbins : « Tous les prophètes n’ ont prophétisé qu’ en vue du Messie » :

iNaara n’S’asn ^a(c)

Qu’ il me soit permis «le répéter ici un

(a) Ma deuxième lettre aux Israélites , page a 6. Si les juifs des premiers siècles du Chrisliauisme avaient été aussi opposés que les rabbins de nos jours à la doctrine de la Sainte Trinité , ils n* auraient pas accueilli avec tant d* empressement la philosophie de Platon qui lui rend des témoignages si éclatans. Voyez Ibid, page 299,

{h) Rom. X. 4 *

(c) Talmud , traité Sanlicdrin fol. 99. rcctè.

passage Je ma première lettre aux Israélites: « Par r examen attentif du texte sacré , » on voit clairement que toutes les prophé- » ties ne forment , si j’ose m’exprimer ainsi, » de la circonférence des quatre mille ans qui » précèdent le Messie , qu’un grand cercle , » dont tous les rayons aboutissent au centre » commun , qui n’ est et ne peut être que » Notre-Seigneur Jésus-Cbritt , le Rédenip- » teur du genre humain , coupable depuis » le péché d’Adam. Tel est l'objet et l’u- » nique but de toutes les prophéties qui con- » courent k nous le signaler de manière k ne » pas le méconnaître* Elles forment dans » leur ensemble le tableau le plus parfait .

» Les Prophètes les plus anciens en tracent » la première esquisse , k mesure qu’ ils se • succèdent , ils achèvent les traits laissés » imparfaits par leurs devanciers . Plus ils » approchent de l’évènement plus leurs cou- » leurs s’ animent , et quand le tableau est » terminé , les artistes disparaissent . Le ». dernier , en se retirant , a soin d’ indiquer » le personnage qui doit en lever le voile.

» Voici que je vous envoie , dit-il au nom » de r Eternel , Elie le Prophète , avant que

» {tienne le jour grand et redoutable du Sei^ » gneur » (a)«

Le prophète |désigne ici Jean-Baptistè , le saint Précurseur du Messie , c’ est-a-dire , r Oint , le Saint des Saints (b) : Ungatur Sanctus Sanctorum.

Ce Messie , la synagogue 1’ attendait comme une des trois Personnes de V Essence Divine de Jéhova (c) , |hypostatiquement unie a la nature humaine formée miraculeusement dans le sein pur , immaculé , de la Vierge Royale , cette vierge signalée six cents ans d’ avance par le prophète Isaïe {d),

L’ Eglise de la première alliance , désignée généralement sous le nom de Synago^ gue ancienne (<?), dépositaire de la promes-

(a) Malachîe IV. 5.

(J) Daniel IX a4*

(c) Deuxième lettre aux Isr. chap. I. et chap. IL {d) 1(1. chap.III. Troisième lettre aux Isr. chap.I. p'ages 45 seqq.

{e) Eglise et Synagogue sont formés chacun d'un

xri

se d*un Messie Réparateur , à la fois Sacerdote et Victime , seul capable de relever de r anatliême ï homme pécheur , et le réconcilier avec Jéhova justement irrité , comprit dès les. jours de V antiquité ^ quelle ne pouvait invoquer la miséricorde divine qu’ en se prévalant par anticipation du mérite infini attaché à sa sainte Personne , réunissant hypostatiquement la nature divine et la nature humaine , et de la complaisance (a) |du Père éternel pour l’éternel Fils de sa dilection . Mais cette Eglise , avant T accomplissemens des temps , n* offrait à la faiblesse de ses enfans que du lait , afin de les disposer a supporter plus tard la nourriture solide (^) ; elle leur parlait le langage de

mol grec ; le premier de ( ecclesia ,* coetus

convocatus ) , le second , de ffuvaywyjj ( synagoga, congregatio ). L’ un et T autre répondent exactement au mot hébreu racine congrego )

qui a la même signification.

(a) Hic est filius meus dilectus in quo complacui.

S. Matth. III. 17.

(b) Tanquam parvulis in Christo , lac vobis potum dedi , non escam.

I Cor. in. 2. Cf. Hebr. V. 12. i 3 .

l’enfance (a), pour les préparer a V intelligence du langage de 1 lioinine. Je veux dire, elle ne présentait les plus sublimes vérités de la Foi que sous la forme de V emblème , de r image symbolique-

C’est ainsi que le Christ dont eWe attend dait son salut {p) , était voilé sous la figure d’ Isaac , parceque le fils unique , bien aimé (c) , du père de la multitude des nations {d ) , était le type le plus exact, de point

(a) Cum essem parvulus , loquebar ot parvulus.

I Cor. XIII. II.

(b) Jacob , après avoir signalé l’époque de l’incarnation , interrompit son discours prophétique par ces paroles remarquables : « J’ espère en ton SALVT , ô Jéhova ! » Gen. XLIX. i8. Voy. ma deuxième lettre , cbap. II. sect VI,

(c) Toile filium tuum unigenitum , quem dlligis.

' Oen. XXII* 3.

{d) Quoniam patrem multitudinis gentium constitul te.

Ibid. XVII. 5.

en point , du Fils unique , bien aime , du(rt) Père de la multitude des êtres (^).

S. Jérome si versé dans les traditions anciennes des rabbins , dit donc avec raison :

« Nec inter Judaeos et Cbristianos , ullum aliud esse certamen nisi hoc : ut cum illi nosque credamus Christum Dei Filium rcpromissum , et ea> quae sunt futura sub Christo , a nobis expleta , ab illis cxplenda dicantur » (c).

Si nous descendons dans le détail , nous trouverons constamment ce parfait accord entre la synagogue (d) et T Eglise , sauf les modifications inhérentes a V état de chacune d' elles.

{a) S. Matth. Iir. 27 ; S. Jean. I. i 4 ‘

, {b) Voyez ma dissertation sur V Invocation des Saints, art. I. pages 5 . 6. Annales de philos, chrét. de M. Bonnetty T. XIV. page 4^2.

(c) S. Jérome , préface du sixième livre de son Commentaire sur Jérémie.

(d) Bien entendu , la synagogue ancienne.

Lâ synagogue ancienne , comme fait encore la moderne , non seulement priait pour les morts , mais aussi elle recourait a V intercession de ceux d’ entr’ eux cpi’ elle regardait comme saints (a). Elle demandait la

même grâce aux saints anges.

Je passerais les bornes d’ une préface si j’avais a dérouler ici le grand tableau'de l’accord de la synagogue et de l’Eglise. Je n’indiquerai donc que le point suivant, sujet du présent livre.

On croit généralement que ce qui divise

ces deux soeurs , filles de Dieu dans des tenips différens , c’ est 1’ article du divorce. La sy>nagogue , si nous en croyons les rabbins , l’admettait comme un droite 1’ Eglise répété d’après son Divin Instituteur : Moyses ûé/ duritiam cordls vestri permisit vobis dimittere uxores vestras :• ah initia aitiem non fuit sic*

(a) Voyez ma dissertation sur V Invoeatlon des Saints dans la synagogue.

Il n’ en est rien. Les traditions hébraïques

les plus anciennes et les plus authentiques ,

prouvent que, dans les siècles bien antérieur»

à JésuS'Christ , la synagogue admettait ,

1®* Que ab initio creaturae (a) le mariage a été institué comme une alliance indissolu*, hle qui ne permettait pas plus la complète séparation des époux , que le partage d'une même personne en deux : jam non sunt duo, sed una caro (p) ;

2^ Que Moïse , cédant a une nécessité du moment , accorda temporairement , la permission de renvoyer la femme qui a cessé de trouver grâce aux yeux de son mari (c);

3°. Que Jéhova qui unit lui^méme les epoux (d) , éprouve du déplaisir de leur séparation (e) , et qu il ne veut pas que son saint nom s’associe au divorce (/);

(a) Si Marc X. 6.

(&) Pages 34. seqq. 4 <>* 44 »

(c) Pages 29 seqq. 3 a seqq.

(d) Pages 35 seqq.

(e) Pages 29 seqq. 39. l\o.

(/) Pages 33 . 38 . 201.

Que celui qui profite de la condescen^ dance involontaire de Moïse, devient odieux au Seigneur ^ ,

5^. Que les prêtres , à cause de la sainteté de leur état , ne pouvaient pas épouser une femme répudiée , Lien qu’ ils pussent prendre une veuve (Z>).

En un mot , tandis que ces docteurs faisaient observer toutes les autres dispositions du Code de Moïse , avec un scrupule qui al lait jusqu’ à la plus ridicule et la plus extravagante superstition , ils s’opposaient de tous leurs moyens a T exécution de celle du divorce (c).

Une dissertation sur cette matière qui intéresse a un haut degré les théologiens , les magistrats et les jurisconsultes , entrait nécessairement dans le cadre du plan dont j’ai parlé au commencement de cette préface- Je

(a) Pages 29. 3 o.

Page 4 i.

(c) Pages 47. seqq.

. A. ’■ Ta

comptais m’en occuper, avec l’aide de Dieu,, â son tour , lorsque Mr, Lodovico Valëriani de Florence , un des savans et des littérateurs les plus distingués de 1’ Italie , si riche en grands hommes , voulut bien s’adresser a moi pour obtenir quelques renseignemens sur le divorce juif dont il avait a traiter dans l’ouvrage érudit et chrétien qu’ il vient de publier (a), J’ ai saisi avec empressement 1’ occasion d’ offrir k cet illustre écrivain une faible marque de mon estime et de mon admiration , et , interrompant mes autres travaux, j’ ai sur le champ mis la main k 1’ oeuvre , pour lui répondre par le traité que j’ ose soumettre au jugement du public. J' y joins en forme d’ appendice , les réllexions que j’ avais jetées sur le papier , a 1’ occasion de

(rt) liOggî clcllc clodici Tavole csaminatc secondo i principj c le rcgole délia politica , da Lodovioo Valcrianir Firenze 1839. Vol. in 8. de 4 o 5 pages. -

Après les éloges donnés à cet excellent livre par des personnages éminens dans l’Eglise, et dans les sciences , je ne puis offrir que comme une insignifiante autorité le suffrage que Je donne aux doctes veilles de cc laborieux écrivain.

la grande question des mariages mixtes , qui a* surgi, il y a quelque temps , ènlre le Saint-. Siège et un Prince Protestant que Dieu veuille éclairer. ,

Il ne me reste plus qu’ a donner quelques, avertissemens relatifs à la présente édition.

• Je me suis dispensé de traduire les*cita-.

lions en latin. Mon livre n’ aura probablement que des lecteurs qui savent celte langue.

' Les passages grecs , arabes , hébreux , rabbiniques , sont* traduits littéralement , autant que le permet notre langue.

Je donne pour la première fois dans le -caractère original les citations en rahbiniqu'e ^ pour aider les jeunes lévites du sanctuaire k se familial ’iscr avec cet idiome dans lequel sont écrits tous les commentaires de l’écriture sain« te, composés par les grammairiens et docteurs juifs • L élude de ï hébreu de la Bible est devenu assez général^" grâce a Dieu , dans nos semmairos de France ; mais il s’en faut que

cela suffise aux controversistes catholiques. On ne doit recevoir qu* avec défiance les versions que donnent de ces commentaires , et des autres livres^ des rabbins , les protestans qui en font arme volontiers. Ils traduisent souvent d* une manière infidèle , autant par mauvaise foi que par ignorance. Je signalerai plus particulièrement les versions publiées par Vorstius et la plupart de celles qu’on rencontre dans les coTlections des Critici Sacri et d’ Ugolino»

Enfin , je prie le lecteur d* avoir de T indulgence pour les fautes typographiques de cette édition. J’ ai été seul a en corriger les épreuves , et 1* on sait qu’ il n’ y a pas de plus mauvais correcteur que l’auteur. J’ai fait une table d’ errata , sur laquelle je demande en grâce qu’ on jette un regard avant de commencer la lecture du livre.

< Que les paroles de ma bouche , et la méditation de mon coeur, soient agréable devant Vous , O Jéhova , mon rocher et mon rédempteur » ,

Ps- XIX. 15. (heb.)

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