DE LA SOCIÉTÉ CHEZ LES PEUPLES CHRÉTIENS
Le progrès des connoissances humaines suit
. Ja marche des siècles, parce qu’elles s'appuient
sur l'expérience des temps. Les sages de Ia
Grèce et de Rome pouvoient avoir le cœur plus droit que nos sages, et même quelques--
uns lesprit plus pénétrant; mais il y avoit
moins de lumières de leur temps que du nôtre, parce que le monde avoit moins vécu, et que l’homme avoit moins d'expérience : et si, aujourd’hui, après cinq mille ans de la législation mosaïque, que lesanciensne connoissoient pas ou ne connoissoient qu’imparfaitement ; après deux mille ans de christianisme, qu'ils n’avoient pu voir, quatorze siècles de consti-
tutions religieuses et politiques en Europe,
fondées sur des lois naturelles, trois siècles
de discussions politiques et religieuses les plus
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savantes, dix ans enfin d’une révolution po-
litico-religieuse, et d’une expémiënce qu’on
peut regarder comme l’analysæde l’histoire
entière des sociétés humaines, si aujourd’hui
. les auteurs du nouveau projet de Code civil, distingués par leurs connoissances chez une
nation distinguée elle-même par ses progrès, après avoir reconnu cette vérité ignorée des anciens, « que quand les abus sont les ouvrages » des passions, ils peuvent être corrigés par » les lois; mais que quand ils sont l’ouvrage » dés lois, le mal est incurable, parce qu'il est » dans le remède méme; » s'ils ont porté la loi du divorce comme un remêde au mal des séparations, et mis ainsi, comme ils le disent eux-mêmes , « un libertinage régulier et une » Inconstance autorisée à la place du mariage » même; » s'ils ont posé en principe, « que » les lois sont faites pour les hommes, et » qu'elles ne doivent jamais être plus par- » faites que leur état ne peut le comporter, » au lieu de reconnoître que les lois sont faites contre les passions des hommes, et qu’elles doivent être aujourd'hui aussi parfaites que l’âge de la société le permet, et que ses besoins le demandent; si, au dix-neuvième siècle,
lorsque toué est consommé pour la société, ils
permettent le divorce à des Français, tandis. qu’il faut commencer l'éducation du sauvage par lui interdire la polygamie ; si, enfin, lorsqu'il ne peut être question que de lois plus ou moins parfaites, mais toujours naturelles, ils nous donnent une loi vicieuse et contre nature, en permettant à la femme de s'élever contre son époux, et de lui arracher ses enfans ; je le dis avec une profonde conviction : le lésislateur des chrétiens, s'il n’eût été qu’un homme, n’en auroit pas plus su de son temps que les rédacteurs du projet du Code civil n’en savent du leur, parce qu'ils ont ajouté dix-huit siècles d'expérience à celle qu'il avoitte son temps, et que l’homme qui devance d’autres hommes ne devance jamais la société. Il auroit donc pensé, il auroit parlé commé les hommes d'alors pensoient et parloient : il auroit, comme nos lépislateurs, consulté les
. mœurs et les caractères, accommodé ses lois
aux penchans des hommes, au lieu de redresser leurs penchans par ses lois; et loin de s’arrêter au divorce, qui n’étoit plus un remède au mal, mais un moyen de le commettre, 1l auroit cherché un remède au divorce iui-
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