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tion, futencore la nature. On chercha dans les lois naturelles de l’ordre physique, et particulièrement dans les lois du règne animal, la raison des fonctions même sociales de l'homme, et alors on vit s’introduire l’espèce de matérialisme le plus grossier et le plus abject, le système de l’animalisme, qui distingue l’époque actuelle, et qui fut l'application et la conséquence du système de naturalisme abstrait du baron d’Holbach et de son école (1). Alors, si jose le dire, il jf nuit dans la société ; alors parurent les systèmes les plus ténébreux sur Dieu, sur l’homme, sur la société, sur le pouvoir et sur les devoirs; toute intelligence en fut obscurcie : Animalis homo non percipit ea quæ sunt spiritüs; stultitia enim est es et non potest intelligere (2).
On avoit défini l’homme, un animal raisonnable, en le considérant d’abord par les qualités physiques et les fonctions animales qui lui sont communes avec les brutes. C’est ainsi à peu près qué le nègre appelle l’orang-outang, un homme qui ne parle pas. La philosophie
(x) C'est de cette école qu’est sorti le ee de la IVe” ture.
* (2) Saint Paul, I. Ep. aux to ier LU LE 7e
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s’est arrêtée à la moitié de ces définitions; elle a fait de l’homme un animal, et du singe un homme, et elle ne désespère pas qu’il n’apprenne un jour à raisonner. Elle a même été plus loin dans les termes, et elle a défini l’homme : « une masse organisée et sensible » qui reçoit l'esprit de tout ce qui l’environne, » et de ses besoins (1); » définition qui, dans le système des animalistes, peut toute entière s'appliquer au chien, qui est aussi, selon eux, une masse organisée et sensible qui reçoit l'esprit de homme qui le dresse, e£ de ses besoins. nn
L'homme, considéré par une vraie philosophie (2), est une intelligence servie par des organes; les brutes, au contraire, sont des organes mus par un instinct, et ces deux définitions expliquent les êtres auxquels elles s’appliquent par le trait caractéristique et essen-
(a) Cette définition est de M. de Saint-Lambert, dans son Catéchisme de Morale philosophique, en cinq volumes, aussi erroné que son Poème des Saisons est gracieux et brillant. La :
(2) Anima per se, dit Stahl, néhil agere potest et sine corporeorum organorum müinisterio.. Anima per Sensoria organa activé excubias agit.
tiel deleur nature: l’homme, par la volonté qui dirige ses actions; la brute, par la nécessité qui détermine ses mouvemens. Et quelle comparaison , en effet, pouvoit-on établir entre l'être qui fait servir tous les autres êtres, et même les animaux, de ministres à sa volonté et d’instrumens à son action, et des êtres qui ne sont obéis d'aucun être, parce qu'ilsn'en sont pas entendus, et qui agissent sans ins trument ou sans moyen, sans intermédiaire, sur les êtres nécessaires à leur conservation ? car c’est-là la différence essentielle de Fhomme et de la brute. L'homme n’agit jamais sans moyen ou mediateur entre sa volonté et, l'action qui en résulte, parce que l’homme saisit le rapport qu'il y a de lui au moyen qu'il emploie, et du moyen à l'effet qu'il veut obtenir: Ainsi l'homme pense le rapport qu'il y a de lui à la charrue qu'il fait mouvoir ; le rapport des différentes parties de la charrueentre elles; le rapport de lui aux chevaux qu’il dirige, et des chevaux à la charrue qu’ils trainent ; enfin ; le rapport de tout cet appareil à la terre qu’il cultive, et au blé qui doit en provenir, etc. etc., et c’est précisément dans cette perception de rapports que consiste l'intelligence. La brute,
au contraire, ou n’emploie aucun moyen, où si elle en emploie quelqu'un, comme le nid que font les oiseaux pour déposer leurs œufs, linvariable uniformité de ce petit édifice dans chaque espèce, prouve assez qu'aucune intelligence propre à chaque individu n’en est l'architecte. La bête ne pense donc aucun rapport; donc elle n’a aucune intelligence. Le chat le plus rusé s’avise-t-il jamais de fermer le trou par lequel la souris lui est cent fois échappée? Le castor, éternellement pris par le chasseur à l'issue de sa cabane aquatique, en a-t-il jamais varié la construction ? L'homme, au contraire, découvre sans cesse de nouveaux rapports, imagine, emploie de nouveaux moyens, étend, perfectionne son action par eux et avec eux, et aujourd’hui un foible enfant peut, en pressant une détente, abattre ces colosses d’animaux dont la vue nous confond, ou, en approchantun charbon d’une trainée de poudre, faire voler une montagne en éclats, ou anéantir en un clin d'oeil un vaste édifice. Heureux l'homme, s’il n’employoit son industrie que pour son bonheur et l’avancement de la société..: |
Cette faculté merveilleuse de l’industrie,
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nos philosophes, forcés de la reconnoître, n’en firent pas honneur à l'intelligence del’homme, mais à ses organes. L'ordre admirable qui régnoit dans cette maison, ils l’attribuèrent au service des valets, et non à la sagesse du maitre. Helvétius trouva dans la conformation de la main de l’homme Îa raison de la différence qu’il ne pouvoit s'empêcher d’apercevoir entre ses actions et les mouvemens de Ja brute. Il ne fit pas attention que l'homme n’est pas intelligent parce qu’il est industrieux, mais qu'il est industrieux parce qu'il est intelligent ; qu'il n’est pas, comme dit Aristote, supérieur aux animaux parce qu'il a une main, mais qu'il a une main parce qu'il est supérieur aux animaux (De part. Anim., hb. WE, cap. x); que son inaustrie est fille de son intelligence, comme son action est fille de sa volonté; et que la main de l'homme, tout admirable qu’elle est dans sa conformation , dénuée des instrumens que lintellisence lui fournit, est moins adroite au fond, et surtout moins forte que la trompe de l'éléphant.
Et remarquez qu'en même temps qu’Helvétius mettoit toute notre intelligence dans la conformation de notre main, Gondillac mettoit
dé don toutes nos connoissances acquises, ou peu s’en faut, dans la perfection de notre tact, dont il . faisoit, on ne säit pourquoi, le sens régulateur de tous les autres sens.
Quoi qu’il en soit, homme ne fut plus qu’un animal un peu mieux conformé. Les uns ne donnèrent à la brute et à l’homme que des sens et des sensations, les autres donnérent à l'homme, comme à la brute, une intelligence de la même espèce. On en mesura même les divers degrés dans les différens animaux, Phomme compris, par les différens degrés d’acuité de l’angle facial, invention heureuse de nos modernes physiologistes; et l’on ne vit pas qu’il y a intelligence dans l’homme même le plus borné qui rapproche deux morçeaux de bois pour faire du feu, et qu’il n'y a nulle intelligence dans ce chien si bien dressé qui va chercher au fond de l’eau la pierre que j'y ai jetée, et que moi-même je ne reconnois plus, et qui, sensible aux intempéries de Fair, ne sait de lui-même prendre hors de lui aucun moyen de s'en garantir.
Aussi l’on doit remarquer que des philosophes, téls que Descartes et ses disciples, qui donnent le plus à l'intelligence humaine, et
5 ee même des idées innées, font des brutes dé pures machines; et que ceux qui donnent l’intelligence aux brutes, comme Condillac et autres, et même des idées générales, refusent le plus à l’intellisence humaine, la rendent toute entière dépendante des sens, et font, ou peu s’en faut, l’homme machine ou statue : différence totale dans les opinions, qui caractérise parfaitement le siècle de l'esprit et le siècle de la matière. |
Les mêmes philosophes qui avoient cherché, dans quelques conformités physiques de l’homme avec les animaux, la raison de nos habitudes individuelles, crurent y trouver la raison de nos fonctions sociales. |
Ils remarquèrent que les brutes n’étoient mues que par le sentiment de la douleur ou l'appétit du plaisir, et aussitôt ils établirent en principe que l’homme ne pouvoit être déterminé que par son intérèt personnel, qu'ils faisoient consister à rechercher le see et à fuir la douleur.
Avec un peu de réflexion, cependant, on auroit observé que, dans les courts intervalles de sa vie où il a une destination relative à ses semblables, comme la femelle et quelquefois
A AE le mâle dans le temps de l’incubation et de l'allaitement, l’animal, loin d’être müû par la sensation individuelle de la douleur ou du plaisir, déterminé alors par un autre principe, néglige jusqu'au soin de sa propre conservation, et souffre la douleur, souvent la mort, pour défendre ses petits, même dans les espèces les plus foibles et les plus timides. De là l’on auroit conclu que homme, qui ne se dévoue pas au service des autres hommes, même de ses propres enfans, par aucun instinct involontaire ou mouvement indélibéré, ne peut le faire que par une volonté libre et éclairée ; que, par conséquent, ce qui est pour la brute une nécessité passagère devient pour J'homme un devoir habituel; et que si l’amour de soi détermine la volonté de l’homme dans les actions individuelles qui n’ont pour objet que sa propre satisfaction, l’amour des autres peut seul déterminer sa volonté aux actions sociales dont les autres sont le sujet. Et qu'on ne subtilise pas au point de dire que l'amour des autres n’est, dans ce cas, que l’amour de soi bien entendu; car alors on ne dispute que sur les mots, comme l’observe D. Hume; et je demanderai qu'on me fasse
NT comprendre quel intérêt personnel peut trouver l’homme à se dévouer au service des autres dans des fonctions obscures, ingrates et périlleuses, lorsqu'on ne suppose à son dévouement aucun motif pris dans l'amour des autres; sacrifice de soi aux autres, qu’un être supérieur à l’homme peut seul lui commander, parce que seul il peut en inspirer la force et en décerner le prix. | Cette disposition à ne voir dans l’homme qu’un animal déterminé par des lois animales, a conduit nos philosophes à ne connoître de devoirs que dans l’accomplissement des lois animales, ni de vertu que dans laccomplissement de ces devoirs. Je m'explique.
L'homme a reçu, comme la brute, la faculté de se reproduire dans un être semblable à lui; mais cette faculté, nécessitée dans la brute, et à jour marqué, est purement volontaire dans l’homme. Les sophistes ont prétendu qu’elle y étoit nécessaire, et il n’a plus été question que de besoins involontaires et d'attraits irrésistibles, sur lesquels on a fait beaucoup de mauvais romans, et encore plus de mauvaise philosophie. Quand l'union des sexes a été un devoir, le vœu sublime de se
consacrer tout entièr et sans distraction au service des autres, et de ne connoîitre de famille que la société publique; ce vœu de célibat que pratique, sans le former, la plus belle jeunesse d’une nation que le service de la société retient sous les drapeaux, n’a plus été repardé que comme un crime de lèse-nature, un outrage à ses lois, un délit enfin contre Dieu, contre l’homme et contre la société. : La femme, comme la femelle des animaux, a la faculté d’allaiter son enfant: mais cette faculté, nécessitée dans l'animal, qui ne peut pas se faire remplacer par d’autres, est dans la femme, purement volontaire; et ce devoir car il peut en être un, est soumis à une foule de circonstances qui en modifient l'obligation. J. J. Rousseau emboucha la trompette, et l’on eût dit que, jusqu'à lui, toutes les femmes avoient été des mères dénaturées, et tous les enfans de malheureux orphelins. Dans la ferveur de son zèle philosophique, cet homme si sensible n’examina pas si les causes morales qui développent la sensibilité de l’homme, nulles chez l'animal, ne pouvoient pas vicier le lait de la mère, dans ces condi-. tions surtout où l’homme, moins occupé de
travaux domestiques que de soins publics , et de besoins que de sentimens, plus exposé aux peines de la vie parce qu’il en goûte plus les douceurs , a le cœur plus foible aux affections douloureuses, et lame plus ouverte aux funestes impressions des passions; et J. J. Rousseau, de par la nature, fit un devoir à toutes les mères de nourrir elles-mêmes leurs enfans, comme les femelles des animaux, et par la même raison. Peut-être même il crut avoir pris en défaut la religion, qui, se contentant d’inspirer aux femmes des désirs modérés et de les défendre de toute affection étrangère, par le devoir qu’elle leur fait d’une vie modeste et occupée, les place naturellement dans une situation où l'allaitement de leurs enfans est sans contrariété pour elles et sans danger pour eux, et qui peut-être, portant ses vues plus loin, craint, dans certaines conditions, tout ce qui peut servir à de jeunes époux, de causes ou de prétexte à vivre sé-
parés, même momentanément. Il est vrai que
J. J. Rousseau parle, et même éloquemment, des devoirs domestiques, et déclame contre les arts, et même, car il outre tout, contre les sciences; mais en même temps, tel est le