‹ Du divorce (volume 2)Chapitre 5 sur 20 · C XX · texte numérisé non relu

C XX

vers un centre : si > au contraire , l'homme peut négliger de lire dans son cœur , se tromper en y lisant^ ou désobéir après avoir lu, il faut une autorité qui le rende attentif ou * docile à ces lois, et une autorité qui les interprète } et où l'homme prendra-t-il la mission d^interpréter , pour Phomme, des lois écrites par Dieu même au fond de son cœur, ou de le forcer à les suivre ? Mais cette écriture ne pouvait être matérielle j elle était donc intellectuelle^ et alors, de quelque manière qu'on l'entende > J. J. Rousseau don-' nait pleinement dans le système des idée& innées y dont les philosophes s'étaient tant moques, et jamais l'école ne les avait soutenues dans un sens plus, rigoureux.

Le parti dominant dans les philosophes , ne s*accommoddit pas des opinions théistes de J. J. Rousseau, ni de l'origine, toute confuse qu'elle était, qu'il donnait aux lois naturelles ; et même ce philosophe ne cessa d'attribuer ses malheurs -réels ou imaginaires à la haine que lui portaient les athées. Mais l'homme, corps aussirbien qu*esprit, ne peut être^ gouverné avec de pures abstractions sans aucune réalité : les apôtres du natura^,

Usme furent obligés , pour se faire entendre, de réaliser leur mot abstrait de nature; ainsi qu'ils avaient réalisé le mot abstrait de peuple ; et comme ils avaient vu le peuple tout entier dans les sages qui lui donnaient des lois 9 ils virent la nature , et tdute la nature , .dans les êtres sensibles et matériels. Qu'on y prenne garde ^ tout culte religieux n*est lui-même que la réalisation de l'idée abstraite de la Divinité, qui , sans cette réalité y s'effacerait bientôt de Ja pensée. Ainsi le paganisme mcmtrait ses àievLx présens et réels, dans ses nombreuses représentations.. •; ainsi le christianisme montre la Divinité réelle^ ment présente. . • . Mais continuons.

Les animaux , les pierres , les plantes , tous les corps qui existent dans l'espace , et ces corpSf seuls, furent la nature y et l'ordre de lois, invariable dans chaque espèce et constant pour toutes les espèces , auquel ils sont soumis pour leur reproduction et leur conservation, fut encore la nature : on chercha , dans les lois naturelles de l'ordre physique, et particulièrement dans les lois du règne animal , la raison des fonctions même sociales de l'homme , et alors on vit s'intro-

( «iî ) duii^e Vespfece de matérialisme le f>lu9 grossier et le plus abject, le système deVanima^ Jisme , qui distingue Tépoque actuelle, et qui fut rapplication et la contléquence du système de naturalisme abstrait du baron d'Holbac et de son école. Alors, si j'ose le dire y il^^ nuit dans la société; alors parurent les systèmes les plus ténébreux sur Dieu, sur l'homme, sur la société, sur le pouf^oiretsut les detnjirs; iùuie intelligence . en fut .obscuFcie t Animalis homo non percipit ea quce sunt spiritus , stultitia enim est illis et nonpotet intelligere (i).

La rûanie de classifier, particulière aux petits esprits et aux sciences àe maniptila-* tion, avait défini l'homme, un animal rai^ sonnahle , comme on aurait défini l'orangoutang , un homme gui ne raisonne pas. Xa philosophie moderne a été plus loin, et elle a défini Thomme :.« Une'masse organi- 3^ ^ée e.t sensible :qui reçoit l'esprit de tout ce » qui reuvitonne^ et de ses besoins (3)»;

(i) St. taul aux Corinthiens j ch. II 5 v. 14.

(2) Cette dëfinitîon est de M* dé St.*lambeVt , dans feon Gatécltîsme de Môraîe j)hîlosophiqUe , en cjuatre irolnmes , aussi enrooé qtîetSbJi Poè'më des Sàwons est gracieux et brillant*

(xxiij) délSnitlon qm> dams le système des anî^

malistes f penC toute entière s'appliquer au chien ^ qui est aussi , selon eux , ufie massif organisée et sensible qui reçoit F esprit d© rfaomme qui le dresse , et de ses besoins.

L'homme» considéré par une vraie philo<^ Sophie y est une intelligence servie par dei organes ; les brutes^ an contraire ^ sont àek organes , mus par un instinct; et ces deux définitions expriment les êtres auxqibéls ellei s'appliquent par ie trait car^ictériétique et essentiel de leur. nature: rbonimfe , piar la volonté qui dirige ses stctiohs, la brute y pat Ift nécessité qui détermine ses tnouvdlâehs. Et quelle comparaison /en effet, pouvaii-ôn étà^ blir entfel*êtreqtii fait servir tous lés àiVtrèà êtres, et même les animaux >. de ministres à sa volonté , et dlnstrumens à soïi âëtiôn y é% des êtres qui ne sont obéis d'aucun êti-ë $ parce qulls n'en sont pas entendus, et qui agissent sans instrument ousanà moyen ^ Sans \t^ termédiaire sut tes êlréë.iiôèèssaîl'éy à leur conservation? car c'èé^ ta k âîffléi^èiiéë esséritidlè de Plîobir!leèt''dêîàt)ruté^,L*lSohiM» li'^^^jtemais ^ûmnArfefÈb\% médlàiëUr éAtré sa V£a&iil6 wl'tiêtk»'*[éûferiréSttf*^

( xxiv )

querhomme saisit le rapport qti*ilya de Ini au moyen qu'il emploie , et du moyen à l'effet qu'il veut obtenir. Ainsi l'homme pense le rapport qu'il y a de lui à la charrue qu'il fait mouvoir ; le rapport des différentes parties de la'charrue entre elles; le rapport de lui aux chevaux qu'il dirige , et des chevaux à la charrue qu'ils traînent ; enfin , le rap* port de tout cet appareil à la terre qu'il cultive , et au blé qui doit en provenir , etc. etc. ; «et c'est précisément dans cette perception de rapports que consiste Tiatelligence* La brute, au contraire^ ou n'emploie aucun moyen, on $i elle en emploie quelqu'un^ comme le nid que font les oiseaux pour déposer leurs œufs ^ l'invariable m^iformité de ce petit édifice dans chaque- q^pèçe^ prouve asse^ qu'aucune intelligence propre à chaque individu n'en est l'architecte. La bête ne pense donc aucun rapport; donc elle n'a aucune intelligence. Le chat le plus rusé s'avise-t-il jamais de fermer le trou par lequel la souris lui est cent fois échappée ? Xe castor , éternellement pris par le chasseur à l'issu p de sa ca« ba;ie aquatique^ en a-t*il jamjEiigt varié la construction ? L'hojDOUQay au contraire., dé^

( *xv )

couvre sans cesse de nouveaux rapports, imagine , emploie de nouveaux moyens , étend, perfectionne son action par eux efc avec eux ^ et aujourd'hui un faible enfant peut, en pressant une détente, abattre ces colosses d'animaux dont la. vue nous confond , ou en approchant un charbon d'une traînée de poudre , faire voler une montagne en éclats , ou anéantir en un clin d œil un vaste édifice. Heureux l'homme, s'il n'employait son industrie que pour son bonheur et l'avancement de la société !

Cette faculté merveilleuse de l'industrie, nos philosophes , forcés de la reconnaître , n'en firent pa3 honneur à l'intelligence de l'homme , mais à ses organes. L'ordre admirable qui régnait dans cette maison, ils l'attribuèrent au service des valets, et non à la sagesse du maître; et Helvétius trouva dans la conf\)rmation de la main de l'homme la raison de la différence qu'il ne. pouvait s'empêcher d'apercevoir entre ses actions et les mouven^ens de la brute. Il ne fit pas attention que l'homme n'est pas intelligent, parce qu'il est industrieux,. mais qu'il est iz^dustrieut, parce (qu'il est iptelligent ; que

( xxvj )

sgn industrie est fille de son infelligence , comme son action est fille* de sa volonté ; et que la main de Phomrae , toute admirable qu'elle est dans sa conformation, dénuée des Instmmens que l'intelligence lui fournit, est moins adroite au fond > H surtout moins forte que la trompe de Télépharit.

Et remarquez qu'en même temps qu'Helvétius mettait toute notre intelligence dans la conformation de notre main , Condillac mettait toutes nos connaissances acquises^ ou peu s'en faut, dans la perfection de notre tact ; donc il faisait, on ne sait pourquoi, le setts régulateur de tous les autres sens.

Quoi qu*il en soit , l'homme ne fut plus qu'un animal un peu mieux conformé : les lins ne donnèrent à la brute et à^l'homme , que des sens et des sensations j les autres donnèrent à l'homme , comme à la brute , une intelligence de la même espèce. On en mesura même les divers degrés dans les différens animaux, l'homme compris , par les diiférens degrés d'acuité de i^ angle facial > invention heureuse de nosi modernes physiologistes , et l'on né vît pas ^u'iî y a intelligence dans l'homme même

C xxvi j )

le plus borné qui rapproche deut moreeanx de bois pour faire du feu , et qu*il n'y a nulle intelligence dans ce cbien si bien dressé qui va chercher au fond de Teau la pierre que j'j ai jetée, et que moi-mêtne je ne reconnais plus y et qui j transi de froid et couché le long de mon fojér, ne sait que s'éloigner, ^i un tison enflammé roule jusqu'à lui.

Aussi, l'on doit remarquer que les philosophes , tels que Deâcartes et Malebranche , qui donnent le plus à Tintelligence humaine^ et même des idées innées , font des brutes de pures machines*, et que ceux qui donnent l'intelligence aux brutes > comme G)ndillac et antres, et même des idées générales, refusent le plus à Tintelligence humaine , la rendent toute entière dépendante des sens, et font, ou pen^'en faut> rhomme machine ou statue, différence totale dans les opinions, qui caractérise parfaitement le siècle de l'esprit et le siècle de la matière.

Les mêmes philosophes qui avaient chefcbé dans notre similitude avec les aniniaux

la raison de nos habitudes individuelles, crurent y trouver la raison de nos fonctions «ociales.

( xxviij )

-Ils remarquèrent que les brutes n^ëtaient mues que par le sentiment de la douleur ou Tappétit du. plaisir , et aussitôt ils établirent en principe^ que Thomme ne pouvailb être déterminé que par son intérêt personnel , qu'ils faisaient consister à rechercher le plaisir^ et à fuir la douleur.

Avec un peu de réflexion , on aurait observé que dans les courts intervalles de sa vie^ où l'animal a une destination relative à ses semblables , comme la femelle et quelquefois le mâle dans le temps de l'incubation et de Tallaitement , loin d'être mû alors par la sensation de la douleur ou du plaisir , déterminé par un autre principe , il néglige jusqu'au soin de lui-même , et souffre la douleur ou même la mort pour défendre ses petits^ même dans les espèces les plus faibles.et les plus ti« mides : de là Ton aurait conclu que l'bomme qui ne se dévoue pas au service des autres hommes , même de ses propres enfans , par aucun instinct involontaire ou mouvement indélibéré , ne peut le faire que par une volonté libre et éclairée ; que par conséquent ce qui est pour, la brute une nécessité pas* sagère^ devient pour l'homme un devoir ha-

( xxix )

bituel; et qtie si L'amour de soi déeermine la volonté de Pbomrae dans les* actions in-^ dividuelles qui n'ont pour objet que sa propre satisfaction > Tamour des autres peut seul déterminer sa volonté aux actions sociales dont les autres sont le suj^t/Et qu'oa ne subtilise pas au point de dire que l'amour des autres n'est , dans ce cas , que Tamourde soi bien entendu; car alors on ne dispute que sur les mots , comme l'observe D.» Hume ; et je demanderai qu'on me fasse. comprendre quel intérêt personnel peut trouver l'homme à se dévouer au sefvice des autres dans des fonctions obscures , ingrates et périlleuses , loi^qu'on ne suppose à son dévouement aucun motif pris dans l'aniour des autres ; sacrifice de soi aux autres qu'un être supérieur à rhomme peut seul lui commander, parce que seul il peut en inspirer la' forcé j et en décerner le prix.

Cette disposition à ne voir dans l'homme qu'un animal déterminé par des lois animales , Si conduit nos philosophes à ne càn« naître de devoirs que dans l'accomplissement jdes lois animales , ni de vertu que dans Taceomplissement de ces devoirs. Je m'explique*

L'homme a reçu^ comme la brute, la fs^-^ cuhé de se reproduire dans un être bumaia semblable à lui ;* mais cette faculté , néces* sitée dans la brute et à jour marqué^ est purement volontaire dans Tbomme. Les so<-; phistes ont prétendu qu'elle y était néces--^ sairù , et il n'a plus été question que de besoins involontaires et d'attraits irrésistibles sur lesquels on a fait beaucoup de mauvais romans , et encore plus de mauvaise philoso-^

phie* Quand Tunibn des sexes a été un de**

voir ^ Je vœi^ sublime de se consacrer tout en*^ tier et sans distraction^ au service des autres et de ne connaître de famille q^ la société publique ) ce vœu de célibat que pratJjque ^ sans le former» la plus belle, jeunesse d'uno nation que le service de la société retient spus les drapeaux , n'a plus été regardé que comme un crime de làse-nature^ un outrage, à ses lois , un délit enfin contre Dieu, contre' l'homme et contre la société.

La femme , comme la femelle des ai^jl^. maux , a la faculté d'allaiter son enfant y mais cette faculté nécessitée à^n^ l'animal , qui ne peut pas se faire remplacer par d'autres jf est dans la femme purement voloa^

faire-, et ce devoir, car il peut en être un, est soumis à une foule de circqqstancçs qui en modifient ToblîgfitiQO. J. J. Rousseau emboucha la trompette, et Ton eût dit que jusqu'à lui , toutes les femmes avaient étédeg mères dénaturées et tous les enfans de mal^ lieureux orphelins. Daa§ la ferveur de son zèle philosophique, cet hoqime si sensible n'examina pas si les causas mprale3 qui dé* velpppent la sensibilité de lliomrae , nulle$ chez ranimai, ne pouvaient pas vicier le lait delà mère, daqsçjçs cpnditionf surtout, pu l'I^onime , mQÎns occupé de travaux do-r npiestiques que de spius pubUc$ , e( de besoins que de sejptimens » plus exposé au^ peines de la vie, parce qu!il en goûte plus les douceiirs, 9- le' çœup plus faillie aux aQèctions jl9plourçu§e$ qt Vâme plus ouverte; aux funestes inipressions des passions ; et J, J. jlpwsseau ^ de par la natur^ , fi)^ un devoir à tQutes ies^ wres de naurrijT elles-mêmes J.epr^ enfans, comme les femelles des ani-

n^OjUx, et par la même raison. Peut-être luçme.. il crut avoir pris en défaut la relig^çfi qui , se contentant d'inspirer aux femxnes de3 désirs no^odérés^ et de les défendre do

( XXXÎj )

foute affection étrangère parle devoir qu'elle leur fait d'une vie modeste et occupée, les place natui*ellement dans une situation , où l'allaitc'ment de leurs enfans est sans contrariété pour elles et sans danger pour eux j et qui peut-être, portant ses vues plus loin, craint, dans certaines conditions ,. tout ce qui peut servir à de jeunes époux, de cause t)u de prétexte à vivre séparés , même momentanément. Il est vrai que J. J. Rousseau parle , et même éloquemment, des devoirs domestiques, et déclame contre les arts , et même, car il outre' tout, contre les sciences ; mais en même temps , tel est le désordre des idées que la religion n'ordonné pas; il faisait jdes opéras et des romans, et de tous les romans, celui qui a le plus renversé les têtes des femmes et corrompu leurs cœurs. Quoi qu'il en soit, à forcé d'en entendre parler comme d*un devoir ^ les femmes en firent une mode, favorable à la beauté, comme elle l'avait été aux déclamations du sophiste ; et des mères amollies ou passionnées qui, en sacrifiant à la mode, ne voulaient rien prendre sur leurs plaisirs, transmirent à leurs enfans, aveb leur lait, leur

épuisement

tipuisement ou Tâcreté de leur satig> et leur préparèrent une mort prématurée ou une vie languissante ; des races utiles et respec* tées en furent éteintes ou affaiblies ; beaucoup de mères périrent victimes de leur goût pour la nouveauté bien plus que de leurs devoirs, et plus d'une femme forcée de renfermer sa douleur, empoisonna son fils, parce qu'elle avait perdu son amant.

L'inconvénient de cette confusion d'idées et de devoirs est sensible. On ne doit à l'être physique qu'en considération de l'être mq^ rai; et le devoir de l'allaitement peut être suppléé même par l'animal ; mais les devoirs envers l'être moral, ces devoirs, dont la philosophie peut bien parler dans ses déclamations fastueuses , mais dont la religion seule peut inspirer la volonté et donner le courage , sont des devoirs absolus , indépen* dans des temps , des hommes et des lieux , et dont rien ne dispense. Or, la philosophie afikiblissait tous les jpurs le respect pour la religion -, . et les fenimes qu'elle infatuait de sa doctrine , fières de remplir le devoir facile de donner leur sein à un enfant bien atourné p étaient bien éloignées de se dé«

( xxxiv )

vouer au devoir obscur et pénible de s^rîficr leur temps à son instrlicf ion , et leur» goûts au bon exemple qu'elles lui devaient,. Les pères et les mères , considérés par la philosophie comme des mâles et des femelles, ne considérèrent leurs enfansque comme leurs petits ; des affections que la raison ne dirigea plus ^ et une éducation domestique, molle et sans dignité , prirent la place de ces relations d'autorité et de soumission , entre les enfans et leurs parensy dont la géné- ^tion qui fînit^ a vu^ dans son jeune age^ Tes dernières traces. Des enfans qui avaient dans l'esprit des idées d'égalité avec leur^ parens , et dans le cœur des sentimens d'insubordination à leurs volontés, prirent en leur parlant le tutoiement qui, dans notre langue , adressé à l'homme , exprime à ià fois la familiarité et le mépris; et les patens qui avaient la conscience de leur faiblesse^ n'osant pas être les maîtres^ aspirèrent à être les amis^ les confidens , quel- 4}uefois les complices de leurs enfans. Il y* eut en France des pères , des mères , deà €nfàns> mais il n'y eut plus de pouvoir dans la faimile; plu« de sujets, plus de société

éôméstîcjtie , et la société poHtiqtle en fiit ébranlée jusque dans ses fondemens.

Tout devint faible dans les affections hamaides , et surtout la douleur. Des boni« mes qui ne se voyaîeùt que par les sens , crurent tout perdu quand Ils cessèrent de se ^oir. La douleur fut immodérée , et par Conséquent fastueuse et peu durable : plus d un veuvage commença par des résolutions de suicide^ qui finit ^ et même trop tôt, par dé secondes noces. Je ne sais quelle douleur païenne, s'attachant à de vains rentes d'une personne chérie, reioiplaça chez des chrétiens ces douleurs profondes , mads pleines d'une consolation d'immortalité , que la reiigioii entretient, même par ses pratiques: on joua; pour ainsi dire , avec la mort ; on la porta eni collier et en bracelets , elle fut parure , elle fut meuble (i) , et quelquefois un époux fît

{i) Kous avons vn proposer de faire des ustensiles de verre ou de porcelaine de la cendre de ses parens , et uneordonnaacç de police a permis ^ il y a quin^ ou di}c4iUit mois , à une mère , de faire brûléi^ le tutf» dt s^éGïhf at de recudlUr ses cendrée. ^

( xxxvj )

embaumer le cœur qu'il avait profondément

blessé.

Ce matéiialisme universel, cette disposition à voir tout dans l'homme et dans la société , sous le rapport des sens ,. passait de la société domestique dans la société publique , et y faisait les mêmes ravages. •

Si l'homme ne vivait que d'une existence physique, on lui ôtaittout, absolument tout, en l'en privant 5 la mort physique était un malheur sans compensation , et loin d'être Je remède à aucun mal, elle était elle-même le plus grand des maux. La justice humaine n'avait donc pas le droit de condamner à mort, même l'assassin et le parricide, ni de réparer un mal, par un mal aussi grand ; et la philosophie proposa partout, et effectua^ dans quelques £tats, l'abolition de la peine de mort , premier moyen de conservation de la société. Non-seulement l'arutoritê publique ne pouvait pas infliger la peine de mort aux citoyens , mais elle devait surtout embellir leur vie , et l'on vit les gouvernement , comme transportés par une manie soudaine de philantropie , car c'est le mot consacré ^ ne rêver qu'argent pour eux , et

( xxx^î) ) commercé pour ïeurà sujets; mettre la veTtft dans le goût des arts , la force daiis la population , la richesse dans le numéraire , lé bonheur dans les plaisirs , négliger llnstruction publique , et surtout celle de l'exemple , détruire des établissemens religieux pour établir des fabriques ou des théâtreé, et croire remplir tous leurs devoirs envers leurs peuples , en leur donnant du pain et des spectacles.

Le goût des jouissances purement domestiques l'emportait sur l'honneur d'exercer des fonctions publiques. Grâces à ces doctrines insensées , lei magistrats civils et militaires ^ des ministres de la religion et de l'Etat , les chefs eux-mêmes se croyaient des abus , dont ils attendaient , dont ils provoquaient la réformation. Chacun voulait être dans ses terres • sur ses livres, avec ses amis , txîcupé de ses affaires , et plus encore de ses plaisirs. La vie publique n'était qu'une tyrannie ; on ne jouissait que dans la vie privée ; l'Etat n'était plus considéré que comme une mine à exploiter; ce n'était plus à force d'hommes , mais à ' force d'argent^ qu'il pouvait se faire servir.

iembUble à. ce9 ttiaîtrea d^cri^s > <]tii. fie trouvent des servil-ç^urs , qu'en donnitat d^ p\m forts g^ges*

Lés sciences quon çippelle nature lies , et qui seraient beaucoup mieux nommées ma^ térîellàs^ parce qu*ellés ont pour objet le$ j-apports entre les corps , prenaient, le pft# lur les sciences sociales et intellectuelies ; théologie, morale, politique, jurisprudence^ qui traitent des rapports entre les êtres inlelligeus , et par là même raison > les arts rnécaniques , les arts de Tbomme physique , étaient cultivés avec plus de goût et die succès que les arts de Tesprit , l'éloquence et lapoésiç», expression la plus noble de l'être pensant» Nos grands poètes du dernier siècle^ ou ceux du nôtre > qui appartiennent encore à cette 'époque mémorable de l'esprit Jiui^ain ^ avaient marché à la lumière que de profonds penseurs^ leurs contemporains, Avaient répandues sur la nature de Dieu et de l'homoie, et sur leurs rapports , et jk avaient exprimé avec ujpe perfection înimi-r table , l'homme , ses devoirs , ses vertus et $es passions ; dans notre siècle où une triste idéologie qui n*est qu'un chapitre • 3e I4

Page 1