‹ Du divorceChapitre 28 sur 41 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

« Lunciscareurs ;, Car c’est à vous seuls que je m'adresse, ceux dont vous avez recueilli l’héritage ont proclamé la souveraineté du peuple, et c’est en son nom qu’ils lui ont donné des constitutions politiques , et que vous lui donnez vous-mêmes des lois civiles: Mais la nation française vous at-elle donné, a-t-elle pu même vous donner le pouvoir de dénaturer sa constitution domestique, inébranlable fondement de l'édifice qu’elle habite depuis tant de siècles? Avez-vous pu croire que les pères de famille, réunis dans les assemblées primaires, aient consenti à abdiquer en vos mains le pouvoir domestique , qu'ils tiennent de la nature même, afin que leurs femmes regussent de la loi le pouvoir de s'élever contre eux, de discuter leurs actions, de les trainer. devant les tribunaux , d'y faire prononcer: 4 leur déposition, pour transporter en d’autres

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mains l'autorité maritale, ou soustraire leurs enfans à l'autorité paternelle? Non, le peuple français n’a pas oublié à ce point la nature, la raison et sa dignité; et si vous en doutez, voyez avec quelles marques éclatantes d’improbation il rejette au théâtre (1) cette loi qui est l'objet des plus sérieuses délibérations des autorités publiques; et vous-mêmes, législateurs, ne la marquez-vous pas, à sa naissance, du sceau de la réprobation, et ne diroit-on pas, aux difficultés dont vous entourez son exécution, que vous ne nous la permettez qu’à condition que nous n’en ferons jamais usage?

» Une partie de la nation, dites-vous, pro— fesse une religion qui tolère le divorce (2)... Mais comptez-vous pour rien la nation entière, qui professe une religion qui le défend ? Et si vous ne pensez pas devoir ôter à quelquesuns ce qui nest pour eux qu'une simple faculté, pourquoi permettez-vous au plus grand

(1) À la représentation de la pièce de Aimable Vicillard, que les spectateurs ne voularent pas laisser achever. Encore la proposition du divorce n’y étoit-elle que simulée.

(2) Depuis l’accroissement de la France, et par les derniers recensemens , les protestans des deux communions font à peu près le quarantième de la population totale.

nombre ce qu’ils regardent comme un crime?

» Vous accordez le divorce, parce qu’une partie de la nation professe une religion qui en tolère la faculté;.... mais permettriez-vous le vol aux sectateurs d’une religion (et il y en a eu) qui établiroit en principe la communauté des biens ?

»Vousrespectez la faculté du divorce comme une tolérance de la religion protestante, et vous ne respectez pas la séparation, qui estune tolérance de la religion catholique! Vous permettez aux uns Ja rupture du lien conjugal, trop souvent sollicitée par de folles passions “ou de vils intérêts, et vous en interdisez aux autres tout relâchement, souvent nécessaire pour prévenir de plus grands éclats, et quelquefois les derniers malheurs! et vous placez les citoyens les plus attachés aux maximes sévères de leur croyance, dans une situation au-dessus des forces de l’homme, parce qu’elle est contraire à sa raison, entre deux devoirs contradictoires et également impérieux (41)!

» Mais, au fond, il n’y a pas, même sur cette question , entre les deux partis que votre loi

(1) Le Code civil a admis la séparation.

imprudente fait revivre, autant d’opposition que vous en supposez. -

»Le principe de lindissolubilité naturelle du lien conjugal est universellement recu de toutes les communions chrétiennes; et nonseulement les réformés le reconnoissent dans la spéculation, mais ils le suivent dans la pratique, puisque partout où la foiblesse de leur doctrine est contenue par la présence d’une doctrine plus sévère, ils ne font que rarement usage du divorce, même autrefois en France, quoique leurs mariages, loin d’y être garantis par la loi, n’y fussent pas même connus du législateur. Mais les protestans diffèrent des catholiques sur la question du mariage, en ce que les protestans en croient l’indissolubilité naturelle, et ne la croient pas religieuse, et que les catholiques croient l’indissolubilité religieuse, à cause qu’elle est parfaite ou naturelle, et qu’elle a été ainsi au commencement. Ils croient qu’il n’y a rien de plus religieux que ce qui est naturel ou bon ; que l’homme ne peut dissoudre ce que la nature, et par conséquent son auteur, à uni; car c’est-là le sens de ce passage : Quod Deus conjunæxit, homo non separet ; et que le législateur universel,

— 230 — | dont toutes les communions chrétiennes reconnoissent la divine sagesse, venu, dit-1l luimême, pour accomplir la loi, c’est-à-dire, pour la perfectionner en la conformant en tout à la nature des êtres, n’a pu rien permettre de contraire à la nature. Les rédacteurs du projet de Code civil établissent eux-mêmes le principe de l’indissolubilité naturelle du lien conjugal , lorsqu'ils disent : « Que le mariage, » considéré enJui-même et dans ses rapports » naturels, offre l’idée fondamentale d'un con- » trat perpétuel par sa destination, et que le » vœu de la perpétuité dans le mariage, parait » le vœu même de la nature;» et cependant ils concluent contre le principe des catholiques, contre le principe des protestans, contre leur propre principe, contre la nature, contre la raison, qui dit que ce qui est indissoluple par la nature, ne peut être dissous par l'homme; ils violent la conscience du plus grand nombre, pour faire jouir la conscience du plus petit d'une simple tolérance ; ils induisent ceux-ci à devenir coupables, de peur d'obliger ceuxlà à être conséquens; et ils affoiblissent les

forts, quand il faudroit aider et encourager le foibles. | |

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