‹ Du divorceChapitre 29 sur 41 · RE", : |: RE · texte numérisé non relu

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» Vous ne voulez pas gêner les croyances religieuses... Si vous enjoigniez aux protestans de croire la présence réelle, ou aux catho: liques de croire lPinamissibilité de la justice, vous gêneriez des croyances religieuses ; mais aussi vous ne seriez pas obéis, parce que les croyances, religieuses ou politiques, sont hors de votre compétence. Mais le divorce est, non pas une croyance, mais une action sociale, c'est-à-dire domestique dans son principe, publique dans ses effets, comme le mariage et comme l’homme lui-même ; une action que la religion prescrit ou défend, comme toutes les actions sociales; car, remarquez que la séparation, qu'elle ne fait que permettre, n'est pas une action sociale, puisqu'il n’en résulte aucun nouvel état de société : or, vous prétendez avoir le droit de permettre, d’interdire, de régler les actions sociales, même religieuses, qui, exercées hors de l'enceinte des temples, rentrent dans la classe des actions civiles. Ainsi vous avez changé la loi fondamentale du culte religieux, qui consacre Île septième jour au repos physique, en ordonnant ce jour-là les travaux publics, ou permettant les travaux domestiques, et fixant au

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dixième ] jour le repos dde 1); ainsi vous interdisez les cérémonies du culte et les vêtemens religieux hors des temples, actions bonnes en elles-mêmes, ou tout au moins indifférentes; et vous semblez croire qu’un divorce est moins extérieur qu'une procession, ou moins attentatoire à l'ordre public qu'un habit long. Vous respectez dans le divorce une

croyance religieuse;.... mais vous ne permettriez pas à des Chinois établis en France, et maitres, par vos lois, d’y exercer leur culte, de sacrifier leurs enfans à l'esprit du fleuve, en les noyant même dans leurs temples ; aux veuves indiennes, de se faire brüler sur le corps de leurs époux ; aux Turcs même, d’avoir des karems au milieu de Paris, quoique leurs croyances religieuses leur permettent ou leur prescrivent toutes ces actions. Direz-vous

(r) La loi du dimanche ne prescrit la suspension de l’action physique et domestique, qu’afin que l’homme puisse vaquer à l’action religieuse ou au culte. Le décadi, au contraire , est un jour de repos absolu, et rien dans la nature, hors Dieu seul, ne repose. Voyez dans un petit ouvrage , composé par un homme très-instruit, et imprimé hez Didot, les raisons naturelles de l’ancienne division du emps. |

que l’infanticide est plus opposé à la nature que le divorce mutuel, ou la répudiation du mari par la femme? L’infanticide détruit l'homme ; le divorce dissout la société. L'enfant n’est pas naturellement immortel; le mariage est naturellement indissoluble. L'exposition des enfans ne produit pas le divorce; le divorce produit l'abandon des enfans, et souvent compromet leur vie. Les mœurs, à Rome, auroient résisté à la loi atroce de linfanticide, pratiquée dès les premiers temps, et elles ne purent résister à l’usage fréquent du divorce, qui s’introduisit sur la fin de la république, parce que linfanticide est l’abus de l'autorité paternelle, et que le divorce est l’anéantissement du pouvoir domestique.

» Vous ne voulez pas gêner les croyances religieuses... Mais est-ce la croyance de ja faculté du divorce, ou la croyance de l’indisso- Jubilité du lien conjugal, qui est une croyance religieuse ? Je vois ce qu’il y a de religieux à croire que la société, instituée par Dieu contre les passions humaines, ne peut être dissoute par l'homme, et au gré de ses caprices; que le: A qui doit être le remède de la vo- . lupté, n'en seroit que l’aiguillon et le moyen,

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si la faculté du divorce livroit sans cesse de nouveaux objets aux désirs de l'homme; et que le père des humains n’a pas établi entre ses enfans une société où l'être foible, livré Sans condition au plus fort, ne trouvât pas, contre ses propres passions, une protection perpétuelle en échange d’un sacrifice irrévocable. Hors de là, je suis loin de voir des croyances religieuses, je ne vois pas même des croyances raisonnables.

» Prenez-v garde : le divorce ne pourroit être une tolérance religieuse que pour ceux qui voient dans le mariage un lien religieux, et qui, comme lés Juifs, en permettroient la dissolution à la même autorité qui la formé.

Mais comment peut-il être une faculté religieuse pour Ceux qui ne voient rien de sacré dans l'institution ? Par quelle inconséquence faire de la faculté du divorce un dogme, quand on ne fait pas du mariage un sacrement ? et comment une loi civile, donnée par Solon à un peuple idolâtre, peut-elle être une faculté religieuse donnée par Jésus-Christ à des chrétiens ?

» Mais, après tout, la religion chrétienne ne bre rien; ni le mal, puisqu’elle Je dé-

fend ; ni le bien, puisqu'elle l’ordonne. Elie ne tolère que la perfection , c’est-à-dire qu’elle la conseille ; et bien loin de tolérer le divorce, qui donne à l’homme la faculté de renvoyer la fille de son prochain, et d’épouser sa femme, elle permet la faculté du célibat, en permettant à l’homme de se destiner au ministère de la société religieuse. Et il ny a pas à s’en étonner, ni, comme f’ont fait nos philosophes, à en prendre occasion de déclamer contre la religion , puisqu'on voit la société politique, forcée d'employer à son service toute la jeunesse d’une nation, lui rendre le célibat indispensable, et condamner même le plus grand nombre à uñe mort prématurée, avant d’avoir goûté les douceurs du mariage.

» Il est temps de le dire : le divorce est une opinion purement humaine; et certes, lorsque tous les partis convenoient de l’indissolubilité naturelle du lien conjugal, il y avoit peu de philosophie à en conclure qu’il pouvoit être humainement dissous. C’est cependant cette conclusion que tirèrent les réformateurs du seizième siècle; mais au fond, législateurs, qui êtes venus vous-mêmes réformer une grande nation , leurs droits à réformer étoient-1ls

meilleurs que les vôtres? Leurs partisans ne leur attribuent aujourd’hui aucune mission divine, et ils n’avoient pas, comme vous, été envoyés par des assemblées électorales :

ou si l’on vouloit, aujourd’hui comme de leur temps, regarder la propagation rapide de leur doctrine comme un miracle qui prouve la vérité de leur mission, quel avantage n’auriezvous pas sur eux, même sous ce rapport? Luther, au seizième siècle, entraina des Allemands et des Suisses, et vous, au dix-neuvième siècle, vous vous êtes fait obéir par des Français (4). |

» Plus éclairés aujourd’hui par Îles progrès des temps et des lumières, et plus forts par les. moyens dont vous disposez, osez (2) réformer

( 1) Les sectateurs de Luther regardoïent les progrès rapides de sa doctrine comme un miracle qui prouvoit sa mission ; et certes, il est vrai que les opinions de Luther firent à leur naissance bien plus de bruit que la doctrine même de l'Evangile. Il est des opinions qui font explosion comme un volcan, et qui entraînent tout comme des torrens grossis par l'orage ; il est des doctrines qui gagnent peu à peu, et par des progrès insensibles, comme la päte qui fermente, ou comme a graine qui prend racine avant de s’élever et de devenir un grand arbre. |

(2) La délibération seule, pour savoir si l’on doit ad-

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= 231 les réformateurs eux-mêmes : tant d’autres l'ont fait depuisqu'ils ont paru. Ne parlez pas, au nom de l'Eglise catholique, on ne vous croiroit pas; parlez au nom de la nature et de la raison, et l’on vous écoutera. Que dis-je! les réformateurs eux-mêmes réformeroient aujourd’hui leurs principes, et ils jugeroient qu’au dix-neuvième siècle, au siècle des richesses et des arts, le divorce doit produire des effets bien plus funestes qu’iln’en a produits au seizième siècle, lorsqu'il n’y avoit encore nt grandes villes, ni commerce, ni théâtres, nt promenades publiques, ni statues, ni romans, quéles époux ne connoiïssoient que leurs foyers, et les citoyens d’autres lieux publics que l'hôtel de ville et Féglise ; et déjà ne voyons-nous pas leurs descendans, fatigués du joug intolérable de la licence, s'élever contre la faculté du divorce, et le parlementd’Angleterre délibé rersur son insuffisance? Entendez Mr Necker, tout attachée qu’elle est à la rekigion calvi-

mettre le divorce ou Île rejeter, est un coup mortel porté à la religion protestante comme à la religion eatholique ; car si l’on a pu admettre le divorce contre les principes de l’une, on pouvoit le rejeter contre les opinions de l'autre.

— 238 — | piste, approuver sur ce point la doctrine de l'Église catholique. « Avant de blâmer, dit- » elle, les pères de l’Église, qui ont élevé le » mariage au rang des sacremens, il falloit » connoître le principe de cette décision. Un » peu de réflexion nous persuadera que rien » n'étoit plus conforme à l'indication, aux lois » et aux droits de la nature : car faire du » mariage un contrat simplement civil, c’est » prendre, pour base de cette institution, la » circonstance la moins importante. Et en » effet, la fortune, l'État, toutes les conve- » nances du ressort civil, sont de simples acces- » soires dans un engagement destiné à l’asso- » ciation des cœurs, des sentimens, des ré- »putations et des vies; et puisque toutes les » grandes affectations ont êté constamment » jointes à des idées religieuses, puisque, dans » la société, les sermens cimentent tous les » engagemens que la loi ne peut surveiller, » pourquoi excepter le mariage dè cette règle » générale, le mariage, dont la parfaite pu= » reté ne sauroit avoir de juge et de témoin » que notre propre conscience ? L'exclusion » de la polygamie et du divorce, dit M. Hume » (dix-huitième Essai), fait suffisamment con-

— 239 — | »noître lutilité des maximes de l'Europe, » par rapport aux mariages. »

» Ici mème les inconséquences se multitiplient : le Code civil propose le divorce, à cause des luthériens et des protestans, etil ne le propose, ni comme Luther, ni comme Calvin. En effet, Luther, dans son premier ouvrage de la Captivité de Babylone, désire que le lien conjugal puisse se dissoudre pour cause d’adultère ou de désertion malicieuse: mais, encore timide, il n'ose le déclarer dissous.

Trois ans après, devenu sansdoute plus habile ou.moins retenu, il permet le divorce pour ces deux motifs, et même pour quelques autres. Mélancthon, le plus savant de ses disciples, réduit les causes à deux, l’adultère et l'abandon. Calvin dissout le lien conjugal pour cause d’adultère, ou lorsqu'une des deux parties, étant chrétienné, veut se séparer de la partie idolâtre; en sorté que, laissant à part les variations des chefs et les extravagances de quelques disciples, entre autres de Bucer, qui permettoit le divorce pour le plus léser mécontentement, les réformés de toutesles sectes conviennent dans céseul point, que le lien conjugal est dissous pour cause d’adultèreet d'abandon:

» Les lépislateurs de 92 viennent à leur tour; ils enchérissent sur ceux qui les ont précédés, en décrétant le divorce pour incompatibilité d'humeur; et même les rédactéurs du projet de Code eivil déclarent la demande en divorce admissible , pour délits et crimes de l’un des époux envers l'autre, c’est-à-dire, comme l'explique le projet, 1° pour sévices et mauvais traitemens , et la conduite habituelle de l’un des époux envers l'autre, qui rend à celuici la vie insupportable ; 2° par là diffamation publique; & par l’'abandonnement du mari par la femme, ou de la femme par le mari; 4° par l'attentat d’un époux à la vie de l'autre; 5° enfin, et comme par post-seriptum, par l’adultère de la femme, accompagné d'un scandale public, et prouvé par des écrits ma nés d'elle, et par celui dumari qui tient sa concubine dans la maison commune. En sorte que de toutes les causes de divorce, la plus commune à la fois et la plus légitime, la seule autorisée dans l'Evangile, selon les protestans, et qui donne lieu, selon les catholiques, à la demande en séparation, l’adultère, est précisément celle qu’il deviendra désormais impossible de prouver : car les femmes sont bien

averties par cette loi, qu’elles peuvent tout permettre à leur foiblesse, hors d'écrire à leurs amans; les hommes, tout permettre à leurs passions, hors de loger la concubine sous le même toit que l’épouse; et à moins d’une solennelle prostitution sur les places publiques, comment prouver aucun scandale public à où l'extrême facilité des mœurs permet toutes les légèretés et ne connoit presque plus d’inconséquence ? Et certes, on ne peut s'empêcher de remarquer quelle terrible oppression pèsera sur la femme, dont l’état et l'honneur tien- . dront désormais à un écrit, dans un temps où l’art d’altérer, d'enlever, de contrefaire les écritures, a été porté à une sr déplorable perfection (1)...

» Admirez cependant le progrès de certaines doctrines, et comment l’homme, une fois écarté du sentier étroit de la vérité, s’égare à mesure qu’il avance dans les routes infinies de l’erreur, et ne peut trouver le repos qu’en

(1) Le tribunal de Mayence vient de prononcer le divorce entre le.comte et la comtesse de Linange-Guntersblum , qui ont eu ensemble plusieurs enfans, pour une lettre inju-

rieuse écrite par le mari à la femme.

revenant au point fixe d’où il est parti. Grâces à là force de nos lois, et malgré la frivolité de nos mœurs, les formes du mariage étoient, en France, plus sévères, et ses effets beaucoup mieux assurés de nos jours qu’ils ne l’étoient autrefois. La nécessité de la présence du propre pasteur, pour la validité des mariages, prévenoit les unions clandestines ; la nécessité du consentement des parens empêchoit les enga- #emens imprudens; et la bâtardise même, en dépit de la philosophie, devenoit de jour en jour plus déshonorante. Et même, dans les hautes classes de la société, le divorce, toléré par les constitutions des empereurs grecs, la répudiation quelquefois pratiquée chez les Frances , avoient disparu de nos lois et de nos mœurs, et le christianisme travailloit depuis quinze siècles à conduire l’homme à la perfection de l’âge viril, en lui donnant sur ses devoirs des idées plus ‘justes, rendues sensibles par une expression plus décente dans le discours : et voilà que dans moins de trois siècles, une sagesse purement humaine, tantôt sous un nom, tantôt sous un autre, à fait rétro- grader la société jusqu'aux habitudes imparfaites du premier âge, et l’a même rejetée au-

a ARS ie delà de la barbarie de l’état le plus sauvage; comme si les êtres moraux étoient, dans leurs progrès, soumis à des lois semblables à celles des corps graves dans leurs mouvemens, aussi retardés dans l'ascension qu'ils sont accélérés dans la chute. |

» En effet, avant Luther et Calvin, il yavoit des passions parmi les. hommes, comme il y en a eu depuis, comme il y en aura toujours; mais il n’y avoit, dans le monde chrétien, ni divorces, ni séparations, et même on n’étoit pas loin du temps où les papes contenoient les peuples, encore grossiers et peu éclairés, par de grands exemples, et frappoient de leurs censures les rois qui contractoient des nœuds illégitimes, ou qui brisoient des nœuds solennels. A peine la réformation a ouvert aux passions la porte du divorce, qu’elles s'y précipitent en foule, qu daté porté ruunt ; et lorsque les divorces commencent parmi les protestans, l’usage, et bientôt l'abus des séparations, s'introduit chez les catholiques, et va toujours croissant. La philosophie paroït à la fin des temps, et non-seulement elle permet, comme les chefs de la réforme , la dissoiution . du lien conjugel, mais elle le permet avec

— 244 — | toutes les variantes de leurs disciples : elle y ajoute les siennes, et le permet pour toutes sortes de motifs, et même pour incompatibilité d'humeur; ou, ce qui revient à peu près au même, pour conduite habituelle qui rend la vie commune insupportable. Car que ne peuton pas comprendre sous le vague de cette expression, aujourd’hui qu'avec le dégoût des plaisirs domestiques, causé par la profusion des plaisirs publics, ou par l'excès des plaisirs clandestins, tant d'hommes et de femmes, consumés de dégoûts et d’ennui, loin de pouvoir se supporter mutuellement, blasés sur toutes les jouissances, et même sur la vie, ne peuvent plus se supporter eux-mêmes? Le divorce est permis pour des motifs tels que nul contrat, dans la vie civile, ne seroit possible, s’il pouvoit être résilié sur des prétextes aussi vagues. Encore une lésislature, et nous tombons dans la communauté des femmes et la promiscuité des brutes; car la foiblesse de l’autorité maritale ne permettroit pas de s'arrêter à la polygamie des Orientaux. Les législateurs futurs auroient, pour justifier la communauté des sexes, les motifs que les législateurs passés et présens ont eus pour proposer une faculté

de divorce aussi étendue; et si les uns y ont été déterminés par la fréquence des séparations, les autres s’excuseroient sur la multitude des concubinages. Car, n’en doutez pas, lésislateurs, déjà l’on contracte moins, et bientôt on ne contractera plus des liens avilis par extrême facilité de les rompre. « Du temps » que les divorces étoient en vogue chez les » Romains, dit Hume dans ses Æssais, les ma- » riages étoient rares au point qu'Auguste se » vit obligé de forcer les citoyens à se ma- » rier. » Et quel intérêt pourroit faire sup porter à l’homme les soins et les embarras domestiques, dans-un pays où l’homme, avec une femme et des enfans, n'est pas sûr, grâces à la faculté du divorce, d’avoir jamais une famille ?

» Ainsi, depuis trois siècles qu’une philosophie humaine dicte des lois à l'Europe, elle lui a donné le divorce, la démagogie, lPindifférentisme pour toute religion. La France, sa dernière conquête, a supporté le poids de ses mépris et de son orgueil ; vil sujet de toutes les expériences, et jouet de tous ses caprices, elle en a reçu le temps de /a terreur, le règne des sans-culottes, la doctrine de Chaumette

et de Marat, la tyrannie de Robespierre, le culte de la déesse Raison, et elle a pu s’appliquer ce que Tacite dit avec tant d'énergie des Bretons, derniers venus sous la domination romaine : « /n hoc orbis terrarum vetere famulatu novi nos et viles in excidium petimur.»

» Ainsi les mœurs de l’homme se sont cor-.

rompues à mesure que les lois de la société se sont affoiblies, et les lois se sont affoiblies à mesure que les mœurs se sont corrompues ; ainsi les lois ont servi d’aiguillon aux désirs, lorsqu'elles n’ont plus servi de frein aux passions. Et qu’on ne donne pas comme une preuve de la nécessité du divorce la fréquence des séparations. Lépislateurs, connoissez la nature humaine et ses penchans : si vous décrêtiez aujourd'hui qu’il est permis aux enfans de repousser par la force les vivacités de : leurs pères, demain vous seriez entourés de parricides. |

» La loi, direz-vous, permet le divorce ; mais, loin de l’ordonner, elle en gêne la fa-. culté. Mais s’agit-il de rendre le divorce difficile, où de rendre le mariage honorable ? Les passions qui luttent aujourd’hui contre la loi de Pindissoiubilité, respecteront-elles les bar-

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rières dont on entoure le divorce? et n’y en eût-1l, comme chez les Romains, qu'un exemple au bout de plusieurs siècles, la législation française en est-elle moins déshonorée dans son principe, et la nation française moins affoiblie dans ses lois? La loi n’ordonne pas le divorce... Léoislateurs, chez un peuple peu avancé dans les arts, la tolérance du divorce est sans danger, parce qu’elle est sans exemple. À cet âge de la société, l'homme ne voit dans la femme que la mère de ses enfans et la gouvernante de sa maison. Son amour pour elle est de l’estime, et l'amour de la femme pour son époux est du respect. La virginité, la chasteté sont en honneur ; et tous ces raffinemens de sensibilité, qui présentent un sexe à l’autre sous des rapports de jouissance personnelle et d’affections sentimentales, sont inconnues à leur patois Mais lorsqu'une société en est venue à ce point, que les folles amours de la jeunesse, aliment inépuisable des arts, sont devenues, sous mille formes, l'entretien de

tous les âges; lorsque l'autorité maritale y est une dérision, et l’autorité paternelle une ty-

rannie; lorsque des livres obscènes, partout

étalés, vendus ou loués à si vil prix, qu’on

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pourroit croire qu'on les donne, révélent à l'enfant ce que la nature n’apprend pas même à l'homme fait , et que tout l’étalage de l’érudition et toute la perfection de l’art sont employés à nous transmettre l'histoire des vices de la Grèce (1), après nous avoir entretenus si souvent du roman de ses vertus, pour nous corrompre à la fois par les mœurs de ses prostituées , et par les lois de ses sages ; lorsque la nudité de l’homme, caractere distinctif de l'extrême barbarie, s'offre partout à nos regards dans les lieux publics, et que la femme elle-même, vêtue sans être voilée, a trouvé Vart d’insulter à la PHHÈUES sans choquer les bienséances; lorsqu'il n’y a entre les hommes que des différences physiques, et non des distinctions sociales, et qu'à la place de ces dénominations respectueuses qui faisoient disprise les sexes sous la dignité des expres-

irai-je ? que -des mâles et des femelles ; ; lorsque la Lu à perdu toutes ses terreurs, et que des € époux philosophes ne voient dans leurs infidélités

(1) La scandaleuse histoire des courtisanes de la Grèce parut en même temps que la première édition de cet ou

vrage. Heureusement la sottise en diminue le danger. Ce RM [An tm

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réciproques qu'un secret à se taire mutuellement, ou peut-être une confidence à se faire : tolérer le divorce, c'est commander la prostitution et légaliser l’adultère; c’est conspirer avec les passions de l’homme contre sa raison, et avec l’homme lui-même contre la société.

Après cela, fondez des rosières pour récompenser la vertu des filles; faites des idylles pour chanter la félicité des époux ; accordez des primes à la fécondité, et mettez des impôts sur le célibat, et vous verrez, avec tous ces moyens philosophiques, les désordres de la volupté croître avec le désoût du mariage, et nos mœurs devenir, s’il est possible, aussi foibles que vos lois. Le territoire de la France s’est accru ; mais sa dignité, le premier moyen de sa puissance, fondée sur la décence de ses mœurs et la sévérité de ses lois, s’est éclipsée. Les étrangers n’ont pu entamer ses frontières, et ses propres enfans y ont ruiné la famille, la religion et l'Etat, avec la licence du divorce, du philosophisme et de la démagogie.

L'homme moral a disparu : et tel que ces eaux qui se perdent dans le sable, inutiles à la culture quand elles ne sont retenues par aucune digue, son ame n’a plus de ressort, parce que

ses désirs n’ont plus d'arrêt. Ces passions violentes, orage tumultueux du cœur humain, ces combats terribles de Pamour contre le devoir, du plus impétueux des sentimens contre le plus puissant des obstacles, qui honorent la nature humaine, même lorsqu’elle succombe, et dont la fiction excite tant d'admiration, et nous arrache tant de larmes, ne seront plus que des chimères , qu’une postérité dégénérée reléguera au rang des travaux d'Hercule on de la guerre des dieux contre les Titans. Législateurs, fermez ces théâtres, qui firent si long-temps l'ornement de la France. Phèdre, Zénobie, Pauline | Monime, seroient des personnages inconcevables pour une nation qui connoit le divorce. Andromaque (1), réduite à ne pouvoir sauver les jours de son fiis qu'en

manquant à la foi promise à son premier époux,

et jurant de mourir en formant de nouveaux nœuds, n’exciteroit que la risée de femmes qui pourroient se remarier, du vivant même de leurs maris. Ces grandes scènes de la.s0ciété, où l’homme paroït dans toute sa force,

(1) « On ne croit point, dit Racine dans la préface d’An- » dromaque, qu’elle doive aimer un autre mari qu’Hector,

». ni d’autres enfans que ceux qu’elle a eus de lui. ue

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parce que Île devoir s’y montre dans toute sa rigueur, et la vertu dans toute son austérité, neseroient plus dans nos vraisemblances théàtrales ; et puisqu'il faut des spectacles à ce peuple enfant, on amusera son oisiveté avec des bouffonneries (1) de valets, des lazzi d’arlequin , des histoires de spectres et de voleurs.

» Sermens de rester toujours unis, sacrés engagemens que l'amour et l'innocence croient éternels, vous n'êtes point une illusion ! la nature vous inspire à tous les cœurs épris l’un de l'autre; mais, plus forte que la nature, et d'accord avec elle contre nos passions, une loi sainte et sublime vous avoit ratifiés ; et, arrétant pour toujours le cœur de l’homme à ces sentimens si purs, hélas! et si fugitifs, elle avoit donné à notre foiblesse le divin caractere de son immutabilité. Et voilà le législateur du divorce qui a espéré dans notre inconstance, et abusé du secret de nos penchans. Sa triste

(x) Jamais on ne s’est tant moqué, sur le théâtre , des idées bornées du peuple , de ses manières empruntées, de ses locutions vicieuses , que depuis qu’il a été reconnu souverain. Ces peintures gâtent les gens bien élevés , sans corriger le bas peuple, dont il faut respecter la simplesse domestique, et ne pas exagérer les droits politiques.

et cruelle prévoyance est venue avertir le cœur de ses dégoüts, et les passions de leur empire. Comme ces esclaves qui se mêloient au triomphe des conquérans, pour les faire souvenir qu'ils étoient hommes, il vient, mais dans des vues bien différentes, crier à la vertu, aux jours de ses joies les plus saintes, qu’elle est foible et changeante, non pour a fortifier, mais pour la corrompre; non pour lui promettre son appui, mais pour Jui offrir ses criminelles complaisances. Au moment que Îles époux se jurent une éternelle fidélité, que la religion consacre leurs sermens, que des familles attendries y applaudissent, une loi fatale verse en secret son poison dans la coupe de l'union, et cache l’aspic sous les fleurs. Elle fait retentir aux oreilles des époux les mots de séparation et de divorce, et laisse dans le cœur, comme un trait mortel, le doute de sa propre constance, et la possibilité d’un essai plus heureux.

» Et cependant une mêre avoit conduit à l’autel une fille chérie; enivrée des joies maternelles, elle étendoit dans l'avenir les douces espérances de la tendresse, et voyoit dans lobjet de ses affections une femme heureuse et

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üuné épouse honorée. L’infortunée ne prévoyoit pas qu’un jour sa fille, renvoyée, sans honneur, de la maison de son époux, et fuyant devant une orgueilleuse rivale, viendroit arroser le seuil paternel des larmes du désespoir, et reprocher à ses parens le choix d'un perfide; ou que, peut-être, devenue ellemême coupable par la séduction de la loi, elle chercheroit dans la honte un abri contre le malheur, et n'échapperoit à l’opprobre que par l’impudence.

» On parle de population que le divorce favorise , et l’on ignore que si l'union des sexes peuple un pays inhabité, la seule société des époux maintient et accroit la population chez une nation formée, et que le divorce, là où le législateur a limprudence d’en introduire ou d’en conserver la faculté, tue plus de familles

qu'il ne fait naître d’enfans. Les peuplades

sauvages, où tous les individus se marient, sont foibles et misérables; et chez les peuples civilisés, où les besoins de la société condamnent au célibat une grande partie de la nation, l'Etat est populeux et florissant. On plaint les époux que la simple séparation condamne à une austère viduité; mais est-ce aux législa-

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teurs à soigner les plaisirs de l'individu aux dépens de la société? Pense-t-on, avec la facuité du divorce, remédier à tous les désordres de l’incontinence ? et ne sait-on pas qu’une chasteté absolue est moins pénible à l’homme qu’une tempérance sévère ? :

« Le divorce pour infidélité, dit M" Necker, est une flétrissure pour le coupable, et un malheur pour l’offensé; mais il ne peut pas » être plus permis au parjure de former de » nouveaux liens, qu’à un homme mis hors de la loi de rentrer dans le pays où il a été condamné : et quant à l'époux ou l'épouse outragés, le sort est tombé sur eux pour donner un grand exemple de délicatesse. Ils pleureront dans le désert comme Ja fille de Jephté; mais ils vivront solitaires comme elle, par respect pour des vœux prononcés en présence du ciel. Beaucoup de gens se sont destinés au célibat, qui n’ont pas eu » des motifs si purs et si respectables. »

» Vous reprochez à la loi de l'indissolubilité sa perfection , et il n’est question que de notre perfectibilité ; vous taxez cette loi d’impraticable, et elle est presque partout pratiquée, au moins de fait : car là même où le divorce

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mu 255 — est permis, il est toujours plus rare que le mariage non dissous. Mais voyez aussi les sophistes, qui accusent de sévérité la loi qui punit de mort l'homicide. Etrange inconséquence ! les déistes trouvent l’homme trop vil pour que l’Ëtre suprême daigne s’abaisser jusqu’à lui; J. J. Rousseau trouve l’homme trop borné pour qu’on puisse, avant l’âge de quinze ans, lui apprendre qu'il a une ame; les lésislateurs modernes trouvent l'homme trop imparfait pour qu'ils puissent lui donner des lois fortes : et cependant ils font de l’homme, ils font du peuple, le législateur infaillible, le souverain universel ; et de tant d’imperfections dans les élémens , ils composent la perfection même dans l’ensemble. La loi de l’indissolubilité trop parfaite! Eh quoi! le législateur des chrétiens, au milieu de toutes les voluptés paiennes et de toutes les grossièretés judaïques, a dit aux hommes : Soyez parfaits; et aussitôt ils ont rejeté de la société toutes ces lois imparfaites ou corrompues de leur enfance; l’esclavage, la polygamie, les spectacles atroces et licencieux , la divination, le sacrifice des victimes humaines, l’immolation des animaux, etc. etc. Encore aujourd’hui, des hom-

mes, se disant envoyés par lui, plantent une croix de bois dans le désert, et, ministres de cette autorité nouvelle, ils changent en un jour les usages des temps anciens, commandent à l’homme nu de se vêtir, à l’homme errant de se fixer, à l'homme chasseur de cultiver la terre, au polysame de s'unir à son semblable d’un lien indissoluble, à l’idolâtre d'adorer un seul Dieu, créateur et conservateur : et ils sont obéis; et la politesse commence avec le christianisme; et les douceurs de la vie, en même temps que les devoirs de la société: et la culture des arts utiles, en même temps que le culte de Dieu; et telle est la force de cette doctrine sévère, d'autant plus naturelle à la raison de l’homme, qu’elle est plus opposée à ses penchans, que des milliers de chrétiens, dont l’esprit étoit aussi juste que le cœur étoit droit, ont souffert pour rester fidèles à ses croyances, selon vous incroyables, à ces pratiques que vous taxez d’impraticables, des maux et des tourmens que le philosophe n’endureroit pas pour soutenir sa facile doctrine, et conserver ses mœurs licencieuses. Et vous, législateurs, après que l'homme sorti de la foiblesse et de l’enfance, a atteint, à

J'aide du christianisme, la mesure de l'âge vin, et la plénitude de la perfection el virum perfectum in mensuram ætatis plenitudinis Christi, vous voulez le faire redescendre aux puérilités du premier âge, et remettre au lait de l'enfance des hommes accoutumés à l'aliment substantiel de la religion chrétienne. « Vaine et fausse philosophie, s'écrie saint .» Paul, qui veut ramener le monde aux élé- » mens de son enfance, et le faire déchoir » de la dignité du christianisme ! » J’idete ne quis vos decipiat per philosophiam, et inanem fallaciam , secundum elementa mundi et non secundüm Christum. |

» Le monde verra donc ce qu'il n’avoit pas encore vu : des législateurs proposer des lois ioibles à un peuple accoutumé à des lois fortes, et qui les réclame comme sa propriété ; 1l verra des sages, moins sages que le vulgaire, le forum plus grave que le sénat, et le théâtre plus austère que le Portique. Car le peuple français, même dans les classes les plus obscures, repousse avec horreur la faculté du divorce, dont son bon sens, que n'ont point altéré les doctrines philosophiques, lui fait apercevoir l’injustice et le danger.

. « Législateurs, vous dit-il, pourquoi les » hommes seroient-ils aujourd’hui au-dessous » de la perfection dans les lois, puisqu'ils la » connoissent mieux que jamais, et qu’ils en » ont fait si long-temps la règle de leur con- » duite’ S’est-il opéré quelque changement » dans la nature humaine? Le Français est-il » moins éclairé, après un siècle de lumières, » ou moins fort, après les jours de ses con- » quêtes ? Vous voulez nous rendre meilleurs, » et vouscommencez par nous permettre d’être » mauvais; vous nous tracez des règles, et » elles sont moins droites que nos penchans.

» Que voulez-vous que nous fassions d’un ap- » pui qui ne saüroit noussoutenir ? Vous nous » dites que vous avez consulté nos mœurs, et » vous n’avez pris conseil que de nos passions: » vous avez fait des lois pour la volupté et » pour l’inconstance; vous avez obscurci l'œil, » qui doit éclairer le reste du corps, et faussé » Ja règle, pour rendre impossible le redres- » sement. »

» Les rédacteurs du projet ont vu, disentils, l’action du temps et la marche des événemens, et ils n’ont vu que l’action de l'homme et la marche de ses passions. L'homme dété-

riore, mais le temps perfectionne, parce que le temps découvre la vérité: et au lieu d’enchatner l'action du temps, comme ils l’ont dit, il faut aider l’action du temps et enchaïner celle de l’homme. Ils ont vu quelques hommes pratiquer le divorce, et ils n’ont pas vu la société qui le repousse des nations même où il est depuis long-temps en usage, et qui, travaillées intérieurement de ce principe de mort, ne trouveront la paix qu’en revenant à l’ordre qu’elles ont abandonné. Car, vous dit votre oracle, si le législateur, se trompant dans son objet, établit un principe différent de celui qui naît de la nature des choses , l'État ne cessera d'être agité, jusqu'a ce qu'il soit détruit ou changé, et que linvincible nature ait repris

son empire. (Contrat social.)

» Profitons de cette sage leçon; osons penser comme des êtres raisonnables, et dire comme des hommes libres: que l'Etat n’a de pouvoir sur la famille que pour en affermir les liens, et non pour les dissoudre; et que si l'Etat détruit la famille, la famiile, à son tour, se venge et mune sourdement l'Etat. Hélas!

nous ne disputons pas au gouvernement le pouvoir terrible, mais nécessaire, d’anéantir

nos familles, en sacrifiant à sa défense ceux que la nature destinoit à les perpétuer, et que nous avions élevés dans une autre espérance ; mais nous Jui disputons le droit de les corrompre, en y détruisant l'autorité dans le mari, la subordination dans la femme, la dépendance dans l'enfant, et en ne nous laissant pas, contre la dépravation publique, Pasile des vertus domestiques ; et, puisqu'il faut le dire, on n’a que trop entretenu les peuples du devoir qu'ils ont de réclamer leurs droits, et on ne leur a jamais parlé peut-être du devoir qu’ils ont de défendre leurs vertus.

» Législateurs, vous avez vu le divorce produire la démagogie, et la déconstitution de la famille précéder celle de PEtat. Que cette expérience ne soit perdue ni pour votre intruction ni pour notre bonheur. La famille demande des mœurs, et l'Etat demande des lois. Renforcez le pouvoir domestique, élément naturel du pouvoir public, et consacrez lentière dépendance des enfans, gage de la constante obéissance des peuples. Gardezvous de créer des pouvoirs, là où la nature n’a mis que des devoirs, en décrétant l’égalité civile de personnes distinguées entre elles

Fe

par des inégalités domestiques. Condamnés à rebâtir l'édifice, puisque vous avez hérité de ceux qui l'ont détruit, et maitres d’en coordonner toutes les parties à un plan régulier, n y laissez rien de vicieux , si vous ne pouvez pas en bannir toute imperfection. Un gouvernement sage dispose tout pour le bien, même lorsqu'il ne peut pas tout faire pour le mieux; et ce n’est pas un vide à combler que le divorce, comme dit le projet, c'est un chancre à extirper. | |

» Depuis dix ans passés, les hommes, en France, fabriquent des lois foibles et passa- gêres comme eux : déclarez enfin ces lois éternelles, que les hommes ne font pas (1), et qui font les hommes. Ce n’est pas sur les lois fondamentales, principes de toutes les lois subséquentes et réglementaires, qu’il est absurde de se livrer à des idées absolues de perfection, parce que la bonté de ces lois est absolue, et qu’elles sont immédiatement ÉMANÉEs de la supréme raison, de la raison universelle, essentiellement parfaite. Commandez-nous d’être

(1) Discours préliminaire du projet de Code civil, d’où est également tiré ce qui est souligné dans les lignes sui-

vantes.

— 262 — | bons, et nousle serons. Faites oublier à l'Europe nos désordres, à force de sagesse, comme vous avez effacé notre honte à force de succès. Vous avez fait de la France la grande nation par ses exploits, faites-en la bonne nation par ses mœurs et par ses lois. C'est assez de gloire, cest trop de plaisirs; il est temps de nous donner des vertus. Songez que l’âge auquel la société est parvenue ne permet plus les lois foibles et les molles complaisances qui ne conviennent qu'à son enfance : malheur et honte au gouvernement qui voudroit faire rétrograder l’homme social vers limperfection du premiér âge; il éleveroit l’édifice de la société sur le sable mouvant des passions . humaines; et il sèmeroit le désordre, pouriaisser aux générations suivantes des révolutions à recueillir. »

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